Homélie du 21ème Dimanche du Temps Ordinaire- ANNEE C- 25/08/19

« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite car beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas » … la parole du Christ est radicale : Il nous invite à tout moment à nous convertir, à lâcher nos mauvaises habitudes, à convertir nos façons de penser, à convertir notre regard, nos pensées, à purifier nos âmes, à redevenir comme des petits enfants pour entrer dans le Royaume de Dieu : les derniers seront les premiers dans le Royaume … les derniers ici sur cette terre se sont les plus fragiles, les petits, les malades. Devenez comme des petits enfants, voilà l’appel du Christ tout au long des Evangiles.

Savez-vous pourquoi nous avons tous une espèce de petite gouttière depuis le nez jusqu’à la bouche, ce petit renforcement depuis la base des narines jusqu’aux lèvres ? Pourquoi tous, hommes et femmes, avons-nous cette particularité en commun ? Nos frères juifs ont une belle explication. Pendant les neuf mois de gestation, quand l’enfant est dans le ventre de sa maman, il est en présence de Dieu. Il voit Dieu. Il est dans l’intimité du Seigneur. Et puis au moment précis de la naissance, une seconde avant sa sortie, un ange vient le frapper de son doigt, comme on fait le geste « chut ». Ce doigt de l’ange qui a barré notre bouche, nous en portons la trace toute notre vie. Il signifie : « chut ! De tout ce que tu as vu pendant tes neuf mois, de la présence du Seigneur, n’en parle à personne. Ils ne comprendraient pas ». Et durant notre vie sur terre, il va falloir tout réapprendre en retrouvant notre cœur d’enfant, plein de confiance, curieux de Dieu, chercheur de Dieu. Avec Dieu, ne jouons pas aux grandes personnes car « le Royaume de Dieu appartient aux enfants et à ceux qui leur ressemblent » !

En fait, ce que Jésus attend de nous, même deux mille ans plus tard, c’est que nous répondions en vérité à sa question, dans l’intime de notre coeur : « pour vous, qui suis-je ? ». Croire, professer sa foi, c’est-à-dire faire confiance à ce qui peut sembler impensable, inimaginable. Croire sans jamais avoir la prétention de tout comprendre, de tout saisir. Croire pour reconnaître avec Simon Pierre qu’il est le Christ, le Fils de Dieu, ayant les paroles de la vie éternelle, le Saint, le Saint de Dieu. Nous avons la liberté soit de refuser le Christ, soit d’entrer dans ce mystère mais à notre rythme. C’est maintenant que nous pouvons décider si nous voulons être avec lui dans l’éternité mais Dieu ne nous sauvera pas sans nous, Il souhaite notre réponse personnelle …c’est bien le sens de cet EVANGILE : « efforcez-vous d’entrer par la porte étroite » !

Les enfants comprennent très bien l’expression. Quand on leur demande : « Pour qui existes-tu ? », ils répondent immédiate­ment : « Pour ma maman »

Et lorsque on les interroge : « Qu’est-ce que cela veut dire ? »

Ils répondent « Qu’elle m’aime… Qu’elle s’inquiète pour moi. »

Jésus me connaît par mon prénom. Il m’appelle par mon pré­nom. Incroyable, mais vrai ! Voilà ce qu’est un disciple de Jésus.

Et puis, il y a à devenir chrétien apôtre. Cette bonne nouvelle, il veut la transmettre. Pourquoi est-ce si important d’être à la fois disciple de Jésus et apôtre de Jésus ? Aujourd’hui, on nous parle beaucoup des « valeurs chré­tiennes ». Mais si elles sont coupées de leur source, de l’eucharistie, de ce Pain de Vie que le Seigneur nous donne et de Sa Parole, combien de temps tiendront-nous dans la Foi ?

Lettre de sœur Marie-Pierre à Bernard Thibault, Secrétaire Général de la CGT – Publiée le 18 avril 2002 dans le journal L’Humanité.

Monsieur, Religieuse cloîtrée au monastère de la Visitation de Nantes, je suis sortie, le 19 juin, pour un examen médical. Vous organisiez une manifestation. Je tiens à vous féliciter pour l’esprit bon enfant qui y régnait. D’autant qu’un jeune membre de votre syndicat m’y a fait participer ! En effet, à mon insu, il a collé par-derrière sur mon voile l’autocollant ci-joint, après m’avoir fait signe par une légère tape dans le dos pour m’indiquer le chemin. C’est donc en faisant de la publicité pour votre manifestation que j’ai effectué mon trajet. La plaisanterie ne me fut révélée qu’à mon retour au monastère. En communauté, le soir, nous avons ri de bon cœur pour cette anecdote. Je me suis permis de retraduire les initiales de votre syndicat : CGT : Christ, Gloire à Toi ! Que voulez-vous, on ne se refait pas… Merci encore pour la joie partagée. Je prie pour vous. Au revoir, peut-être, à l’occasion d’une autre manifestation. Sœur Marie-Pierre

La réponse de Bernard Thibault :

Ma sœur, Je suis persuadé que notre jeune camarade, celui qui vous a « indiqué le chemin », avait lu dans vos yeux l’humanité pure et joyeuse que nous avons retrouvé dans chacune des lignes de votre lettre. Sans nul doute, il s’est agi d’un geste inspiré, avec la conviction que cette pointe d’humour « bon enfant » serait vécue comme l’expression d’une complicité éphémère et pourtant profonde. Je vous pardonne volontiers votre interprétation originale du sigle de notre confédération car nous ne pouvons avoir que de la considération pour un charpentier qui a révolutionné le monde.

Avec tous mes sentiments fraternels, et chaleureusement. Bernard Thibault

Le Christ nous invite aujourd’hui à décider de ce que nous en faisons de cette foi. Il attend de nous une réponse : « pour vous, qui suis-je ? ». Ici, il n’est plus question de sentiments, d’audimat mais bien de conviction personnelle malgré des doutes pouvant surgir à tout moment. Ce choix nous conduit au coeur de notre liberté parce que la foi n’est pas quelque chose qui s’emprisonne ou qui nous emprisonne. As-tu, Seigneur, les paroles de la vie éternelle ? Croyons-nous que tu es le Saint, le Saint de Dieu ? Nous ne pouvons répondre que dans l’intime de notre cœur !