Homélie du dimanche 27 Octobre 2019 30 e dimanche du T.O.


Lc 18, 9-14
2 Tm 4, 6-8.16-18

Attention, attention ! Les personnages que les lectures nous présentent aujourd’hui ne sont pas
extérieurs à nous mais intérieurs à nous : le pharisien, c’est nous, le publicain c’est nous, Saint Paul c’est
nous, ça doit être nous.
 Nous somme des pharisiens quand on se croit juste, quand on se dit juste, quand on dit : « Je n’ai
rien à me reprocher, je suis en règle, je fais ce qu’il faut » ; quand on pratique l’autosatisfaction :
« Je suis content de moi, je ne vois pas ce que je pourrais faire de mieux » ; quand on regarde les
autres de haut, quand on les juge et les méprise en disant : « les gens font ceci, les gens font cela…
moi jamais, moi je ne suis pas comme ça ; moi j’ai la foi, moi je vais à la messe, moi j’ai des principes,
une morale, des valeurs… » ; « moi… moi… » Quand on vient dire en confession et ça arrive
souvent : « Je viens me confesser, demander pardon… mais je ne vois pas ce que j’ai fait de
mal, je n’ai fait de mal à personne ! »
Oui nous sommes des pharisiens quand on estime qu’on n’a pas besoin de conversion, de
changer notre cœur, de changer notre vie. Être pharisien, c’est se regarder dans la glace en
s’admirant ou se comparer aux autres en les dénigrant alors qu’il s’agit de regarder Dieu et de se
comparer à Lui. On va fêter la Toussaint : un saint, c’est tout le contraire d’un pharisien : plus il
s’approche de Dieu, plus il voit qu’il en est loin, plus il voit qu’il a besoin de conversion, de changer
plein de choses en lui, qu’il y a une grande distance entre lui et Dieu, entre lui et la perfection de Dieu.
 Nous sommes des publicains quand, contrairement au pharisien, on se tient à distance de Dieu,
quand humblement on mesure la distance qui nous sépare de Lui ; quand on n’ose pas lever
les yeux vers le ciel parce qu’on n’est pas fier de nous, parce qu’on a honte de ce qu’on a fait ou
de ce qu’on n’a pas fait et qu’on aurait dû faire ; quand on se frappe la poitrine, quand on se sent
coupable et qu’on se repent : « c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute… » C’est
facile d’être publicain aujourd’hui parce qu’aujourd’hui on ne se sent coupable de rien, on se sent plutôt
victime que coupable : « c’est de la faute des autres. C’est de la faute des médias, c’est de la faute du
gouvernement, c’est de la faute des hommes politiques, c’est de la faute de l’Église… » Oser dire
humblement : « c’est ma faute, c’est ma faute ! » c’est être aujourd’hui à contre-courant mais
c’est nécessaire pour nous situer en vérité devant Dieu. Ça ne veut pas dire qu’il faut se
culpabiliser et s’enfermer dans une culpabilité étouffante et écrasante, ça veut dire qu’on se sent
responsable et qu’on prend ses responsabilités !
Nous sommes des publicains surtout quand on a besoin de Dieu, quand on lui demande son
aide, quand avec foi, avec confiance on le prie comme le publicain de la parabole : « Mon Dieu,
montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » quand on lui demande de nous ajuster à Lui, d’être
ce qu’il veut que nous soyons, quand on a faim et soif de cette justice, de cette justesse comme nous
le dira la quatrième béatitude le jour de la Toussaint : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
car ils seront rassasiés ! » Le pharisien n’a pas faim ni soif d’être juste, d’être ajusté à Dieu car il l’est
déjà, il croit qu’il est déjà. Le publicain lui a une faim et une soif terribles d’être ajusté à Dieu, il a

