Homélie du dimanche 1e décembre 2019,1er dimanche de l’Avent

Notre ancien évêque, Mgr Marcel PERRIER, nous disait souvent : « Veillez bien, faites bien attention car ce n’est pas par nos points faibles mais par nos points forts, nos qualités, nos valeurs, qu’on chute, qu’on tombe, qu’on fait le mal. » C’est cette idée originale de la veille que je voudrais développer aujourd’hui.

Le premier dimanche de l’Avent nous invite à veiller : « C’est le moment, l’heure est venue de sortir de votre sommeil » nous a dit Saint Paul dans la deuxième lecture. Et Jésus nous a avertis : « Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour notre Seigneur vient… Tenez-vous prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra ! »

Habituellement, quand on est invité par l’Évangile, par le Christ, à veiller, on pense à nos points faibles, à nos tentations et on se dit que pendant le temps de l’Avent on va faire des efforts pour corriger nos points faibles : être moins égoïstes, moins pessimistes, moins tristes, moins paresseux, plus priants, etc… Saint Paul lui nous a invités à rejeter les œuvres des ténèbres, c’est plus que nos points faibles : « Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie… » Oui veillons pour ne pas tomber dans ces excès et lutter contre toutes nos tentations, tous nos points faibles. Mais attention, comme le disait Mgr Perrier, veillons aussi à ne pas nous laisser piéger par nos points forts, nos meilleures qualités, nos meilleures valeurs. Je vais vous donner plusieurs exemples pour que chacun de vous se demande : « Quels sont mes points forts, mes plus grandes qualités, mes plus grandes valeurs et est-ce que parfois sans y prendre garde je tombe dans l’excès et en croyant ainsi faire le bien, je fais le mal ? »

