Homélie du 13 Janvier 2019, Fête du baptême du Seigneur

L « Il vient, celui qui est plus fort que moi. » vient d’affirmer Jean Baptiste dans l’Évangile de St Luc que nous venons d’entendre. St Marc et St Matthieu rapportent eux aussi cette parole de Jean-Baptiste mais en précisant : « Il vient ‘derrière moi’ celui qui est plus fort que moi. » Cette affirmation nous permet de bien préciser où est Dieu pour chacun de nous et ce qu’il vient nous apporter !

  • Où est Dieu ? La plupart du temps nous le mettons devant nous alors qu’il est derrière nous.

Jean Baptiste n’a pas dit au peuple : « Dieu vient vous sauver, ne vous inquiétez pas, il arrive. » Il a dit : « Préparez la route au Seigneur… » et même comme nous le disait Isaïe dans la première lecture : « Tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine et les sommets en larges vallées ! » Autrement dit : Dieu vient derrière nous, après notre travail, un gros travail, un gros chantier pour préparer la route par laquelle il va venir.

Nous voudrions tous que Dieu nous protège de la maladie et de toutes les formes du mal, qu’il nous fasse réussir dans tous nos projets, dans nos examens, nos concours, notre travail, qu’il protège et fasse réussir nos familles et nos proches ; nous voudrions tous qu’il empêche les catastrophes, qu’il arrête les conflits sociaux, la violence, les guerres et fasse descendre sa paix sur la terre. Nous voudrions tous surtout qu’il se révèle à nos proches et à tous les hommes, qu’il se fasse connaître, respecter, aimer par tous. Nous voudrions tous qu’il convertisse nos proches et le monde entier en faisant vivre tous les hommes dans l’amour, la justice, la vérité, la bonté, la fraternité, dans la Foi et l’Espérance… Bref nous voudrions tous que Dieu nous donne à tous une vie meilleure et rende meilleure l’humanité entière. Comme ce n’est pas le cas, comme on est loin de cet idéal, de ce rêve, on doute et on s’interroge : « Mais où est Dieu, que fait Dieu, existe-t-il vraiment ? Et s’il existe pourquoi ne nous arrange-t-il pas la vie et n’arrange-t-il pas le monde ? »

La réponse de Jean Baptiste est claire : Dieu existe bien, Dieu veut bien arranger notre vie et arranger le monde, il vient même pour ça vers nous, vers tous mais il ne nous précède pas, il n’est pas devant nous, il est derrière nous ! Il vient après nous, après nos efforts, après notre travail, après les efforts et le travail de tous et de chacun pour que ça aille mieux. Il ne vient pas faire le travail à notre place mais rendre fructueux le travail qu’on fait. Si on ne fait rien, il ne fait rien. Si on prend nos responsabilités et fait tout notre possible pour que ça aille mieux, alors lui fera l’impossible en démultipliant à l’infini le peu qu’on aura fait.

Jésus est venu sur terre nous révéler ce Dieu qui ne remplace pas l’homme, ne le devance pas mais le responsabilise et intervient après lui, derrière lui, pour parachever ce qu’il fait, démultiplier ce qu’il fait. C’est l’histoire de la multiplication des pains et de la pêche miraculeuse. Face à la foule affamée, Jésus reste indifférent et impassible. Ce sont les apôtres qui voient la faim des gens et la signalent à Jésus. Ce sont les apôtres qui apportent à Jésus les cinq pains et les deux poissons. Mais voilà, parce que les apôtres ont pris leurs responsabilités, derrière eux, après eux Jésus intervient pour que les pains soient multipliés au point de rassasier la foule et de faire ramasser par les apôtres douze paniers de restes.

De même, après la nuit passée sans prendre le moindre poisson, si les apôtres n’avaient pas pris leurs responsabilités en acceptant d’avancer au large et de jeter de nouveau leurs filets sur l’ordre de Jésus, rien ne se serait passé. Mais parce que d’abord les apôtres ont fait ce qu’ils avaient à faire, derrière eux, après eux Jésus a fait son propre travail en faisant l’impossible : la pêche miraculeuse !

Autre exemple encore plus significatif parce que plus spirituel : l’exemple de la mission. Pour annoncer l’Évangile, Jésus ne va pas devant les disciples mais il les envoie eux devant lui « dans toutes les villes où il devait se rendre » précisent les Évangélistes et lui passera derrière eux pour achever le travail et convertir les cœurs.

Donc c’est clair, le Dieu de Jean-Baptiste, le Dieu de Jésus Christ c’est le Dieu qui vient derrière l’homme, après lui, et non devant lui, à sa place, c’est le Dieu de la célèbre formule qui est toute une conception de la foi : « aide-toi et le ciel t’aidera » Jean Baptiste disait, mais c’est la même chose : « Prépare la route au Seigneur et il viendra ! »

  • Que nous apporte ce Dieu qui vient ?

