Homélie du 18ème DIMANCHE du Temps Ordinaire –ANNEE C –

18ème DIMANCHE du Temps Ordinaire –ANNEE C –

Il était fier, cet homme de la parabole, légitimement fier ! Il avait travaillé, sa terre avait produit. Il entasserait son blé, il aurait des réserves pour de nombreuses années. Il pourrait se reposer, jouir de l’existence. Jésus nous parle ainsi d’un riche fermier, tirant de ses biens fonciers un profit croissant. Habile homme d’affaires, il calcule ses revenus et décide de construire de nouveaux entrepôts. Il réinvestit ses bénéfices. Jésus met donc le doigt sur l’instinct de propriété qui se cache derrière ce type d’entreprise, par ailleurs si naturelle : stocker pour se protéger des coups du sort, s’assurer contre les risques et les concurrents. Aujourd’hui comme autrefois, il y a tous ces hommes et ces femmes qui s’efforcent d’exceller dans leur profession sur le dos des autres, qui luttent sans cesse pour gagner plus, pour remporter des marchés, qui sont des « battants » dans notre société compétitive. Il y a aussi tous ces jeunes qui espèrent réussir mieux encore dans cette course au profit et à l’argent. Mais voilà ! Jésus réagit autrement « gardez-vous, dit-il, de toute âpreté au gain, car la vie d’un homme fut-il dans l’abondance ne dépend pas de ses richesses. »

En effet, ce qui intéresse le riche propriétaire de la parabole, c’est simplement avoir, entasser, engranger. De même, ce qui intéresse souvent les hommes et les femmes d’aujourd’hui qui réussissent, c’est non seulement de gagner, d’amasser pour assurer l’avenir, mais surtout d’avoir toujours plus. Dans le monde nous passons souvent notre temps à thésauriser. Bon nombre de discours nous incitent d’ailleurs à développer le « chacun pour soi » et le « chacun chez soi ».Tous ces gens ne sont plus eux-mêmes ; ils ne sont plus que ce qu’ils ont : un grenier bien rempli, une bonne situation ou un bon compte en banque, une conscience en paix ! Selon St Thomas d’Aquin, l’orgueil est « une estime exagérée de soi-même qui s’accompagne de mépris pour les autres. Ainsi, aux yeux de Dieu, ce n’est pas ce qu’il possède, même s’il en est fier, qui donne du prix à l’homme. Car tout cela est périssable. L’évangile oriente notre regard non vers une richesse matérielle de plaisirs éphémères, mais vers une richesse de l’être. Ce qui donne du prix aux yeux de Dieu, c’est ce que l’homme est. L’être est bien plus important que l’avoir. Le riche propriétaire de l’évangile qui ne pense qu’à son grenier, est-il encore capable de voir autour de lui tous ceux qui sont malheureux et qui manquent de tout ? Et celui qui a réussi, comment regarde-t-il ceux qui ont échoué ? Sont-ils seulement à ses yeux des malchanceux, des minables ou des paresseux ? Et cependant, nous dit Dieu, ce qui compte pour moi c’est l’homme. C’est lui qui a du prix et est impérissable.

C’est l’histoire d’un directeur d’usine qui réprimande injustement un employé. Celui-ci ne peut pas répondre en face. En rentrant chez lui, il hurle après sa femme. Celle-ci, à son tour, hurle après sa fille qui n’a pas rangé sa chambre. La fille donne un coup de pied au chien qui se met à courir après le chat …l’histoire se termine par la mort de la souris. Et bien, cette histoire, c’est ce qui se passe dans nos sociétés, dans nos communautés. C’est ce que nous transmettons de génération en génération. L’agressivité, la violence se déplace du plus fort jusqu’au plus faible. La souris de l’histoire, ce sont aujourd’hui les personnes isolées, handicapées, malades. Il nous faut avec le Christ accueillir cette violence et la transformer en tendresse pour briser cette chaîne !Se servir de l’autre plutôt que de le servir peut devenir un principe … et pourtant, notre société est-elle insensible au service des autres ? Je ne le crois pas. Servir en faisant des petites choses n’est jamais ridicule, n’est jamais inutile. Mieux vaut notre petit geste, notre petite action qu’un grand et beau rêve qui ne se réalise jamais. C’est en devenant petit serviteur que nous changerons le cours des choses un peu comme ces petits témoins Claude et Monique qui habitent dans une ZUP…je vais vous raconter ce qui se disait sur eux, une histoire vraie ! 

Un jour, un jeune qui s’appelle Alain, jeune habitant une ZUP vient voir un prêtre et lui demande : « M’sieur, c’est quoi un chrétien ? On vient juste de déménager et d’arriver dans les HLM là-bas, et depuis qu’on y est, plusieurs fois, il y a des voisins qui ont demandé à mon père et à ma mère si on était chrétiens. Ma mère leur a bien dit qu’on a tous été au caté mais, comme l’a dit la concierge, c’est pas cela qu’ils voulaient savoir ». « Tu sais, lui dit le prêtre, il faudrait que tu demandes à un copain ou à des voisins pourquoi on vous pose tout le temps la même question ». Quelques heures après, Alain était de retour avec un copain, l’air triomphant : « Ca y est, Marco va vous expliquer ». Dans cette ZUP, les problèmes de cohabitation s’étaient posés, la vie était devenue intenable avec son cortège de disputes, d’intervention de police, de dépressions nerveuses …il n’y avait qu’un îlot préservé. C’était l’immeuble B. Là vivait une famille avec ses quatre enfants. Ils avaient réussi en trois ans à créer entre leur voisins des liens d’entraide, de service, de dialogue tels que, dès qu’il y avait un début de dispute, on venait chercher Claude et Monique pour arranger les choses. Monique était catéchiste et Claude n’avait jamais hésité à présenter à ses voisins des amis chrétiens. Tout le monde savait qu’ils étaient chrétiens. Petit à petit, on avait autour d’eux, tellement fait de liens entre leur christianisme et leur façon de vivre, que lorsqu’on apprit qu’ils quittaient l’immeuble, on n’eut plus qu’un désir dans l’immeuble B : retrouver d’autres chrétiens…ce qui expliquait les questions posées par Alain. 

Oui, être témoin du Christ, être humble missionnaire là où je suis passe d’abord par le service.En préférant le Christ, nous ne renonçons à rien ; nous choisissons l’essentiel, ce qui peut vraiment donner sens à notre vie !
                                                                        P Jérôme Martin