HOMELIE DE LA FETE DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST

 » Qui mange ma chair, qui boit mon sang…  »  » Je suis le pain vivant … « 
Comment entendons-nous ces phrases prononcées par Jésus ? Jésus ne dit pas que le pain est le symbole de son corps, il dit :  » qui mange ma chair « . Il a des mots charnels, des mots qui nous troublent. Le Pain consacré c’est le Corps Ressuscité du Christ : Communier, c’est croire que le Christ nous met dans sa communion, Il fait de notre corps, son corps. Or, quand les apôtres entendent ces mots, Jésus n’est pas encore ressuscité et ses paroles sont proprement incompréhensibles. D’ailleurs beaucoup de ses disciples vont le quitter après ce discours sauf les Douze et quelques autres parce que Pierre aura dit en leur nom :  » Seigneur, à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle… « . 

Communier nous invite à nous poser une question essentielle : quel regard ai-je sur Dieu ? Qui est Dieu pour moi ? Qu’est-ce qui me fait vivre ? Le Père Stan Rougier, qui est aumônier de jeunes et prédicateur de retraites, faisait part dans un de ses livres (Les rendez-vous de Dieu, Presses de la Renaissance, Paris, 2000, page 173) de ce témoignage très personnel : « je revois le petit enfant que j’étais à huit ans, un enfant très timide et qui n’aimait pas grand chose, incapable d’inspirer un intérêt quelconque, de trop ! Et l’on m’annonça que le Christ venait me rendre visite pour ma 1ère Communion. En sortant de l’église, ce matin de printemps, je pus marcher la tête haute. Cette 1ère Communion fut pour moi un « permis d’exister ». C’est Dieu qui m’aimait. L’Eucharistie ! Mystère tellement fabuleux ! Merveille qui nous coupe le souffle et nous laisse balbutiants, sans voix, aveuglés comme la chouette par trop de lumière.

Communier, c’est recevoir le Christ pour donner le Christ. Donner le Christ, c’est souvent très exigeant ! Recevoir le Christ, cela demande que nous sachions prendre la vie à la Lumière du Christ Ressuscité. Quelquefois, la vie est dure et souvent nous maudissons la vie. Mais le Seigneur nous demande d’aimer la vie comme don de Dieu malgré les moments difficiles et dramatiques que nous pouvons subir. Je voudrais vous donner un exemple : c’est l’histoire de deux amis qui marchaient dans le désert. A un moment, ils se disputèrent et l’un deux gifla l’autre. Ce dernier endolori mais sans rien dire, écrivit dans le sable  » Aujourd’hui, mon meilleur ami m’a giflé ». Ils continuèrent à marcher puis trouvèrent un oasis dans lequel ils décidèrent de se baigner.
Mais celui qui avait été giflé manqua de se noyer et son ami le sauva.
Quand il se fut repris, il écrivit sur une pierre :  » Aujourd’hui mon
meilleur ami m’a sauvé la vie » Celui qui avait donné la gifle et sauvé son
ami lui demanda » Quand je t’ai blessé tu as écrit sur le sable, et
maintenant tu as écrit sur la pierre pourquoi? « L’autre ami répondit  »
quand quelqu’un nous blesse, nous devons l’écrire dans le sable où les
vents du pardon pourront l’effacer. Mais quand quelqu’un fait quelque
chose de bien pour nous, nous devons le graver dans la pierre où aucun
vent ne peut l’effacer » Apprends à écrire tes blessures dans le sable et à
graver tes joies dans la pierre…c’est ainsi que tu pourras donner le Christ que tu as reçu en communiant.

« Les personnes qui viennent à la Messe, arrivent en parlant et rient et repartent souvent ainsi comme si rien ne s’était passée à la messe ; elles croient qu’elles ne vont rien voir d’extraordinaire. Elles ne se sont doutées de rien parce qu’elles n’ont pas pris la peine de voir. On dirait qu’elles viennent d’assister à quelque chose de simple et de naturel, le Pain qui devient le Corps du Christ …et cette chose, devrait suffir à ravir en extase ce monde. Ces personnes reviennent du Golgotha et elles parlent de la température. Si on leur disait que Jean et Marie descendirent du Calvaire en parlant de choses frivoles, elles seraient choquées. Cependant elles-mêmes n’agissent pas autrement. On dirait que ce que les yeux ne voient point n’a pas d’importance ; en réalité il n’y a que cela qui est et il n’y a que cela qui existe. Elles ont été une heure dans une église sans comprendre ce qui se passait. Elles entendent la Messe tranquillement, sans larmes, sans commotion intérieure. Si elles pouvaient s’étonner, elles seraient sauvées, mais elles font de leur religion une de leurs habitudes … C’est l’habitude qui damne le monde ! »Julien Green (1900-1998), sous le pseudonyme de Théophile Delaporte, Pamphlet contre les catholiques de France, paru dans les Cahiers du Rhône, 15 (54), Neuchâtel, 1944.

« Quel malheur que nous ayons au milieu de nous un trésor immense et inépuisable, et que, faute de le connaître, nous vivions sans nous en rendre compte ; que nous ayons en notre pouvoir un remède à toutes sortes de maux, un arbre de vie qui peut nous communiquer non seulement la santé, mais l’immortalité même et que cependant nous soyons accablés d’infirmités, que nous vivions d’une vie languissante, que nous mourions tous les jours de la plus funeste de toutes les morts. Je vous le dis : la messe est ce remède universel, cet arbre de vie, ce riche trésor. Saint Claude La ColombièreRéflexions chrétiennes, 13 : « De la messe », in Ecrits spirituels, DDB-Bellarmin,

Oui, l’Eucharistie est ce remède universel à toutes nos infirmités, à nos fragilités : le Christ nous le redit aujourd’hui :« celui qui mange ce pain vivra éternellement » ! Nos yeux voient du Pain et les yeux de notre cœur voient le Christ Ressuscité qui se donne pour nous sauver !