Homélie du 3 Février 2019, 4e dimanche du T.O.


L’hymne à l’amour de l’Apôtre Paul dans la deuxième lecture est sûrement une des plus belles pages de la Bible appréciée de tous même des incroyants. On l’applique habituellement à l’amour des autres : elle nous dit merveilleusement comme aimer les autres, quelles qualités vivre pour les aimer vraiment. Mais pour changer et pour être un peu original, je voudrais l’appliquer à l’amour de ce que l’on fait. Sainte Thérèse de Lisieux disait : « Ce qui sauve le monde, ce n’est pas ce que l’on fait mais l’amour avec lequel on le fait ! » Comment aimer ce que l’on fait, notre travail, nos activités, nos actions les plus importantes comme les plus banales ? Écoutons Saint Paul :

  • « L’amour prend patience ». Pour aimer ce que l’on fait, ne faisons pas les choses à la va-vite, machinalement, comme si c’était pour nous en débarrasser le plus tôt possible, mais faisons tout en prenant notre temps, en regardant de près ce que nous faisons, en nous appliquant, en y mettant toute notre attention et tout notre cœur, en vérifiant tout même les plus petits détails. Plus nous nous appliquerons de la sorte, plus nous aimerons ce que l’on fait.
  • « L’amour rend service ». Pour aimer ce que l’on fait, voyons à quoi ça sert, à qui ça sert. Plus nous verrons ce que l’on fait comme un service, plus nous l’aimerons car bien souvent nous disons : « Ce que je fais, je n’en vois pas l’utilité, pas l’intérêt, ça ne sert à rien, c’est inutile, donc ça ne m’intéresse pas, je n’y mets pas mon cœur. » Pour aimer ce que l’on fait, donnons du sens à nos actions, faisons tout comme un service.
  • « L’amour ne jalouse pas, il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil. » Pour aimer ce que l’on fait, ne le comparons pas à ce que font les autres car bien souvent nous allons dire : « les autres font mieux que moi, moi c’est nul ce que je fais, ça ne vaut rien », et alors en enviant, en jalousant les autres qui font mieux que nous, nous allons mépriser ce que nous faisons… Ou alors au contraire nous allons penser que ce sont les autres qui sont nuls, que nous faisons bien mieux qu’eux et dans ce cas ce que nous allons aimer ce n’est pas ce que nous faisons mais notre supériorité et nous tomberons dans l’orgueil, dans l’amour excessif de nous-mêmes.
  • « L’amour ne fait rien d’inconvenant. » Pour aimer ce que l’on fait, il faut que ce soit convenant, c’est-à-dire conforme au bien et cela dans les deux sens du terme : que ce soit bien fait et fait selon ce qui est bien. Quand quelque chose est bien fait, techniquement bien fait, objectivement bien fait, on l’aime automatiquement, on l’admire même et on dit : « c’est du bon travail, de l’excellent travail ». Mais en même temps, la fin ne justifie jamais les moyens. Si quelque chose est bien fait, il faut que ce soit fait dans les règles, sans tricherie, avec des moyens licites. Quand quelque chose d’extraordinaire est réalisée, une performance technique, une performance économique, une performance sportive, si cet exploit a été réalisé grâce à des tricheries, des magouilles, des malhonnêtetés, on ne pourra pas aimer cette performance, elle nous donnera au contraire mauvaise conscience, elle sera « inconvenante », elle aura un goût amer !
  • « L’amour ne cherche pas son intérêt. » Pour aimer ce que l’on fait, il faut le faire ‘gratuitement’, le faire parce que c’est bien de le faire. Si on le fait par intérêt, pour l’argent, pour notre réputation, pour notre gloire, on n’aimera pas ce que l’on fait, on aimera ce que ça nous rapporte. Plus on aime gratuitement, de manière désintéressée, plus on aime vraiment. Faisons les choses pour elles-mêmes, pour bien les faire, sans arrière pensée, et on aimera tout ce qu’on a à faire ! Notre travail, par exemple, le faisons-nous par intérêt, pour avoir un salaire, ou avoir une promotion, ou le faisons-nous avec amour, en aimant ce que l’on fait et ceux avec qui on le fait. Le faisons-nous comme une vocation, une passion ou comme un gagne-pain ? Aimons notre travail et tout ce que nous faisons pour eux-mêmes et non pour ce que ça nous rapporte extérieurement !

