Homélie du 24 Mars 2019, 4 ème dimanche de carême


Lc 13, 1-9

Mon homélie de ce jour sera la remontée du partage d’Évangile que nous avons fait avec un bon groupe de paroissiens mardi soir.

Nous avons répondu à plusieurs questions que l’Évangile de ce jour nous pose :

  1. Qu’est-ce que le péché ? Qu’est-ce qu’être pécheur ?
  2. Qu’est-ce que la conversion, maître-mot du temps de Carême ?
  3. Qui est Dieu ? Un juge qui punit ou le vigneron de la parabole d’aujourd’hui : un Dieu patient, confiant, bienveillant, persévérant, exigeant ? Que devons-nous être pour être images de Dieu parmi nos frères ?
  1. Qu’est-ce que le péché ? Qu’est-ce qu’être pécheur ? Être pécheur, c’est se couper de Dieu, s’éloigner de Dieu, tourner le dos à Dieu… Plus on se coupe consciemment et volontairement de Dieu, plus il y a péché… Donc le péché, c’est la prise de distance volontaire par rapport à Dieu. Mais on peut aussi dire que c’est se tromper de source, ou de nourriture ou de cible… on se ressource ailleurs qu’en Dieu : dans le monde, la mondanité comme le dit le pape François ; on se nourrit ailleurs… on se nourrit de nourritures matérielles au lieu de nourritures spirituelles ; on vise autre chose que Dieu : on vise des cibles, des buts purement humains, terre à terre, on rate la cible, Dieu, donc on rate l’essentiel !

En un mot, être pécheur c’est ne pas faire volontairement la volonté de Dieu : on fait ce qu’on veut et non ce que Dieu veut, du coup Dieu devient de plus en plus lointain et même absent.

  1. Qu’est-ce que la conversion ? « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » vient de dire l’Évangile. Alors se convertir, c’est retrouver la Vie, retrouver Dieu qui donne la vie, la vraie Vie, c’est retourner vers Dieu pour être pleinement un Vivant, c’est-à-dire porter du fruit. Le pécheur, c’est le figuier stérile, l’arbre sec, l’arbre mort. Le converti, le croyant converti c’est celui qui s’ouvre à Dieu et qui grâce à Dieu porte des fruits, les fruits de l’Esprit : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, l’humilité, la maîtrise de soi.

Donc se convertir c’est devenir un arbre vivant, la question de Carême est donc celle-ci : suis-je un arbre vivant ou un arbre qui se dessèche, un arbre sec, un figuier stérile ?

Comment pendant ce carême me bêcher, me travailler, faire des efforts, avec l’aide de l’Esprit Saint et quel fumier, quel engrais, quelle grâce de Dieu accueillir pour être un arbre vivant, porteur des plus beaux fruits humains et spirituels ?

Voilà le chemin qui conduit à la Vie : les efforts qui nous bêchent, nous travaillent, et la grâce de Dieu : à tout moment, Dieu nous tend la main, nous propose ses élans, son souffle, son aide, sa grâce pour nous aider à faire ce que par nos seuls efforts on n’arrive pas à faire ! Savons-nous accueillir la grâce de Dieu, les moments de grâce qui nous permettent de porter des fruits en abondance ?

  1. Qui est Dieu ? Dieu n’est pas du tout un juge qui punit contrairement à ce qu’on pourrait croire en écoutant le début de l’Évangile : le massacre des Galiléens, c’est une affaire politique, ce n’est pas une affaire religieuse, c’est Pilate qui a massacré, ce n’est pas Dieu.

La chute de la tour de Siloé, c’est une catastrophe naturelle, le signe de la fragilité de la nature, les limites de la nature, ce n’est pas une vengeance de Dieu contre ceux qui s’éloignent de lui et l’oublient.

Dieu a créé l’homme libre capable du meilleur et du pire et une nature par définition fragile, limitée, donc capable du meilleur et du pire et non pas parfaite. Si la nature était parfaite, elle serait divine, donc pas humaine, par pour nous humains.

Donc, n’accusons pas Dieu d’être un punisseur ou un vengeur mais reconnaissons-le comme un vigneron patient, confiant, exigeant certes mais bienveillant, persévérant à notre égard pour nous faire porter du fruit !