Il nous apporte précisément ce que nous n’avons pas : la force de l’impossible ! Nous nous avons la force du possible et il faut la mettre en œuvre mais lui nous apporte sa propre force divine, la force de l’impossible. C’est ce que Jean-Baptiste veut nous dire quand il annonce : « Il vient derrière moi celui qui est plus fort que nous ! » À nous donc de croire que Dieu fera ce que nous ne pouvons faire et de faire confiance, une totale confiance en Dieu qui fera l’impossible à partir de notre possible !

Nous voulons un monde plus solidaire : faisons confiance en Dieu plus fort que nous pour démultiplier et rendre efficaces toutes les actions de solidarité innombrables qui se font partout dans le monde. Nous voulons la paix : nous faisons confiance en Dieu plus fort que nous pour faire triompher le dialogue, la concertation, la consultation qui finiront par l’emporter sur la violence, la haine, la destruction, la division.

Nous voulons la santé, la sécurité, le bien-être : faisons confiance en Dieu plus fort que nous pour que la science, la médecine, la technique et tous les efforts actuels pour maîtriser la nature et mieux respecter l’environnement finissent par apporter à tous le mieux vivre espéré.

Nous voulons une société plus fraternelle : faisons confiance en Dieu plus fort que nous pour que tous ceux qui créent du lien social et travaillent au vivre ensemble par-delà toutes les différences humaines arrivent à bâtir cette société harmonieuse que la majorité souhaite même si une minorité souhaite le désordre, la division, l’anarchie, le chaos.

Oui, il faut y croire et faire confiance : quand les hommes prennent leurs responsabilités et font leur possible pour que ça aille mieux sur le plan humain, Dieu est avec eux et plus on croit en Lui, plus on ouvre la porte à son action capable de l’impossible !

Sur le plan spirituel évidemment c’est encore plus vrai : plus on montrera notre Foi par la parole et surtout par l’exemple, plus elle se transmettra. Actuellement, bien sûr, on a plutôt l’impression contraire : la transmission de la foi semble en panne. Pourquoi cette crise ?

Jean-Baptiste nous répond en nous donnant deux raisons : on est trop tiède et on ne fait pas assez confiance à celui qui est plus fort que nous. On est trop tiède dans notre foi, on la vit par routine, par habitude plus que par conviction alors que lui Jean Baptiste était un homme de feu, brûlant d’amour pour Dieu : « Il avait un feu dans le cœur » nous dit un cantique à son honneur ! C’est pour cela qu’il nous dit que Jésus nous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. On n’est pas baptisé tant qu’on se contente d’avoir reçu sur notre front l’eau du sacrement reçu à notre baptême. On est vraiment baptisé quand on fait l’expérience du feu de l’Esprit Saint, quand on devient dans notre vie brûlant d’amour pour Dieu et pour les autres. Pour que notre foi se transmette mieux, demandons au Seigneur, au Christ, de nous baptiser dans le feu et dans l’Esprit Saint, de nous donner le feu de Dieu, le feu de son Esprit.

Et deuxième chose : faisons plus confiance en Dieu. Nous, au milieu des autres, on agit de l’extérieur. On parle, on montre l’exemple mais nos paroles, notre exemple restent extérieurs à ceux qui nous côtoient. Seul Dieu peut agir à l’intérieur, il est à l’intérieur de tout homme, c’est donc lui qui peut changer le cœur, l’intérieur de ceux à qui on voudrait transmettre notre foi. Donc prions Dieu avec confiance, beaucoup plus de confiance, en lui disant : « Je voudrais bien transmettre ma foi, mes valeurs à mes proches, à tous ceux que je rencontre, je fais mon possible pour être un bon témoin au milieu d’eux mais toi Seigneur, fais l’impossible, touche leur cœur, ouvre leur cœur, change leur cœur, fais leur sentir ta Présence, allume en eux le feu de ton Esprit… Viens derrière moi, après moi, faire ce que ne peux faire : te faire aller en eux pour qu’ils te ressentent, sentent ton feu, ta lumière, ta force, ton amour… et se mettent en route à ta suite ! »

Oui, comme Jean Baptiste précédons le Seigneur en étant ses témoins de feu, ses témoins brûlants et passionnés, et faisons-lui toujours plus confiance pour pouvoir dire nous aussi : « Il vient derrière nous celui qui est plus fort que nous pour nous sauver, sauver notre société et notre monde ! »

Amen !

Père René Pichon