Homélie du dimanche 20 janvier 2019


Jn 2, 1-11


Comment donner du goût à notre vie ? C’est bien la question posée par cet Évangile : en changeant l’eau fade, sans goût, en bon vin Jésus nous montre qu’il veut changer notre vie souvent très fade en vie qui a du goût, de la saveur. Que faire pour que Jésus change ainsi aujourd’hui notre vie ?

Cinq choses d’après les textes de ce jour : faire attention aux détails, faire attention aux personnes, faire attention à l’action de Dieu, faire attention aux signes de Dieu, faire attention aux dons de Dieu.

  1. Pour que notre vie ait du goût, faisons attention aux détails qui peuvent la transfigurer : en regardant notre vie à la va-vite, nous avons l’impression qu’elle est toujours pareille, monotone, sans relief, donc inintéressante, sans goût et sans saveur. Pour l’apprécier, pour la goûter, regardons-la de près pour voir les multiples détails qui lui donnent du relief et peuvent même la changer complètement, c’est ce que fait Marie : tout se passe bien au mariage de Cana, les époux se sont dit « oui », ils s’aiment, les invités partagent leur joie et font la fête, le repas est excellent, l’ambiance est bonne, mais voilà, Marie remarque un petit détail : il n’y a plus de vin ! Ce n’est pas son problème car ce n’est pas elle qui invite, et ce n’est pas l’essentiel du mariage, c’est un détail de l’histoire ; pourtant elle remarque ce détail et c’est à partir de ce détail que le mariage de Cana va devenir l’évènement que l’on sait ! Dans son exhortation « Gaudete et exsultate », le pape François insiste pour que nous fassions attention aux détails qui peuvent changer la vie, je le cite : « Rappelons comment Jésus invitait ses disciples à prêter attention aux détails : le petit détail du vin qui était en train de manquer lors d’une fête. Le petit détail d’une brebis qui manquait. Le petit détail de la veuve qui offrait ses deux piécettes. Le petit détail d’avoir de l’huile en réserve pour les lampes au cas où tarderait le fiancé. Le petit détail d’avoir allumé un feu de braise avec du poisson posé dessus tandis qu’il attendait les disciples de l’aube. »
  1. Pour que notre vie ait du goût, faisons donc attention à tous les détails qui lui donnent du relief mais aussi, bien sûr et avant tout, faisons attention aux personnes que l’on rencontre, à leurs besoins, à leurs manques. Souvent notre vie n’a pas d’intérêt parce que nous ne voyons que nous-mêmes, nous tournons autour de nous-mêmes en nous demandant à quoi nous servons, en ayant l’impression d’être inutiles au point de dire : « ma vie est fade, nulle, je ne sers à rien. » Pour briser cette impression, ce cercle vicieux, regardons les autres qui nous entourent, faisons attention à leurs besoins, à leurs manques, à propos de choses essentielles ou justement de détails. Et essayons de répondre à ces manques, à ces besoins : alors nous deviendrons utiles et notre vie prendra le bon goût du service, de l’entraide, du soutien, de la générosité, le bon goût du sentiment d’être utile. C’est ce que fait Marie dès qu’elle remarque que les mariés manquent de vin, elle intervient auprès de Jésus : « Ils n’ont plus de vin. » Même si Jésus dans un premier temps l’envoie promener : « Femme que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. », elle fait ce qu’il faut pour arriver à ses fins et être efficace : « tout ce qu’il vous dira, faites-le » dit-elle aux servants.

Pour que notre vie quotidienne ait du goût, chaque jour, chaque matin, à tout moment, posons-nous cette question : « de quoi ont besoin ceux qui m’entourent ? De quoi manquent-ils ? Comment leur être utile ? » La disponibilité concrète aux autres changera complètement notre vie et nous pourrons dire comme Jésus : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ! »