Dieu est patient, patient avec l’humanité depuis des siècles et des siècles, patient avec chacun de nous depuis toujours et pour toujours : il accepte nos lenteurs à progresser, nos avancées et nos reculs, nos chutes, nos passages à vide, nos sècheresses… mais en restant bienveillant et confiant : il croit en nous, en notre progression possible, il ne veut pas nous couper et nous brûler, nous mettre au feu, mais nous féconder, nous faire porter du fruit. Oui, il est exigeant, veut à tout prix que nous portions du fruit, que nous ne soyons pas médiocres et desséchés, mais son exigence n’est pas l’exigence d’un maître tyrannique qui exige des résultats sans s’impliquer lui-même, en nous regardant de haut et en nous laissant nous débrouiller nous-mêmes. Dieu exige, réclame, attend du fruit mais travaille avec nous, s’implique avec nous en nous donnant sa grâce, son aide, en insistant, en persévérant jusqu’à ce que nos fruits soient abondants.

  1. À nous de témoigner, d’être ce Dieu vigneron au grand cœur en étant nous-mêmes vis-à-vis des autres, patients, confiants, bienveillants, exigeants, persévérants. Souvent nous sommes déçus par les autres, surtout nos proches. Nous les voudrions plus fructueux, plus actifs, plus respectueux, plus généreux, plus croyants, plus priants, plus aimants, plus engagés, plus missionnaires, plus tout !!! Alors nous nous énervons… ou nous les laissons tomber, nous les mettons à distance : « Qu’ils se débrouillent ! »

Eh bien non, ne nous dégageons pas de nos responsabilités vis-à-vis des autres : nous devons être exigeants envers eux : ils doivent porter du fruit et nous devons les stimuler, les motiver, les booster, les « bêcher », les travailler, les encourager avec confiance : « tu dois, tu peux, tu y arriveras ! Tu dois donner le meilleur de toi-même, tu peux y arriver, tu y arriveras, vas-y, ose, sois exigeant envers toi, et crois en toi, fais-toi confiance. » Soyons donc exigeants, confiants mais aussi patients : acceptons les autres tels qu’ils sont et non tels que nous voudrions qu’ils soient. On ne peut demander à un figuier de porter des cerises ou des prunes. Demandons aux autres de porter des fruits conformes à leur être, à leurs talents, à leurs capacités, à leur vocation… Quand ils commencent à porter du fruit, encourageons-les, félicitons-les mais n’allons pas trop vite, laissons-les mûrir, avancer à leur rythme, laissons l’Esprit les travailler comme il veut lui ! S’ils n’avancent pas assez vite, s’ils reculent, tombent, ne les jugeons pas, ne les condamnons pas en disant : « ils sont bons à rien, on n’en retirera jamais rien de bon » … Continuons de croire en eux, d’avoir confiance en eux et persévérons, insistons avec bienveillance, en voyant en eux le bien qu’ils font ou peuvent faire plus que le mal qui les bloque et les rend secs et stériles.

Oui, soyons envers les autres non des Pilate qui massacrent les autres, non des tours qui s’abattent sur eux pour les écraser, non des juges qui les condamnent mais des vignerons qui les travaillent jusqu’à ce qu’ils portent du fruit en étant envers eux patients, confiants, bienveillants, exigeants, persévérants. Pour être plus concret, je vous laisse avec cette question : quelle personne précise dans votre entourage est pour vous un figuier stérile que vous avez envie de couper, de jeter ? Qu’allez-vous faire désormais pour que ce proche devienne l’arbre vivant et fructueux que vous souhaitez ? Voilà un bel effort de carême à la portée de tous.

Alors ne restons pas pécheurs, retournons vers Dieu, retrouvons tous une relation forte avec Dieu et grâce à lui, convertissons-nous, faisons tout pour porter les fruits qu’il attend de nous et pour aider les autres à porter les fruits qu’ils peuvent et doivent porter. C’est ensemble que nous serons des figuiers fructueux et ensemble que nous serons le visage d’un Dieu vigneron amoureux de sa vigne et qui fait tout, mais en nous laissant libres, pour que nous soyons une vigne féconde donnant comme à Cana le meilleur des vins apprécié de tous !

Amen !

Père René Pichon