2Homélie du 27 Octobre 30 e dimanche du T.O.
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une faim et une soif terribles de conversion, de changement de vie, il ne veut pas seulement faire de
belles choses, faire ce que Dieu demande dans la Loi, il veut être comme Dieu, ajusté à Lui ! C’est cela
la sainteté et c’est ce que nous devons tous chercher à être, c’est en tout cas ce que Saint Paul est !
 Saint Paul est l’exemple que nous devons suivre. Et pourtant quand on l’entend s’exprimer dans la
première lecture, on est un peu choqué car dans un premier temps il joue au pharisien, il fait son
propre éloge, il tombe dans l’autosatisfaction la plus évidente : « Bien-aimé, je suis déjà offert en
sacrifice… J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Je n’ai plus qu’à recevoir la
couronne de la justice : le Seigneur, le juste juge, me la remettra en ce jour-là, et non seulement à moi,
mais aussi à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation glorieuse ! »
Non seulement saint Paul est content de lui mais il est sûr que Dieu va le récompenser, on l’imagine
comme le pharisien debout devant Dieu lui disant : « J’ai droit à la récompense suprême, je mérite la
couronne de justice, la couronne éternelle ! » Si on en reste là, oui Saint Paul joue au pharisien mais
vite lisons la suite car alors tout change et c’est la grande différence avec le pharisien de
l’Évangile : ce qu’il est c’est grâce à Dieu. Tout ce qu’il dit de bien sur lui-même il l’attribue à
Dieu ; et il a une telle confiance en l’action de Dieu en lui qu’il ne craint rien pour son avenir : « Le
Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que, par moi, la proclamation de l’Évangile
s’accomplisse jusqu’au bout et que toutes les nations l’entendent. J’ai été arraché à la gueule du lion ;
le Seigneur m’arrachera encore à tout ce qu’on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer dans
son Royaume céleste. À lui la gloire pour les siècles des siècles. » Saint Paul glorifie Dieu et c’est en
ce sens que nous devons être tous des Saint Paul : nous devons sans cesse voir ce que Dieu fait
en nous, oser le dire, oser le proclamer sans complexe, sans orgueil non plus, et nous devons
sans cesse glorifier, louer, remercier Dieu pour ce qu’il a déjà fait en nous et pour ce qu’il va
faire désormais et que nous attendons avec confiance et espérance ! Voir l’action de Dieu en
nous, le glorifier, le remercier, mais il faut ensuite une troisième chose pour ressembler à Saint Paul : il
nous faut comme lui proclamer l’Évangile, c’est-à-dire le rayonner par notre joie d’être chrétiens
et en étant capables de voir l’action de Dieu chez les autres en osant leur dire : « Mais le Christ
est aussi à l’action en toi. C’est lui qui te rend généreux, dévoué, serviable, honnête, courageux ;
c’est lui qui t’aide à tenir bon dans les épreuves ; c’est lui qui te donne la force de t’engager, de
prendre les lourdes responsabilités, de combattre pour un monde meilleur. Ouvre-toi à lui du fond de
ton cœur et ta vie changera de fond en comble ! »
 Oui le pharisien, le publicain et Saint Paul sont en nous, tant mieux. N’ayons pas peur d’être des
pharisiens mais à la manière de saint Paul évidemment : en reconnaissant tout ce que Dieu a fait et
fera encore en nous, et en le glorifiant, en le bénissant, en le remerciant sans cesse.
N’ayons pas peur d’être des publicains en ayant soif de Dieu, de sa perfection, en lui demandant
humblement et constamment ses faveurs, sa grâce pour qu’il nous ajuste à lui de plus en plus.
N’ayons pas peur d’être des Saint Paul en montrant la force que Dieu nous donne pour annoncer
l’Évangile à tous nos frères et à toutes les nations, pour dire à tous cette Bonne Nouvelle : « Le Christ
agit en toi et partout dans le monde pour bâtir son Royaume en toi et pour tout l’univers. » « À lui la
gloire pour les siècles des siècles. Amen »

Père René PICHON