Homélie de TOUSSAINT 2019

Mt 5, 1-12a

En ce jour de Toussaint je vous propose quelques définitions originales de la sainteté, et d’abord celle-ci que j’ai prise chez le pape François :

  • « Être saint, c’est vivre non d’urgences mais d’horizons. » Tous nous vivons plus ou moins d’urgences, c’est-à-dire dans l’agitation permanente : nous ne voyons que l’immédiat, les mille choses à faire tout de suite et elles sont toutes urgentes, du coup nous vivons « le nez dans le guidon » au lieu de regarder plus haut, plus loin, et de nous dire : « pourquoi je fais tout ça ? Quel sens, quel but donner à tout ce que je fais ? Vers quel horizon j’avance ? » Pour Jésus, c’est clair, notre seul horizon ça doit être le Royaume des Cieux : « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des Cieux est à eux… Heureux les persécutés pour la justice car le royaume des cieux est à eux… » Le saint c’est quelqu’un qui ne tombe pas dans le piège de l’agitation à court terme mais fait tout ce qu’il a à faire pour le long terme, pour le Royaume de Dieu, c’est-à-dire en vivant les valeurs qui construisent le Royaume des Cieux, en se disant sans cesse : « Est-ce que ce que je fais me fait avancer vers le Royaume de Dieu qui pointe à l’horizon ? »
  • Deuxième définition : être saint, c’est rendre extraordinaire la vie ordinaire ! » Trop souvent nous pensons que pour être saint, il faut faire des choses exceptionnelles, extraordinaires : faire des miracles, faire des exploits en matière d’ascétisme ou de prières, fonder des congrégations rayonnantes… alors que la vraie sainteté est humble, discrète, elle se vit dans la vie ordinaire, mais elle rend la vie ordinaire extraordinaire en mettant de l’amour partout dans tout ce qu’elle fait, comme le disait Sainte Thérèse de Lisieux : « Ce qui sauve le monde, ce n’est pas ce que l’on fait mais l’amour avec lequel on le fait ! » Être saint, c’est donc aimer vraiment ce que l’on fait, aimer ceux avec qui on le fait, aimer Dieu dans tout ce qu’on fait ! 
  • Troisième définition : « Un saint c’est quelqu’un en présence de qui on ne peut rester médiocre ! » Un saint c’est quelqu’un qui rayonne, qui a du charisme, une qualité de présence : on se sent bien avec lui et quand on est avec lui on a envie de faire le bien, de progresser dans le bien, on n’a plus envie de rester médiocre, on veut devenir meilleur ! C’est le sens de l’auréole. On représente souvent les saints avec une auréole de lumière pour dire qu’ils rayonnaient quelque chose de divin, qu’ils faisaient rejaillir sur les autres la lumière qui les habitait, qu’ils avaient de l’influence, une influence positive entraînant vers le Bien, vers la Lumière ! Un saint n’est donc pas enfermé dans son monde, dans sa bulle mais en relation positive avec les autres : il sanctifie les autres !
  • Quatrième définition : « Un saint c’est quelqu’un qui a soif ! »  C’est ce que je me suis dit après avoir lu le livre d’Amélie Nothomb « Soif » qui vient de paraître et qui est en tête des ventes actuellement. Dans ce live qui prête à discussion, et nous en parlerons mardi soir à la soirée lecture de la Maison Saint Vincent, l’auteur nous dit que l’expérience humaine la plus proche de l’expérience de Dieu, c’est l’expérience de la soif. Quand on est fatigué, épuisé, assoiffé après un dur effort, une longue marche, un travail harassant, boire un verre d’eau après l’avoir attendu des heures, c’est quelque chose de divin, ça nous comble tellement autant physiquement que spirituellement qu’on ne peut que penser à Dieu, à ce que fait Dieu en nous, Lui qui seul peut combler le désir profond de l’homme « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice » vient de dire Jésus. Alors, pour être saints, ayons soif, soif de Dieu, soif d’être ajustés à Dieu, soif d’être toujours plus proches de Lui, de toujours plus lui ressembler. Ne soyons pas comme les pharisiens satisfaits, repus, rassasiés, statiques, immobiles, figés, ayons soif, soif de progrès, de perfection, soif d’aller toujours plus loin, d’avancer sans cesse vers l’horizon du Royaume comme on l’a dit tout à l’heure, cet horizon qui recule au fur et à mesure qu’on avance vers lui parce qu’il entraine vers l’infini ! La sainteté est donc la soif de l’infini : plus on est comblé par Dieu, plus on a soif de Lui et cela à l’infini !
