4ème dimanche de CAREME –ANNEE C-


Certains racontent qu’entre Dieu et les hommes il est question de domination : « Dieu est en haut, les hommes sont en bas, Dieu donne les ordres, les hommes exécutent » ! D’autres colportent des idées de commerce entre Dieu et les hommes : « Dieu est sensible aux sacrifices, les plus éprouvants si possible et pour attirer son attention il faut lui présenter de l’argent et des prières ». Comme si on pouvait acheter Dieu ! D’autres prêchent qu’entre Dieu et les hommes tout se passe comme au tribunal : « il est le Juge et il vaut mieux éviter la moindre erreur » !

…et pourtant Jésus vient et il appelle Dieu : « Père » ! tout ce qui se dit sur le visage de Dieu est jeté dans la poussière et renversé ! Puissions-nous éliminer une fois pour toutes de nos esprits et nos souvenirs ce Dieu pontifiant et nous jugeant derrière les nuages ! Notre Dieu, révélé par Jésus le Christ, par son propre Fils, est un Dieu qui se passionne pour nous, qui s’engage pour l’homme, bouscule les convenances. Un Dieu Père qui, comme on le voit dans cette parabole, s’élance, court à la rencontre de ce moins que rien, ce fils inconscient, frivole et égoïste. Et quelle délicatesse que celle de notre Dieu ! Pour ne pas blesser, il ne dit rien. Il fait une fête, c’est sa réponse. C’est sa parole à lui en donnant à son fils les beaux vêtements, l’anneau et les sandales neuves. Voilà le Dieu révélé par Jésus-Christ. Cassons les autres images, ce ne sont que des idoles faites par les hommes !

Cette scène, je la vis chaque fois que je donne le pardon du Seigneur à celui qui vient se confesser, lorsque je prononce ces mots : « par le ministère de l’Eglise, qu’Il vous donne son pardon et sa paix ». Oui, dans ce sacrement, nous sommes tellement désirés par Dieu : nous nous attendons tellement au juge et nous y trouvons le Père aimant et plein de tendresse qui nous attendait aux portes de notre coeur, qui n’attendait qu’une chose : c’est que nous venions lui dire « Père, je suis ton fils, ta fille et j’ai péché contre toi, pardonne-moi ».

Un jeune homme qui n’en finissait plus, par des paroles inutiles, de retarder le moment de sa confession, tant il avait peur, me dit tout à coup : « allez, mon Père, cette fois, je me jette dans la gueule du loup ! » Tout en moi s’indigna : « mais enfin, Dieu n’est pas un loup, c’est un Agneau ! et quand Il t’appelle, il ne cherche pas à t’avoir ! il n’y a pas de piège caché, ou s’il y en a un, c’est le piège de son amour ! » s’il t’appelle, le Seigneur, c’est pour te ramener chez Lui, pour te ramener chez toi. » On n’entre pas en confession comme on entre au tombeau ! On entre en confession pour entrer en résurrection. Le Seigneur veut te faire entrer dans son cœur, et son cœur n’a rien d’une prison, c’est un lieu pour la vie et pour la liberté ! Pauvre Dieu que le péché a défiguré au point de Lui donner aux yeux des hommes le visage d’un loup !

Je ne sais pas pourquoi, mais je suis persuadé que lorsque ce père aperçoit son fils et qu’il court se jeter à son cou en l’embrassant, qu’à ce moment précis l’un et l’autre vont sourire. Un sourire qui montre leur joie profonde car le pardon, la miséricorde sont source de paix, source de joie …notre sourire est signe de l’amour de Dieu. Manifestons par notre sourire, notre désir de conversion ! « Souriez à votre prochain. Prenez du temps pour les membres de votre famille. Souriez-leur à tous. Nous ne saurons jamais le bien qu’un sourire peut faire » disait Mère Térésa. Notre sourire offert à notre conjoint, à nos enfants, à nos voisins, à notre curé. Nous sous-estimons le bienfait d’un sourire, d’un regard affectueux, d’un geste d’attention. Reconnaissons-le, on a souvent du mal à voir ce qui va bien …

Quand vous vous réveillez le matin, parfois vous êtes tout ensoleillé de bonheur, tellement vous rayonnez. Et puis la journée commence, et vous rencontrez des gens qui ont dans la tête des nuages gris foncé qui filent à la queue-leu-leu. Ils sont si menaçants qu’on a l’impression qu’il suffit de les piquer légèrement pour qu’il se déchaînent en orages. Alors évidemment, c’est pas facile de rester au beau fixe. Au bout d’un moment, vous êtes découragé. Vous avez l’impression de gâcher vos rayons de tendresse pour rien du tout. Et vous finissez par passer de l’autre côté, du côté des gens de mauvaise humeur. Vous vous dites : « après tout, il n’y a pas de raison que je fasse des efforts, puisque personne n’en fait ! ». La mauvaise humeur, c’est comme la grippe : il suffit qu’il y en ait un qui l’ait pour que dix l’attrapent. Les gens, ils n’osent pas. Ils n’osent pas sourire. Je sais pas pourquoi. Alors je vous conseille de faire des cures de bonne humeur. Pour cela, il faut beaucoup jeûner :pendant des jours et des jours, on décide de pas dire un seul mot vilain, méchant ou mal et de ne voir que ce qui va bien. Même si on a de gros nuages gris foncé qui planent à l’intérieur, eh bien, c’est interdit de les faire pleuvoir, on a qu’à regarder au-dessus, vous savez : la face qui est toujours tournée vers le soleil. Et quand on a du méli-mélo dans la tête, quand on a de la colère, il faut dire à Dieu : « pardon de t’avoir blessé. J’ai regardé le mauvais côté ». Au début, c’est très difficile, parce qu’on aimerait se laisser aller dans ses humeurs. Et puis après, c’est drôlement bon, c’est comme le soleil qui commence à chauffer en plein hiver. Même si les autres sont d’un accueil glacial, eh bien on reste chaleureux, de toute la chaleur qu’on a accumulée pendant sa cure de bonne humeur. Je ne sais pas si vous avez remarqué : ce qui sépare les gens, ce sont les mots. Même les p’tits mots de rien du tout, ça peut produire les pire maux. Il y a des mots blessants, et puis aussi des mots qui tuent…heureusement, Jésus nous révèle un Père qui n’a que des mots qui font du bien, qui réchauffent, qui réconfortent et qui remettent debout dans la confession, dans ce si beau Sacrement de Miséricorde !

Père Jérôme Martin