  • C’est bien d’être généreux, de donner aux autres, de donner aux œuvres caritatives, de donner aux plus pauvres, de donner à nos proches mais attention : veillons à ne pas trop donner car on risque d’assister au lieu de responsabiliser. Donnons, donnons beaucoup, oui, mais ne donnons pas trop, donnons en responsabilisant, en aidant ceux à qui on donne à se prendre en mains, à devenir autonomes et non dépendants de nous.
  • C’est bien d’être disponibles, de servir les autres, d’être toujours prêts à rendre service, de dire toujours oui quand on a besoin de nous mais attention : veillons à ne pas devenir des solutions de facilité ou même des esclaves qui font tout ce que les autres ne veulent pas faire. Sachons parfois dire non pour nous préserver, ne pas nous épuiser, et pour que les autres prennent leur part de travail, leur tour de service, et assument leur rôle, leur mission. On peut les aider, mais pas les remplacer. Veillons à ne pas trop en faire pour que les autres fassent ce qu’ils ont à faire pour devenir pleinement eux-mêmes.
  • C’est bien d’être bons, de donner aux autres plus qu’ils ne méritent mais attention toutefois : veillons à ne pas devenir selon l’expression courante des bonnes poires dont on profite au maximum. Soyons bons mais en même temps sachons nous faire respecter, mettre des limites, ne laissons pas les autres nous exploiter.
  • C’est bien d’être bienveillants, de voir le bien chez les autres et de vouloir leur bien, et la bienveillance est à la mode aujourd’hui. Mais il faut en même temps être lucides et vrais, voir ce qui n’est pas bien et oser le dire ; veillons à vivre dans la vérité des relations et non pas dans ce monde illusoire « où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. »
  • C’est bien de pardonner, d’être toujours prêts à pardonner mais attention : ne soyons pas pour autant laxistes et permissifs en laissant tout dire, tout faire sans réagir. Pardonnons en prenant sur nous-mêmes, en faisant le premier pas, en tendant la main mais en demandant le regret, le repentir, la volonté de ne plus recommencer, autrement dit la conversion. Dieu est miséricordieux, toujours prêt à pardonner mais à condition qu’on se repente. S’il n’y a pas de repentir le pardon tombe dans le vide. Veillons donc à toujours offrir notre pardon mais aussi à toujours demander le repentir.
  • C’est bien d’être optimistes, confiants, de voir tout ce qui va bien dans notre vie, dans la société, dans l’Église, dans le monde mais attention : veillons à garder les yeux ouverts, à n’être pas endormis ou aveugles, à voir tout ce qui ne va pas, tout ce qu’il faut changer. L’espérance chrétienne, ce n’est pas l’espérance naïve et béate, c’est l’espérance combative, l’espérance qui voit tout ce qui ne va pas, tout ce qu’il faut changer et qui lutte pour que ça aille mieux ! C’est l’espérance qui crie vers le Christ : « Viens Seigneur, viens nous sauver, nous avons besoin de toi, sans toi nous sommes perdus. Mais avec toi, grâce à toi, ton Royaume viendra. Viens Seigneur Jésus ! »
  • C’est bien de persévérer, de durer dans l’effort, de ne pas baisser les bras, de travailler pour rendre l’Église plus vivante, pour que la société devienne meilleure, plus fraternelle, plus solidaire mais attention : veillons à ne pas prendre nos idées et nos moyens comme les meilleurs, comme les seuls chemins possibles, sachons nous remettre en cause. Ne confondons pas persévérance avec entêtement ou acharnement : si les autres ont de meilleures idées ou de meilleurs moyens que nous, sachons humblement les adopter et relativiser les nôtres. La persévérance c’est bien, mais l’acharnement conduit dans le mur !
  • C’est bien d’avoir la foi, de croire en Dieu, au Christ qui vient nous sauver mais attention : veillons à ne pas en rester à la foi du charbonnier, à la foi naïve qui croit tout ce qu’on lui raconte ; veillons à avoir une foi intelligente, qui se pose des questions, qui accepte le doute ; veillons à avoir une foi adulte qui accepte les épreuves, les nuits où Dieu semble absent, qui cherche à voir Dieu en toute chose mais qui accepte aussi de ne pas le trouver tout de suite et qui accepte d’être toujours surprise par ce Dieu qui parfois vient comme un voleur, à l’heure qu’on n’attendait pas et de la manière qu’on n’attendait pas. Veillons à avoir cette foi toujours en éveil !
  • C’est bien de prier, de prier beaucoup surtout pendant le temps de l’Avent où nous sommes invités à « veiller et prier » plus que d’habitude pour accueillir « celui qui vient ». Mais attention celui qui vient vient par les autres et surtout par ceux qui ont besoin de nous. Alors prions oui mais ne nous enfermons pas dans la prière comme dans une bulle ou un cocon où on se sent bien avec notre Dieu à nous qu’on garde au chaud au fond de notre cœur. Pendant ce temps de l’Avent prions en veillant, en faisant attention pour reconnaître et accueillir Dieu à travers tous ceux qui ont besoin de nous et à qui on va répondre le mieux possible.
  • C’est bien d’être actifs, d’agir pour les autres car « la foi qui n’agit pas et une foi morte » dit Saint Jacques. Mais attention : veillons à ne pas tomber dans l’activisme, l’agitation moderne, veillons à donner une âme à nos actions, à mettre de l’amour dans nos actions car ce qui sauve le monde disait Sainte Thérèse de Lisieux, ce n’est pas ce qu’on fait mais l’amour avec lequel on le fait. Agissons oui mais avec amour.
  • C’est bien de faire des efforts de conversion, de prendre des résolutions et de faire des efforts de vie pour aller à la rencontre du Sauveur qui vient comme nous le dira Jean-Baptiste dimanche prochain : « Préparez les chemins du Seigneur, rendez droits ses sentiers… Produisez un fruit digne de la conversion… » C’est bien d’être volontaires, de mettre en mouvement notre volonté pour faire les efforts de conversion nécessaires mais attention : ne soyons pas pour autant des volontaristes qui ne comptent que sur leurs efforts, leurs œuvres pour être sauvés, veillons au contraire à attendre la grâce de Dieu, la grâce du Sauveur car seule la grâce de Dieu fécondera nos efforts, leur fera porter du fruit. Veillons dons à faire plus confiance au Christ et à sa grâce qu’à nous-mêmes.

Pendant tout ce temps de l’Avent, oui veillons puisque le Christ nous y invite ce dimanche, mais comme j’ai essayé de vous le démontrer, ne veillons pas seulement à ne pas faire le mal, veillons à ne pas trop faire le bien ou plus exactement à ne pas trop en faire quand nous faisons le bien. Le mal, c’est mal, mais trop de bien, ce n’est pas bien : veillons-y !

Amen

Père René Pichon