Homélie du 32ème dimanche du temps ordinaire –ANNEE C- 10/11/19

La semaine dernière, nous sommes nombreux à avoir fait une visite au cimetière. Nous pensons bien sûr aux membres de nos familles, aux amis, à tous ceux et celles qui ont marqué nos vies. Et puis, nous n’oublierons pas en ce 11 novembre –mais pas seulement ce jour là évidemment- toutes les victimes des guerres, de la violence, du terrorisme et des catastrophes en tous genre dont nous parlent régulièrement les médias. A l’époque du Christ, la foi en la résurrection était toute nouvelle. Elle n’était pas partagée par tous. Il y avait d’un côté les pharisiens qui y croyaient fermement, puis les sadducéens qui estimaient qu’on pouvait être un juif pieux sans y croire. Dans la question que ces derniers posent à Jésus pour le piéger, ils veulent montrer qu’une telle croyance conduit à une situation ridicule. Leur logique est imparable : une femme ne peut pas avoir sept maris à la fois. Or, disent les sadducéens, si vous croyez à la résurrection c’est ce qui va se passer. Je suis à peu près sûr que, lorsque vous avez entendu la lecture de cet Évangile, vous vous êtes dit : « Mais c’est quoi cette histoire bizarre, cette histoire de femme sept fois veuve qui ne saura plus de qui être l’épouse à la résurrection  ?… » Or voilà que vous êtes en train de vous rendre compte peut-être que cette discussion entre Jésus et les Sadducéens sur la résurrection nous concerne complètement ! parce que si nous, nous croyons véritablement en la résurrection, en quoi croyons-nous  ? En une sorte de survie des morts après la mort  ? Dans l’existence d’un  » ailleurs  » pour nos morts, qui continueraient de nous voir et qui, peut-être, interviendraient dans nos existences  ? Ressusciterons-nous un jour ?… Et si nous devons ressusciter, à quoi pourra bien ressembler cette nouvelle vie  ? Dans quel  » nouveau monde  » nous retrouverons-nous  ? surtout : retrouverons-nous tous ceux que nous aurons aimés ? Les femmes seront-ils réunis à leurs maris ? Les amis à leurs amis ?… Toutes ces questions nous nous les posons tous. Le problème des saducéens c’est qu’ils se laissent enfermer dans leurs raisonnements et leurs certitudes. Au lieu de se laisser interroger par les textes de la Bible, ils s’en servent pour prouver ce dont ils sont persuadés. Ils ne se mettent pas à l’école de la Bible ; ils se contentent de la citer, un peu comme font les sectes d’aujourd’hui. Il faut le dire très fort : On n’a pas le droit de se servir des versets bibliques pour prouver que nos idées sont justes. La seule chose que nous avons à faire c’est d’accueillir cette Parole qui nous vient d’ailleurs et nous laisser remettre en question par elle. 

Nous ne devons pas imaginer le monde à venir sur le modèle du monde actuel. La grande erreur des sadducéens c’est de parler de la mort comme si la vie ici sur terre devait se poursuivre de la même manière au ciel. A travers son message, le Christ nous fait comprendre qu’il y a une rupture radicale entre notre vie actuelle et la vie des ressuscités. La résurrection c’est vraiment tout autre chose que nous ne pouvons pas imaginer. Nous faisons simplement confiance en celui qui a dit : « Je suis la résurrection et la Vie, celui qui croit en moi vivra éternellement. »
Il n’est pas le Dieu de la mort, mais celui de la vie. Avez-vous déjà observé une chenille… Un jour, la chenille va s’enfermer dans un cocon qu’elle va créer elle-même tout autour d’elle…elle restera de nombreuses heures dans ce cocon car petit à petit elle va se transformer, elle va changer pour devenir quoi ? pour devenir un papillon, un beau papillon avec de nombreuses couleurs. Peut-être que Dieu veut nous montrer par ce papillon que nous sommes aussi appelés à nous transformer et que le cocon que créé la chenille, c’est un peu comme la mort qui devient un passage nécessaire jusqu’au moment où nous ressusciterons pour être accueilli dans son Royaume.

…C’est l’histoire -raconté par Jean-Paul Ier- d’un général coréen : « mort et jugé, il était destiné pour le Paradis ; mais arrivé devant Saint Pierre, il lui vient un désir et il en fait part : mettre d’abord, quelques instants, le nez dans l’entrebaillement de la porte de l’Enfer, simplement pour se faire une idée de ce triste lieu. « Accordé », répond Saint Pierre. Il s’approche donc de la porte de l’enfer et voit une immense salle avec de nombreuses et longues tables. Sur ces tables, d’innombrables bols de riz cuit à point bien assaisonné, parfumé, appétissant Les convives sont assis, le ventre creux, deux à deux de part et d’autre d’un bol Pour manger, ils disposent, à la manière chinoise, de  baguettes, mais si longue que, malgré tous les efforts, pas un seul grain de riz n’atteint leur bouche. « J’ai vu, cela me suffit » dit le général qui retourne à la porte du Paradis et entre. Même salle, même riz, même longue baguette, mais les convives sont joyeux, ils se sourient et mangent. Pourquoi ? Parce que chacun prend de la nourriture avec ses baguettes et la dépose dans la bouche de son compagnon d’en face. Penser aux autres et non seulement à sa personne résout beaucoup de problèmes et pourrait transformer l’enfer en paradis…Sur un sentier raide et pierreux, un homme rencontre une petite fille qui portait sur le dos son jeunes frère. « Mon enfant, dit cet homme, tu portes un lourd fardeau ».Elle regarde l’homme et lui dit : « ce n’est pas un fardeau, monsieur, c’est mon frère ». Et l’homme écrit quelques temps après : « je restais interdit car le mot de cet enfant courageuse s’est gravé dans mon cœur. Et quand la peine des hommes m’accable et que tout le courage me quitte, je me rappelle de ces mots « ce n’est pas un fardeau que tu portes, c’est ton frère … » ! St Paul résume cet Evangile en disant : « Nous voyons actuellement sur cette terre de manière confuse, comme dans un miroir ; à notre mort, ce jour là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu. Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité envers mon frère » St Paul aux Corinthiens 13, 12-13.