  • Cinquième définition : la définition jésuite en quelque sorte : « être saint, c’est voir Dieu en toute chose. » Ce Dieu dont on doit avoir soif, où le trouver, où le rencontrer ? Non pas dans les nuages, non pas dans un autre monde que les illuminés disent atteindre, mais dans notre monde concret, terre à terre, dans tout ce qui fait la vie des hommes. On est saint quand voit Dieu dans la nature, dans les merveilles de la création, dans tout ce qui est bien, beau, bon, dans tout ce que font les hommes de bien, de beau, de bon, dans toutes les valeurs vécues par tous, dans tout ce qui fait avancer l’humanité et l’histoire humaine vers le Royaume de Dieu. On est saint quand on est capable de voir les béatitudes à l’œuvre dans le monde maintenant, quand on voit Dieu dans les pauvres de cœur qui restent humbles en donnant généreusement tout ce qu’ils ont aux autres ; quand on voit Dieu dans ceux qui pleurent, qui sont sensibles à toutes les souffrances, à toutes les misères ; quand on voit Dieu dans les doux, dans les artisans de paix, dans ceux qui pardonnent au lieu de se venger ;quand on voit Dieu dans les cœurs purs, les cœurs d’enfants qui mettent toute leur confiance en Dieu ; quand on voit Dieu dans les persécutés pour la justice, dans ceux qui ont le courage de vivre leur foi même s’ils sont rejetés, malmenés, persécutés… Être saint ce n’est pas attendre de voir Dieu face à face dans l’Éternité, c’est le voir dès maintenant en nous, dans les autres, dans le monde, dans l’histoire humaine en marche vers le Royaume des Cieux !
  • Enfin, ma dernière définition, mais il y en aurait bien d’autres : « être saint, c’est être un visage du Christ ! » Tous les grands saints ont été un visage du Christ : Saint François d’Assise a été en son temps le visage du Christ pauvre,  Saint François de Sales le visage du Christ doux et humble de cœur, le visage de la douce charité du Christ ; Saint Dominique le visage du Christ prédicateur de la Bonne Nouvelle ; Saint Benoît, Saint Bruno ont été le visage du Christ en prière, du Christ contemplatif, se retirant seul dans un endroit désert pour prier son Père le soir, le matin bien avant l’aube… Saint Vincent de Paul a été le visage du Christ bon samaritain des hommes et notamment de tous les blessés de la vie ! Le curé d’Ars a été le visage du Christ Bon Pasteur des hommes toujours à la recherche de la brebis perdue pour la ramener au bercail ! Charles de Foucauld a été le visage du Christ frère universel des hommes, etc…, etc… Si nous voulons être saints, nous devons sans cesse nous demander : quel visage du Christ suis-je à ma place, dans ma vie quotidienne ? Suis-je plutôt le charpentier de Nazareth, vivant une vie cachée ; l’homme public annonçant la Bonne Nouvelle ? Le serviteur des pauvres, des malades, des souffrants ? Le frère capable d’accueillir personnellement tous ceux qui croisent son chemin ? Le pasteur qui rassemble ? L’ami qui reçoit les confidences de ceux qui veulent changer leur vie ? Le prophète qui dérange ? L’homme souffrant qui porte sa croix ? Le Ressuscité qui réveille et ressuscite les autres ? Oui quel aspect du Christ, quel visage du Christ suis-je ? Si je peux répondre, c’est que je suis sur le chemin de la vraie sainteté car nous sommes tous le corps du Christ, sa visibilité actuelle en ce monde.
  • Je vous ai donné six définitions de la sainteté mais la meilleure c’est la vôtre : quelle est votre définition de la sainteté ? Quel chemin suivez-vous pour être saint, c’est-à-dire pour vivre une vie toute autre qu’une vie purement humaine, une vie qui laisse transparaître l’action de Dieu à l’œuvre en vous pour bâtir son Royaume ?

Je vous laisse répondre en silence !…