VENDREDI SAINT 2018

C’est là, sur la croix, que Dieu se montre. C’est là que son visage est exposé au grand jour ! Ce vendredi-là, la croix devient la forme visible de Dieu ! sa silhouette ! C’est la forme de quelqu’un qui est dressé de toute sa hauteur pour voir, au loin, ceux qui pourraient se blesser ou se perdre en chemin, afin de courir vers eux et les relever. C’est la forme de quelqu’un dont les bras sont ouverts, écartés le plus largement possible afin d’accueillir ceux qui veulent y chercher refuge, protection , repos.

Car devant la souffrance du monde, surgit sans cesse la question : OU EST DIEU ? Il est là où souffrent et meurent l’Homme juste et innocent !

Vous connaissez peut-être Didier Decoin, prix Goncourt, scénariste de séries télévisées à succès. Il s’est converti en découvrant une jeune car­mélite morte en 1906, Elisabeth de la Trinité, à qui il a consacré un livre : Elisabeth Catez ou l’obsession de Dieu. Dans un passage de ce livre (p. 62-63), il fait parler Dieu : « Je ne suis pas celui que vous croyez, dit Dieu, je ne me per­mets pas de divaguer dans vos enclos, je ne suis pas un voleur de liberté. Beaucoup d’entre vous parlent en mon nom, dit Dieu, mais moi je ne parle pas en votre nom, je vous respecte trop pour cela, et tout ce que je fais c’est d’envoyer mon Fils mourir en votre nom, mourir dans un tel silence qu’on entendait rouler les dés des soldats qui se parta­geaient ses pauvres vêtements raides de poussière, de sueur et de sang. Mais ça, dit Dieu, cet esclave livide et gris, cloué, cet esclave qui vous a tant aimés, et même qui n’a aimé que vous, c’est quel­que chose qui ne vous dit rien, c’est quelqu’un devant qui vous pas­sez sans lever les yeux. Ce n’est pas cela que vous voulez de moi, ce n’est pas ce pauvre garçon presque nu, ce supplicié misérable que vous attendez de moi. Vous voulez que j’arrête vos guerres, que je fasse sauter vos procès-verbaux, que j’empêche les bébés tortues d’être dévorés par les frégates et les cormorans avant d’avoir atteint la mer. Vous ne comprenez donc pas, dit Dieu, que je vous ai déjà tout donné ? Vous ne savez donc pas comme les Ténèbres ont tremblé quand mon Enfant s’est aban­donné, au point extrême de me demander, à moi, pour­quoi je l’avais abandonné ? Vous avez donc oublié que mon bel Enfant déchiré avait, à son tour, déchiqueté la mort ? Et qu’il avait surgi du trou ignoble en vous tirant derrière lui ? Que voulez-vous de plus stupéfiant que mon faible agneau traînant le char immense où vous êtes tous blottis ? Je vous avais créés, il vous a recréés ! »

Ne dites pas en regardant la croix : ce spectacle est insupportable, et moi de toute façon je n’y peux rien. Devant la croix, dit l’Evangile, « le peuple restait là à regarder ». Ne soyez pas les spectateurs de la Croix, où que se trouvent ceux qui la subissent, au près ou au loin. Au bandit repentant, crucifié avec lui, Jésus dit : « aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » mais aux spectateurs curieux ou scandalisés, il …ne dit rien ! A ceux qui se contentent de regarder, d’évaluer, de juger, le Crucifié n’a rien à dire. A moins que, comme certains au Golgotha, « ils ne s’en retournent en se frappant la poitrine ».

Chers amis, cette Passion de Jésus est loin d’être finie.

Qui d’entre nous n’a jamais laissé s’endormir sa conscience quand il fallait pourtant rester vigilant ? Nous ressemblons souvent aux disciples endormis à Gethsémani !

Qui d’entre nous n’a jamais fui devant des engagements risqués : nous sommes de la même étoffe que Pierre qui renie Jésus à 3 reprises.

Qui d’entre nous ne s’est jamais entendu avec un autre sur le dos d’un innocent ? nous ressemblons parfois à Hérode et Pilate qui devinrent amis en se moquant de Jésus.

Qui d’entre nous n’a jamais menti ? nous sommes de la race de tous ces faux-témoins qui viennent dire contre Jésus ce qu ‘on leur a demandé de dire.

Qui d’entre nous ne s’est jamais « écrasé » pour ne pas s’attirer d’ennui en prenant la défense d’un innocent ? Nous sommes souvent, comme Pilate, prêts à nous laver les mains.

Qui d’entre nous, en exerçant ses diverses responsabilités, familiales, associatives, ecclésiales ou professionnelles n’a jamais voulu faire sentir son pouvoir et jouer au petit chef ? Nous ressemblons aux rois de ces nations païennes dont parle Jésus, incapables de le suivre dans la voie du service.

Dieu nous dit aujoud’hui que, dans nos chemins de croix -les nôtres et ceux du monde- même s’il fait nuit, Dieu ne nous abandonne pas. Même dans nos moments difficiles et nos épreuves, il est là en nous pour nous garder croyants malgré tout. Il nous permet, au creux de nos limites, de nos faiblesses, de nos infirmités, de continuer à donner de l’amour et de l’espérance à ceux qui nous entourent. Il nous invite à être comme des Simon de Cyrène : soutenir et porter avec eux la croix des autres. A être comme Marie, fidèle et priante au pied de la croix de ceux qui nous sont proches. A être comme saint Jean qui n’abandonne pas Jésus, qui n’abandonne pas cette première petite communauté d’Église qui est dans l’épreuve.

Le langage des signes est un langage qui doit être rapide et efficace, qui doit aller à l’essentiel. Comment dit-on « Jésus » en langage des signes ? En montrant l’une après l’autre les paumes de ses mains avec le majeur de l’autre main. Jésus se définit par ses mains qu’il a laissées transpercer de clous par amour pour nous !

P Jérôme Martin