Homélie du 15ème dimanche du Temps Ordinaire – ANNEE B –

Dans cet Evangile que nous venons d’entendre, à travers les Douze apôtres, c’est toute l’Église que Jésus envoie en mission. L’Église, c’est qui aujourd’hui ? L’Eglise, c’est nous. Mais la tentation est très grande aujourd’hui comme hier de ne pas parler de notre foi à ceux qui nous entourent :  « Je ne sais pas parler… Je ne suis pas capable, j’ai peur de parler de Jésus, je ne veux pas embêter ceux qui m’entourent avec tout cela… Je ne suis pas assez cultivé, je n’aurai pas les bons arguments… » Mais quand nous lisons les Évangiles, nous voyons bien que les apôtres ne sortaient pas d’une grande école. Jésus n’a pas choisi des sages et des savants. Il a choisi des passionnés, des hommes qui avaient un cœur de feu, ouvert à l’Esprit-Saint qui nous donne un bon coup de pouce pour proclamer notre foi. Toute la Bible et toute l’histoire de l’Église nous rappelle que c’est dans les habitudes de Dieu de faire appel à ceux qui sont des petits, des fragiles pour réaliser de grandes choses.

Toutes et tous nous avons une destinée à accomplir, à vivre sur cette terre. Notre vie sur terre n’est pas un pèlerinage qui se termine le jour de notre mort et qui n’a pas de sens. Notre séjour terrestre n’est pas simplement un moment absurde, qui ne trouve pas sa raison d’être. Non, notre vie a un sens : tout simplement celui de nous réaliser, de nous épanouir en plaçant le Christ au centre de notre vie car nous savons que nous portons un véritable trésor, que ce trésor nous ne pouvons pas le garder seulement pour nous. Si vraiment nous croyons que le Christ peut nous ouvrir un chemin qui a du sens ici sur terre, pourquoi ne pas en parler autour de nous, en acte et en parole ? Nous avons nous aussi à chaque instant de nos vies à nous convertir et lorsque nous nous égarons, à remettre Jésus au centre, au cœur de nos vies. Les missions que le Christ nous confie sur cette terre, elles passent par nos sens, elles passent par nos mains, notre bouche, notre tête …elles passent par nos yeux !

Dieu nous a créé avec des yeux. Des yeux pour voir la beauté du monde. Incapables de trier, nos yeux nous transmettent fidèlement tout ce qu’ils voient, le bon comme le moins bon, le beau comme le laid. Paysages, visages, scènes de la vie quotidienne, affiches, films, photos, s’impriment sans discernement. Prudence, donc : les yeux ne sont-ils pas les portes de l’âme ?

Malheureusement, UNE CERTAINE ACCOUTUMANCE PERMET DE NE PLUS TROP SE CHOQUER : à force de voir des meurtres, des violences diverses, des images de guerre ou de sexe à profusion, on devient un peu anesthésiés. Plus grave, nos enfants le sont eux aussi. Un enfant  de 7 ans me disait il y a peu de temps : « Moi, à la télé, j’ai vu Le Seigneur des Anneaux. – Ah bon ? Et qu’en as-tu pensé ? – J’ai pas eu peur parce qu’à la télé, tu sais, les images sont petites, mais au cinéma j’aurai peut-être eu peur parce que l’écran est très grand. Mais quand même, j’ai pas trop aimé parce que ça fait peur ! ». Etonnant, non ? Notre regard est souvent saturé. Et ça, c’est ennuyeux. Pas pire pollution que celle de l’image : elle s’incruste dans la mémoire, se répand partout, contamine tout, le conscient comme l’inconscient.

La mémoire des images est très vive, très fidèle. Elle enregistre et range dans le fin fond de l’inconscient les images les plus diverses et les plus nocives. Elle peut être un ennemi sournois et puissant qui entretient des traumatismes très anciens et alimente tous les fantasmes possibles.

Nombre d’ados, submergés par des images qui les fascinent mais les détruisent, éprouvent de grandes difficultés à se structurer sur des bases saines et solides. Ils ont parfois du mal à rester maîtres d’eux-mêmes… d’où la tentation qu’ont certains d’aller consommer de l’image au cinéma ou sur Internet…

LA PAIX DU CŒUR DÉPEND EN PARTIE DE NOTRE FACULTÉ À GARDER NOS YEUX DE LA LAIDEUR, DE LA PERVERSION, DE LA GROSSIÈRETÉ ET DE LA violence. Ils ont besoin d’être limités, éduqués, élevés. Apprendre à fermer les yeux (au sens propre), à détourner le regard, est une hygiène indispensable et difficile. La pureté du cœur dépend en partie de la pureté du regard.

Toute la cohérence de notre vie en découle. Regard jaloux sur notre conjoint, ombrageux sur nos frères et sœurs, possessif sur nos enfants, circonspect sur leurs professeurs, suspicieux sur la voisine, ou critique sur tel ou tel, nous polluent en profondeur. Notre regard ne doit-il pas, d’abord, être l’expression de notre amour et de notre confiance ?

ON NE VOIT BIEN QU’AVEC LE CŒUR, DIT LE petit prince, l’essentiel est invisible pour LES YEUX. » Les enfants à 5-6 ans nous apprennent à voir avec le cœur. Ils ont souvent cette pureté qui leur permet de voir l’invisible. Ainsi en est-il aussi des saints les plus humbles. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, elle, voulait voir Dieu en toute chose, si infime soit-elle… Profitons de ces vacances pour « voir Dieu en toute chose ».Demandons de voir toute chose avec le regard du Christ : le regard du Christ est un modèle de pureté, de bonté, de transparence. C’est un regard qui fait vivre, qui relève, qui construit, qui guérit !