  • « L’amour ne se réjouit jamais de ce qui est injuste mais trouve sa joie dans ce qui est vrai. » C’est à dire dans ce qui est juste. Quand on fait tout faux quelque chose, un devoir par exemple, on n’aime pas ce que l’on a fait, on en a plutôt honte ! Quand ce qu’on fait est juste, bien fait, parfait, on est heureux, on aime ce qu’on a fait, on en est fier, c’est le bonheur.
  • « L’amour supporte tout. » Pour aimer ce que l’on fait, il faut tout supporter, c’est-à-dire aimer tout, aimer ce qui est facile et aimer ce qui est difficile, aimer les réussites, les succès qui nous encouragent mais aussi aimer les échecs, les revers dont on peut tirer des leçons pour nous améliorer. Tout supporter c’est accepter, aimer le réel, la vie telle qu’elle est avec ses contrariétés, ses lenteurs, ses bons moments et ses moments pénibles, aimer les partenaires qui nous aident à faire ce que nous avons à faire mais aussi aimer les adversaires qui nous obligent à nous dépasser, à nous surpasser pour mieux faire et toujours progresser.
  • « L’amour fait confiance en tout, il espère tout. » : Pour aimer ce que l’on fait il faut avoir confiance, croire qu’on va y arriver, que ça va marcher, il faut espérer réussir, être sûr de réussir. Si on fait les choses en disant : « ça ne marchera pas, on n’y arrivera pas, c’est perdu d’avance. », non seulement on n’aimera pas ce que l’on fait mais on finira par ne plus rien faire et on tombera dans le pessimisme et la dépression où l’on n’aime plus rien et où l’on s’enfonce de plus en plus.
  • « L’amour endure tout ». Pour aimer ce que l’on fait, il faut durer dans ce que l’on fait, avoir de l’endurance. L’amour ce n’est pas des coups de cœur : j’ai aujourd’hui un élan d’amour, de motivation pour ce que je fais, donc je le fais avec plaisir et enthousiasme ; et puis le lendemain, plus rien, plus d’élan, donc j’abandonne… ou j’ai un élan d’amour pour autre chose, donc je passe à autre chose et n’aime plus ce que j’aimais la veille. Pour aimer ce que l’on fait il faut durer, tenir bon, persévérer ; comme ça on construit quelque chose et même on construit solide. Quand on a construit quelque chose de bien, quelque chose qui se tient, qui a de l’allure, on aime ce qu’on a fait, on en est même fier. Ceux qui aiment la vie, ce ne sont pas ceux qui ont vécu avec des coups de cœur successifs et qui n’ont rien construit, ce sont ceux qui ont réussi à construire quelque chose avec beaucoup de persévérance, parfois même ‘en en bavant’ selon l’expression courante !

Oui pour aimer ce que l’on fait il faut tout faire avec patience, dans un esprit de service et sans se comparer aux autres ; il faut tout bien faire, faire tout juste et tout gratuitement, il faut surtout tout faire avec confiance, espérance, endurance et persévérance en se disant : « en aimant ce que je fais, je sauve le monde ! »

C’est ce que Jésus a fait : « Passant au milieu d’eux, il allait son chemin » nous a dit en conclusion l’Évangile de ce dimanche. Le chemin de Jésus a été le chemin de l’amour fait de toutes les qualités énumérées par St Paul. Rien n’a arrêté Jésus même pas ses ennemis furieux comme on vient de l’entendre, rien n’a empêché Jésus d’aimer jusqu’au bout et son amour a sauvé le monde.

« L’amour ne passera jamais » a dit St Paul. Alors puisque l’amour vaincra toujours, avec le Christ faisons tout par amour pour être sauvés grâce à Lui et pour sauver le monde avec Lui.

Amen !

Père René Pichon