Homélie du dimanche 4 Août 2019, 18e dimanche du T.O.


Le dimanche, vous avez le choix entre quatre conceptions de la vie radicalement différentes : une conception pessimiste dans la première lecture, une conception matérialiste dans l’Évangile, une conception idéaliste dans la deuxième lecture, une conception chrétienne chez Saint Paul.

  1. « Vanités des vanités, tout est vanité » disant Qohéleth qui expliquait que la vie consiste à se fatiguer et même à souffrir pour rien : « Que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments, même la nuit, son cœur n’a pas de repos. Cela aussi n’est que vanité… »

J’espère que n’avez pas cette vision pessimiste de la vie car alors la vie devient insupportable. Pourtant, il y a certainement des moments où vous avez l’impression de vous être fatigués pour rien : après un échec cuisant, ou quand vous êtes fatigués, épuisés ou quand vous êtes découragés par des revers, des contrariétés, des oppositions, vous vous dites, et c’est normal : « Je me suis donné de la peine pour rien…, je me suis fatigué, usé, sacrifié pour rien… » C’est normal de traverser de tels moments de fatigue physique ou psychologique mais il ne faut pas s’y enfoncer, les ruminer car ils nous détruisent ; il faut comme disent les psys « laisser passer », accuser le coup, et repartir le plus vite possible sur d’autres bases. Même Jésus a eu de tels moments d’épuisement, par exemple devant l’incrédulité de ses contemporains, devant leur lenteur à croire, au point de déclarer un jour : « Le Fils de l’homme, quand il reviendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? » Nous avons donc droit à des moments de pessimisme mais il ne faut pas que ça devienne un état d’âme permanent et pour cela habituons-nous à voir le positif, à voir ce qui va bien, ce qui encourage et donne le moral.

  1. « Voilà ce que je vais faire, dit le riche propriétaire de l’Évangile : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence ! » Telle est par excellence la conception matérialiste de la vie, celle de notre société de consommation : accumuler des biens, des activités, des divertissements, avoir toujours plus, toujours plus, faire toujours plus, toujours plus, profiter de la vie au maximum sans se poser de questions… Hélas, dit Jésus « Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » 

Notre vie est donc une vie de fou si elle repose sur les biens matériels, sur la suractivité, sur le seul désir d’en profiter au maximum. Que faire ? Jésus nous le dit : « Non pas amasser pour soi… mais être riche en vue de Dieu… » Le sens de la vie c’est Dieu et Dieu seul et non l’accumulation des biens, des activités, des plaisirs que la mort balaiera tôt ou tard ! Vivons pour Dieu et nous serons des sages qui ont tout compris et que la vie comblera !

  1. Saint Paul est carrément à l’opposé de cette conception matérialiste de la vie, il nous invite à l’idéalisme extrême : « Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en-haut. Pensez aux réalités d’en-haut, non à celles de la terre… » Pour tendre vers les réalités d’en-haut il faut faire de notre vie en permanence une élévation morale et spirituelle.

Élévation morale : combattons contre toutes les formes du mal, contre tout ce qui nous alourdit, nous fait tomber dans une vie terre à terre : « Faites donc mourir en vous, dit Saint Paul, ce qui n’appartient qu’à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder qui est idolâtrie… »

Élévation spirituelle : « Il n’y a plus le païen, ni le juif, le circoncis et l’incirconcis, il n’y a plus le barbare ou le primitif, l’esclave et l’homme libre ; mais il y a le Christ : il est tout et en tous » C’est ça l’élévation spirituelle : voir le Christ en tous et en tout, dépasser la vision humaine des personnes et des choses vues par elles-mêmes, voir le Christ et rencontrer le Christ en tous et en tout, vivre en communion avec lui partout. Avoir une conception idéaliste de la vie, c’est cultiver en nous une vie morale et spirituelle qui nous met en communion avec le Christ. J’espère que c’est à ce sommet, « à cet en-haut » que tend votre vie !

  1. Enfin, Saint Paul nous propose sa conception chrétienne de la vie qui entraîne encore plus loin que sa conception idéaliste de la vie : « Vous vous êtes débarrassés de l’homme ancien qui était en vous et de ses façons d’agir, et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau qui, pour se conformer à l’image de son créateur, se renouvelle sans cesse en vue de la pleine connaissance. » Être chrétien, c’est être baptisé, et être baptisé c’est plonger dans la mort du Christ, mourir avec lui, faire mourir en nous notre nature humaine, l’homme ancien avec ses désirs humains, pour ressusciter avec le Christ, et devenir « des hommes nouveaux » totalement guidés par l’Esprit du Christ ; c’est passer de la nature humaine à la nature divine, être « divinisés » et pas seulement spiritualisés ; pour reprendre une expression de l’Apôtre, être chrétien, vraiment chrétien, c’est pouvoir dire : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ! »

J’espère que vous essayez petit à petit de vivre cette authentique vie chrétienne en laissant le Christ vous habiter et vous animer de plus en plus. Évidemment sans cesse notre nature humaine reprend le dessus et c’est normal : la vie chrétienne n’est pas de tout repos, c’est un combat spirituel. Pour mener ce combat, le Christ est avec nous : « Il est tout en tous », a dit Saint Paul, il est donc en nous, faisons-lui confiance pour que de plus en plus il transparaisse en nous et dans toute notre vie. Alors notre vie sera pleinement réussie et deviendra éternelle : « Quand paraîtra le Christ, votre vie, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. » 

Amen !

Père René PICHON