HOMELIE DE LA FETE DU CHRIST – ROI

Royauté bien dérisoire que celle du Christ sur la Croix ! Et pourtant ! 

Quand Jésus est amené à définir sa « royauté », il le fait toujours par opposition à la volonté de puissance, à l’esprit de domination, au goût du prestige …s’il est vrai que l’organisation de ce monde demande des chefs, il est facile de constater que dans bien des cas et à tous les niveaux, le pouvoir devient vertige du pouvoir…trop souvent les rapports sont gangrénés par le subtil désir de dominer l’autre et donc de ne plus le regarder comme un semblable, comme un frère : « les chefs des païens commandent en maîtres et font sentir leur pouvoir »…mais il ajoute aussitôt « pour vous, ne faites pas ainsi ». Ce que Jésus revendique, c’est d’être celui qui sert et de ses mains en qui le Père a tout remis, il lave les pieds de ses apôtres, les nôtre en définitive. Quant à la liturgie de son intronisation royale, elle est de l’ordre du jamais vu … son trône : la Croix; sa couronne : des épines; sa pourpre : son sang; sa puissance : des clous au plus profond des os; ses supporters : quelques juifs et païens qui s’unissent pour l’insulter; Plus personne n’est de son côté en cette heure ultime. Plus de partisans .Si ! L’un des deux qui l’entourent. Lui aussi est pendu au bois de la croix.

St Augustin prête cette seule réponse au larron :  « Je n’ai jamais connu Jésus, mais il m’a regardé et j’ai tout compris ! » Il a soudain compris que ce voisin dans l’agonie et bientôt dans la mort, c’est lui, le Christ-Roi, il a suffi d’un regard du Christ posé sur lui …il est venu chercher tout ce qui était perdu !

Aujourd’hui, nous sommes appelés par le Christ à être à sa suite serviteurs mais comment ? Laurent est un jeune élu chrétien, il a été marqué par la découverte d’une femme de son quartier morte depuis un mois. Constats qu’il a fait : près d’un français sur quatre consomme anxiolytiques ou antidépresseurs ; « Vous pouvez vivre votre petite vie tranquille, nous dit ce jeune élu chrétien, mais vous ne pouvez prétendre être heureux ainsi. Bien sûr il faut prendre un risque, adresser la parole à une personne que l’on ne connaît pas, mais n’ayons pas peur : la générosité rend joyeux. Et la cohésion sociale passe davantage par ces gestes solidaires du quotidien qu’à coups de lois ou de milliards d’euros ». Alors comment s’y prendre ? Je branche mon radar. Je me mets à l’écoute afin de détecter les détresses. Et je vais repérer dans l’immeuble, dans mon quartier, la personne qui a envie de parler. J’apprends à me rendre disponible : « venez prendre un verre ! », « puis-je vous aider ? ». Chacun selon son envie, son tempérament et l’occasion qui se présente. Dans un agenda, il s’agit de loger quelques minutes pour les autres. Gratuitement. Autrement, où sera la saveur de notre vie sans don ni spontanéité ? Commençons par aimer nos proches. Dès la sortie de la messe : sur le parvis, en se saluant par exemple et en faisant connaissance avec les personnes que je ne connais pas encore. Autre manière d’être petit serviteur, l’abandon à la Providence : « Père que ta volonté soit faite, pas la mienne mais la tienne ». Replacer le Christ au centre de notre vie. Cela suppose beaucoup d’humilité mais justement un serviteur apprend l’humilité dans sa vie. Il sait que le Christ est sa force, son bouclier face aux peurs qui nous submergent si souvent. Il était une fois un moineau pour qui l’existence n’était qu’une succession d’anxiétés et d’interrogations. Avant même d’être sorti de l’œuf, il se tourmentait : « vais-je réussir à rompre cette coquille si dure ? Ne vais-je pas tomber du nid ? Mes parents vont-ils pouvoir me nourrir ? ». Il chassa toutes ces craintes mais d’autres l’assaillirent au moment où tout tremblant, il allait prendre son envol : « Mes ailes vont-elles me porter ? Ne vais-je pas m’écraser au sol ? …et qui me remontera dans mon nid ? ».

Il apprit à voler de manière toute naturelle mais se remit à geindre (comme nous !) : « trouverai-je une compagne ? Vais-je réussir à construire un nid ? ». Cela aussi finit par se réaliser mais le moineau se tourmentait toujours (comme nous !) : « les œufs seront-ils protégés ? La foudre pourrait s’abattre sur l’arbre et brûler toute ma famille …et si un faucon s’approchait pour dévorer mes petits ? Aurai-je les moyens de les nourrir ? ». Quand les petits furent devenus beaux, sains  et alertes et qu’ils se mirent à voleter ça et là, l’oiseau se plaignit encore (comme nous !) : « trouveront-ils assez de nourriture ? Sauront-ils échapper au chat et aux autres prédateurs ? ». Et puis un jour, le Maître Serviteur, Jésus Notre Seigneur s’arrêta sous cet arbre. De son doigt, il montra l’oiseau à ses disciples et leur dit : « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent pas de récoltes dans les greniers mais votre Père qui est au Ciel les nourrit ! ».

Ce jour là, l’oiseau comprit que tout lui avait été donné …et il ne s’en était pas aperçu. Tout nous est donné par Notre Seigneur Bien-Aimé mais on s’en aperçoit pas parce que nous sommes tellement habités par les angoisses, l’anxiété, la peur, les gémissements qui nous aveuglent. « Seigneur, apprends-nous à voir les Grâces que tu nous donnes, à te remercier et à devenir à notre tour serviteur de nos frères ».