Homélie du 30ème DIMANCHE du Temps Ordinaire 27/10/19

Nous réalisons quelquefois que nous avons du mal, vraiment, à nous laisser convertir, en profondeur, par l’Evangile… Tenez, cette parabole que nous venons d’entendre, si je n’y prends pas garde, mon imagination m’entraînerait facilement à penser : « C’est tout à fait le portrait d’untel ou d’unetelle, on dirait que Jésus a pensé à lui ou à elle en décrivant ce pharisien, c’est tellement criant de vérité ! » Il me vient moins naturellement de me demander : « Est-ce que tu ne ressemblerais pas un peu à ce pharisien ? » 

Pauvre et ridicule pharisien qui fait son propre éloge avec une espèce de naïveté déconcertante. A force de se prendre pour un type bien, il finit par ne plus voir ses limites. Il retire une telle satisfaction du portrait qu’il se fait de lui-même qu’il en vient à mépriser tous ceux qui ne sont pas aussi bien que lui. « Vraiment, il ne vous arrive jamais de lui ressembler un peu » nous dit Jésus ?

Et bien si, je le reconnais Seigneur. J’ai du mal à porter sur moi-même un jugement vrai, réaliste. Suis-je le seul ? Quand je prends conscience de ma médiocrité, de ma méchanceté, de toutes ces ténèbres qui s’agitent en moi, c’est tellement désagréable, déprimant que je fais tout pour ne pas rester trop longtemps dans cette situation… N’est-il pas vrai que nous luttons contre les mauvaises images de nous-mêmes qui nous démobilisent, en nous persuadant qu’il faut positiver ? Et de manière générale, nous y arrivons assez bien. Il n’est que de nous écouter parler de nous-mêmes : Ainsi, quand nous sommes en conflit avec d’autres, il est assez évident que nous avons fait beaucoup de concessions et que l’agressivité est venu entièrement des autres. Nous n’avons fait, pour notre part, que souligner notre bon droit ! Dans d’autres domaines, j’entends rarement des gens me dire : « Je pourrai faire effort pour mieux vivre ma foi« . J’entends plus souvent des déclarations dans le genre : « Je n’ai pas le temps de venir souvent à l’église, je suis tellement occupé par ma famille, mes différents engagements…« . On pourrait apporter d’autres exemples, n’est-ce pas ? Et oui, moi comme vous, nous avons une très grande difficulté à reconnaître nos limites, nos erreurs, nos méchancetés… ou, pour employer un langage religieux, nous avons du mal à reconnaître notre péché. Bien sûr nous savons que nous ne sommes pas parfaits… il y a du péché dans notre vie, c’est sûr, mais nous préférons laisser flotter sur cet aspect de notre personnalité un certain flou…Pourquoi ? Parce que nous avons peur qu’on se serve de nos aveux pour nous démolir, nous écraser ? De telles réticences n’ont aucune raison d’être devant Dieu qui nous aime et qui bien loin de vouloir nous démolir n’a qu’un désir : nous reconstruire pour nous faire partager sa vie ! Devant Dieu allons-nous jouer la comédie, nous inventer des qualités que nous n’avons pas ? Devant Dieu, nous ne pouvons qu’être vrais et reconnaître tout simplement, comme le publicain de la parabole, la part de péché qui désoriente notre vie. Bien sur que nous voulons marcher vers Dieu, mais nous sommes mélangés, pétris de contradictions. Nous voudrions aller droit, mais comme ce n’est pas toujours évident dans ce monde où toutes les règles sont faussées, alors on triche un peu par ci, on est infidèle par là et injuste souvent, par faiblesse, par méchanceté. Le publicain de la parabole est lucide, il sait qu’il a besoin de recevoir une aide pour vivre en accord avec lui-même et en accord avec le Seigneur, et cette aide, il sait que seul, le Seigneur peut la lui donner. Il est dans une attitude vraie : lucidité sur lui-même et confiance dans le Seigneur. Il ne remâche pas ses échecs, il ne tourne pas autour de sa déception de ne pas être l’homme idéal qu’il imaginait…il monte au Temple, il se met sous le regard de Dieu… et c’est ce qui arrive, il repart plus fort pour reprendre le combat.

Cette attitude du publicain, que nous décrit Jésus, on peut tout à fait la recevoir comme un exemple de l’amour de soi-même. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même« . A la base de toute vie spirituelle, il y a nécessairement un amour de soi-même, sain (s.a.i.n) et réaliste qui ne sombre ni dans la complaisance ou l’autosatisfaction : « Qu’est-ce que je suis bien, pas si mal en tous cas, surtout si je me compare à ceux qui m’entourent ! » ni dans la détestation de soi-même : « Je suis foutu, je ne ferai jamais rien de bon… » Eh ! Cesse de regarder ton nombril ! Le Seigneur est là, avec toi, il t’aime, accueille son amour, accueille son pardon…

J’ai eu la chance d’entendre le témoignage de l’acteur de cinéma et de théâtre Michaël Lonsdale. Il a joué dans le Nom de la Rose, dans les James Bond, dans « des hommes et des dieux » et dans une centaine d’autres films. Or ce qui m’a frappé, c’est sa simplicité. Son secret : Jésus. Il a été baptisé à 22 ans. Il fait partie d’un groupe de prière. Quand on lui a demandé ce que sa conversion avait changé, il a dit ceci : « Se convertir ? C’est accepter que la volonté de Dieu entre en nous, c’est ce placer sous le regard juste et bienveillant de Dieu comme le publicain. Avant, j’étais scandalisé par les souffrances et toutes les monstruosités dont les hommes sont capables. Je sais maintenant que c’est le péché. Dieu nous a justement envoyé Jésus pour nous sortir de cette agressivité. Sans Jésus c’est ou l’horreur ou comme bon nombre de journaux télévisés, la dégustation du malheur et des catastrophes qui arrivent aux autres. Avec ma conversion, sont entrés l’espérance et le bonheur de considérer chaque être humain comme « précieux », « aimé de Dieu ». Il disait encore : »il faut bien séparer les actes des personnes, des personnes elles-mêmes. Les personnes sont plus grandes que les fautes qu’elles commettent ». J’ai bien compris en l’écoutant que faire confiance à Jésus peut changer complètement notre vie …