Homélie du 26ème DIMANCHE du Temps Ordinaire -ANNE C- 06/10/19

Dans cette parabole citée par l’Evangéliste Luc, le pauvre Lazare avait de bonnes raisons de se croire oublié de Dieu comme des hommes. Ce qui surprend ici c’est qu’il est nommé, alors que le riche est parfaitement anonyme. C’est la seule fois dans l’Evangile qu’un personnage de parabole est désigné par son nom. Comme si sa pauvreté était un titre qui lui donnait le droit d’être reconnu. Cette parabole rapporte une histoire où les situations du riche et du pauvre se trouvent inversées après la mort. Le contraste entre la vie luxueuse de l’un et la misère de l’autre, nous montre l’inconscience du riche. Il ne voit plus que ces richesses, il est étouffé, aveuglé par ses richesses (quels sont nos « richesses » qui nous éloignent des autres : richesses matérielles, pouvoir, séduction, paraître devant les autres ?). Comme tout lui était donné, il pensait que tout lui était dû …même le Paradis !!!

Le riche de notre parabole passait certainement pour un juste : les pharisiens pensaient que toute possession matérielle était un signe de la bénédiction de Dieu . C’est pourquoi lorsque Jésus dit à ses disciples qu’il est très difficile à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu, ils sont ébahis. « Qui donc alors peut être sauvé ? »  On croyait que c’était le contraire, on croyait qu’il fallait être riche sur terre pour accéder au Royaume de Dieu. Lazare meurt. Et aussitôt après son dernier soupir, il est reçu au sein du Peuple glorieux dont Abraham est le père. Dieu ne l’a donc pas oublié. C’est l’esprit de l’évangile de Luc. La scène est stupéfiante : Lazare meurt et une délégation angélique se déplace pour l’accompagner dans les hauteurs, au Royaume de Dieu dont il est devenu l’héritier avec les autres pauvres. Le riche meurt et il se retrouve dans les tourments. Il lève les yeux et voit Lazare devenu un seigneur dans le Paradis. Il croit pouvoir faire évoluer la situation comme il le faisait autrefois, en claquant des doigts : « Père Abraham ! Envoie Lazare me rafraîchir la langue. ». Mais il apprend que sa situation est définitive.  « Un abîme entre nous et vous a été fixé. » Il est naturel qu’il y ait un abîme entre Dieu et nous mais tant que nous sommes sur terre, il n’est pas fixé, on peut le combler. Et cela se fait en pratiquant la charité. Si le riche n’avait pas ignoré Lazare, il n’aurait pas été ignoré à son tour par Dieu, l’abîme aurait disparu. 

Un jour, un jeune novice arrive au monastère. La tâche qui lui est assignée est d’aider les autres moines à recopier les anciens canons et règles de l’église. Très vite, il remarque que ces moines effectuent leur travail à partir de copies et non des manuscrits originaux. Etonné de cela, il va voir le père abbé, lui faisant remarquer que si quelqu’un a fait une petite erreur dans la première copie, elle va se propager dans toutes les copies ultérieures. Le père abbé lui répond : « Cela fait des siècles que nous procédons ainsi, que nous copions à partir de la copie précédente, mais ta remarque est pertinente, mon fils et j’irai donc rechercher les originaux. »

Le lendemain matin, le père abbé descend dans les profondeurs du sous-sol du monastère, dans une cave voûtée où sont précieusement conservés les manuscrits et parchemins originaux. Cela fait des siècles que personne n’y a mis les pieds et que les scellés des coffres sont intacts. Il y passe la journée toute entière, puis la soirée, puis la nuit, sans donner signe de vie. Les heures s’écoulant, l’inquiétude grandit. A un tel point que le jeune novice se décide à aller voir ce qui se passe. Il descend et trouve le père abbé complètement hagard, se cognant sans relâche la tête contre le mur de vieilles pierres. Le jeune moine se précipite et demande : « Père abbé, que se passe-t-il donc ? » Et à ce dernier de répondre : « Depuis des siècles nous sommes dans l’erreur, nous avons oublié de faire un vœu, le plus important qui était là depuis le début du christianisme, donné comme un trésor par le Christ …c’est le vœu de charité ! »

Dieu souffre de nos trébuchements ou des croche-pieds que nous faisons à d’autres. En aucune façon, la foi ne peut se contenter de belles paroles, de belles intentions. Ce serait trop simple, voire même mensonger. Non notre foi n’est vraie que lorsqu’elle s’enracine dans notre vie. Si je me dis croyant en Dieu et qu’en même temps mes mots sont des coups d’épée lacérant l’âme de la personne à qui je m’adresse, je ne suis plus en vérité et je deviens un scandale pour la foi.

Or, comme le rappelle l’histoire monastique entendue il y a quelques instants, nous redécouvrons que l’essentiel est la charité. C’est pourquoi, nous pouvons affirmer qu’en tant que croyants, la charité est le seul vœu auquel il ne nous est pas possible de nous dérober.

Par notre profession de foi en Dieu, par notre désir de mettre nos pas dans les pas du Christ, nous sommes tous conviés à faire ce vœu de charité. Non pas par nécessité, encore moins par culpabilité déplacée mais par amour de Dieu, par amour de la vie. Dieu nous invite à faire le bien, non pas parce que c’est bien mais par amour pour Lui : voulons-nous faire ce vœu de charité ?

Voici une fable …nous sommes à la fin d’un concert, le one-man show d’un violoniste. Les applaudissements éclatent tandis que le rideau tombe. Ils redoublent d’enthousiasme. Le violon, oui, l’instrument vient sur le devant de la scène, fait une révérence et, désignant le violoniste timide qui se tient à l’écart, s’adresse au public : « je souhaite que vos félicitations aille également à monsieur ; je dois à la vérité reconnaître que privé de son concours je n’aurai pas aussi bien réussi ». Le chrétien sait qu’il est un instrument, comme ce violon, et que le violoniste, celui qui joue du violon avec Amour, c’est Dieu …nous sommes un canal de l’amour de Dieu et cela fait Son bonheur et cela devrait faire notre bonheur. Au fond, la charité chrétienne c’est l’affaire de Dieu avec le concours de l’homme et Dieu a besoin de violon !