  1. Faisons tout ce que nous pouvons pour être utiles aux autres mais attention, pour aller plus loin, pour encore apprécier plus la vie, soyons attentifs à l’action de Dieu qui va démultiplier à l’infini ce que nous faisons nous-mêmes et rendre ainsi notre vie merveilleuse, « miraculeuse » ! C’est ce qui se passe à Cana : Jésus ne fait pas jaillir le bon vin par un coup de baguette magique : il dit aux servants : « remplissez d’eau les jarres », puis : « Maintenant puisez et portez-en au maître du repas ! » Les serviteurs pourraient dire : « c’est ridicule, pour qui tu nous prends ? » Non, ils y croient, ils font ce que leur demande Jésus : leur possible ! Et voilà qu’à travers leur possible humain, Jésus fait l’impossible divin : l’eau est changée en vin, et en bon vin au point que le maître du repas étonné, émerveillé, déclare au marié : « Tout le monde sert le bon vin en premier et lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. » Pour que notre vie ait du goût, le goût de Dieu, le bon goût de Dieu, faisons attention à ce que Dieu fait en nous et par nous. Quand nous faisons de belles choses, surtout quand nous arrivons à faire ce qui nous semblait impossible, irréalisable, inaccessible, regardons de près ce qui s’est passé pour pouvoir dire : « Si j’y suis arrivé, ce n’est pas seulement grâce  mes idées, à ma force, à mon courage, à ma persévérance, quelqu’un m’a aidé de l’intérieur, m’a éclairé, m’a donné de la force, m’a fait tenir bon, c’est Toi Seigneur, merci mon Dieu. Moi j’ai fait mon possible, toi tu as fait l’impossible, Merci ! » Quand on arrive à dire ça, à voir l’action de Dieu dans notre vie, alors notre vie prend le  meilleur des goûts, le goût de Dieu, qui nous fait dire et chanter avec le psaume : « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! »
  1. Oui, pour que notre vie ait du goût, faisons attention à l’action de Dieu au cœur de la nôtre mais aussi faisons attention aux Signes de Dieu, c’est-à-dire aux évènements par lesquels il se manifeste à nous pour nous dire ce qu’il attend de nous.

Souvent dans notre vie, nous avons l’impression que rien ne se passe, que les jours se suivent et se ressemblent et que c’est la routine plate. Quand on nous demande : « Quoi de neuf ? », nous répondons, rien ! » et c’est dommage, c’est triste ! C’est tout le contraire si nous portons un regard de foi, un regard attentif de foi sur notre vie : nos rencontres, nos réussites, nos échecs, nos épreuves, nos surprises, nos bons moments, nos souffrances, nos grandes joies, nos grandes peines, tout prend sens et à travers tout cela Dieu nous parle : « continue, arrête, change ta manière de faire… Confiance, je suis avec toi !… C’est bien mais tu peux faire mieux, essaie de mieux aimer, de donner plus… N’aie pas peur, tu y arriveras… »

Concrètement, pour donner à notre vie le bon goût de Dieu, chaque soir, faisons une pause et relisons notre journée, en nous demandant : « quels signes Dieu m’a fait aujourd’hui et quel est le plus important, l’évènement par lequel il s’est le plus révélé ? Et qu’est ce qu’il me dit de Lui et me dit de moi par ce signe ? » Si nous savons voir et apprécier les signes de Dieu dans notre vie, alors notre vie ne sera plus une histoire banale, mais une histoire sainte que nous pourrons goûter comme on goûte les plus belles histoires de la Bible.

  1. Enfin, pour donner à notre vie toute sa saveur, faisons attention non seulement à l’action de Dieu et aux signes de Dieu mais aux dons de Dieu, à nos « charismes », aux dons que Dieu nous fait pour que nous trouvions notre place parmi les autres dans ce grand corps qu’est l’humanité. Nous ne sommes pas sur terre par hasard et nous ne sommes pas interchangeables : nous avons tous une place unique, irremplaçable qui nous donne une valeur unique et donne une valeur unique à notre vie. Saint Paul l’a répété dans la deuxième lecture : « Les dons de la grâce sont variés mais c’est le même Esprit… À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien… Celui qui agit en tout cela c’est l’unique et même Esprit : il distribuera ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier… »

Quels sont donc nos charismes, nos dons de Dieu qui nous donnent une place unique dans la vie ? Saint Paul parle du don de la sagesse, du don de la foi, du don de guérison, du don de prophétiser, du don de discernement… mais il y a tellement d’autres dons que l’Esprit de Dieu nous offre ; à nous de les découvrir et de les mettre en œuvre pour goûter la vie et la faire goûter par les autres en leur donnant ce que nous avons à leur donner et en les invitant à mettre en œuvre eux-mêmes les dons que l’Esprit leur fait pour le bien de tous !

Les spécialistes du bon vin ne le goûtent pas à la va vite mais font très attention à tout ce qui caractérise son apparence, sa couleur, sa saveur… avant de dire leur avis et leur appréciation. Alors, pour bien goûter et bien apprécier notre vie, faisons attention à tous les détails, à toutes les personnes qu’elle met sur notre route, et surtout faisons attention à Dieu qui l’habite et la bonifie par son action, ses signes et ses dons.

Amen !

Père René Pichon