Homélie du 20ème DIMANCHE du Temps Ordinaire –Année C- 18/08/19


La porte du séminaire s’ouvre avec joie pour Cédric, lui qui a reçu cet appel à devenir prêtre. Hélas, la porte de sa famille se claque sur lui brutalement …Ludovic, lors de son mariage à l’Eglise, s’était engagé à éduquer chrétiennement ses enfants. Sonia son épouse, non croyante, avait promis qu’elle respecterait cet éveil religieux. Désormais la promesse tourne au chantage affectif …Manon s’est rendue aux JMJ en Pologne avec enthousiasme ainsi que le soutien de plusieurs amis, bravant la vive hostilité de sa famille …situations vécues aujourd’hui ici ou là, et souvent dans nos familles…. La prémonition de Jésus serait-elle exacte ? « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division ». Mais si la foi génère de telles divisions entre les proches d’une même famille, comment peut-elle être bienfaisante ? Cette question peut nous déconcerter mais le dessein de Jésus n’est évidemment pas de briser notre fragile unité. La foi n’a pas vocation à diviser mais adhérer à Jésus, avoir foi en Lui est un acte libre dont les conséquences relationnelles peuvent être parfois douloureuses. Dans une secte, le gourou demande qu’on le suive en se coupant de tout, Jésus, Lui, nous invite à ne Lui préférer personne mais sans aucun mépris de quiconque, bien au contraire, Il nous invite à aimer même ceux qui nous méprisent ou qui ne comprennent pas notre foi.

Jésus nous invite également à ne pas être tiède dans notre foi ! Comme il aimerait que le feu soit déjà allumé dans notre cœur ! Comme il aimerait nous voir vibrer pour Lui ! Comme il aimerait que nous cherchions et que trouvions Dieu ! Car trouver Dieu, pardonnez-moi, mais c’est un peu comme trouver des champignons …pour trouver des champignons, il faut d’abord les chercher. Celui qui ne cherche pas Dieu ne le trouvera jamais. Pour que la récolte de champignons soit bonne, il faut d’abord se lever assez tôt. Il faut rouler, il faut marcher. La cueillette de champignons demande un véritable effort. On ne trouve pas Dieu dans l’agitation ou dans la course contre le temps. Apprenons à stopper nos activités quelques instants pour donner ce temps à Dieu dans la prière. 

Pour trouver des champignons, il faut y croire. Il faut avoir envie, il faut désirer, il faut se mettre dans les conditions voulues pour que cela réussisse. Pour trouver Dieu, c’est pareil ! Beaucoup de gens vous diront : « cette année, on n’en trouve pas beaucoup …et puis nous n’avons pas eu le temps ! » Comme d’autres diront : « Chercher Dieu ? Mais pourquoi faire ? ça ne rapporte rien ! Et puis, on verra bien cela plus tard ! »

D’autres personnes essayeront de vous prouver par a+b que Dieu n’existe pas …ça me rappelle cet homme qui me répétait pour la troisième fois : « Non, cette année, il n’y a pas de champignons ! » Je lui répondis qu’en cherchant bien, il en trouverait. « Non, ce n’est pas vrai ! il n’y en a pas ! ». Ce jour-là, mon sac était rempli de chanterelles . Cet homme était persuadé  du contraire parce qu’il n’avait pas observé autour de lui !

La comparaison la plus frappante entre Dieu et les champignons, pardon si je vous choque, est certainement la découverte. Au début, on en trouve peu, mais par habitude on continue de chercher. Dieu, on y croit un peu, mais ça ne nous accroche pas tellement. Et puis d’un seul coup, au moment où on s’y attend le moins, il y en a partout, c’est tout jaune, le ramasseur n’en croit pas ses yeux. Idem avec Dieu ! Dieu est là. Il s’adresse à vous par ceux qui sont autour de vous, par sa Parole, par ses sacrements et vous sentez alors vraiment sa présence…

Puisque, par les circonstances de la vie, nous pouvons passer par des périodes de crise de la foi, il est sans doute bon de se demander comment faire pour retrouver ce goût de Dieu. Pour ce faire, je vous propose de reprendre un extrait d’un livre. Il s’agit d’Oscar et la dame rose d’Eric-Emmanuel Schmitt. Je vous le résume : Mamie-rose, ancienne catcheuse professionnelle  visite les enfants à l’hôpital. Ce roman décrit les 12 derniers jours d’Oscar à l’hôpital. Oscar est un enfant qui est condamné. Mais grâce à Mamie-Rose qui nouera avec Oscar un très fort lien d’amour, ces 12 derniers jours d’Oscar deviendront légende ! Je vous livre un extrait. 

  • Si tu écrivais à Dieu, Oscar ? 
  • Ah non, pas vous, Mamie-Rose ! 
  • Quoi, pas moi ? 
  • Pas vous ! Je croyais que vous n’étiez pas menteuse. 
  • Mais je ne te mens pas, répondit-elle. 
  • Alors pourquoi me parlez-vous de Dieu ? On m’a déjà fait le coup du Père Noël. Une fois suffit ! 
  • Oscar, il n’y a aucun rapport entre Dieu et le Père Noël. 
  • Si. Pareil, répondit l’enfant. Bourrage de crâne et compagnie. 
  • Est-ce que tu imagines que moi, une ancienne catcheuse, cent soixante tournois gagnés sur cent soixante cinq, dont quarante trois par K.-O., l’Etrangleuse du Languedoc, je puisse croire une seconde au Père Noël ? Non, répondit Oscar. 
  • Et bien je ne crois pas à Père Noël mais je crois en Dieu. Voilà. Evidemment, dit comme ça, ça changeait tout, se dit l’enfant. Et pourquoi est-ce que j’écrirais à Dieu, demanda-t-il. 
  • Tu te sentirais moins seul. 
  • Moins seul avec quelqu’un qui n’existe pas ? 
  • Il existe. Mamie-Rose se penche ensuite sur Oscar et lui dit : Dieu te fera du bien. Livre-lui tes pensées. Des pensées que tu ne dis pas, ce sont des pensées qui pèsent, qui s’incrustent, qui t’alourdissent, qui t’immobilisent, qui prennent la place des idées neuves et qui te pourrissent. Tu vas devenir une décharge à vieilles pensées si tu ne parles pas. Et en plus, à Dieu, tu peux lui demander une chose par jour comme par exemple : du courage, de la patience, de nous apprendre à pardonner, à réconforter, à dire du bien de ceux qui nous entourent même de notre voisin qui nous a fait une crasse.

Et aujourd’hui, nous, de notre côté, fort de ce dialogue entre Mamie-Rose et Oscar, nous sommes invités à renouveler notre foi, à demander à l’Esprit-Saint qu’Il vienne nous apporter le Feu intérieur !

Père Jérôme Martin