Homélie Noël 2019 du Père Jérôme Martin

Il arriva que les animaux de la crèche se querellaient à propos de Noël…pour en finir, ils se demandèrent ce qui représentait l’essentiel de la fête de Noël. « La dinde évidemment », dit le renard. Le chevreuil dit : « Moi, j’ai besoin d’un sapin, sinon je ne peux pas fêter Noël ». « Mais pas trop de bougies, hulula le hibou. Il faut une lumière tamisée, confortable. L’ambiance, c’est l’essentiel ! ». « Il faut qu’on voit ma nouvelle robe, dit le paon, sans nouvelle robe pour moi, il n’y a pas de Noël ! ». « Et des bijoux ! jacassa la pie. A chaque Noël, je reçois quelque chose : une bague, une jolie broche ou une chaîne ; c’est pour moi, ce qu’il y a de plus beau à Noël ! ». « Fais comme moi, dit la marmotte. Roupille, roupille, il n’y a que ça de vrai. Pour moi, Noël, ça signifie bien roupiller ! ». « Et boire, ajouta le bœuf. Bien boire, et ensuite seulement, roupiller ! ». Au même instant, le bœuf cria : « Aïe ! ». L’âne venait de lui donner un bon coup de sabot avant de demander : « Toi, le bœuf, tu ne penses même pas à l’enfant ? ». Honteux, le bœuf baissa la tête et dit : « L’enfant, mais oui, l’enfant ! C’est bien ça l’essentiel ! …Mais au fait, demanda-t-il à l’âne, est-ce que seulement les hommes le savent ? » … Nous célébrons Noël : les sapins, les huîtres et les dindes, le foie gras, le champagne, les bijoux, la folie marchande, sans mesure. Mais est-ce cela l’essentiel de NOEL …

Une fable raconte qu’un jour Jésus retourna visiblement sur terre. C’était au temps où le Père Noël n’était pas encore tellement à la mode. Mais déjà on avait fait de l’enfant Jésus un distributeur de cadeaux à tout va. C’était un jour de Noël, il y avait beaucoup d’enfants réunis à une fête. Jésus se présenta au milieu d’eux. Les enfants le reconnurent et l’acclamèrent. Puis l’un d’eux demanda quel cadeau Jésus lui avait apporté, et tous les enfants lui demandèrent tour à tour quel cadeau il leur apportait. Jésus ne répondit pas, mais il ouvrit les bras…     Alors, continue la fable, un enfant dit: « Voyez, il ne nous a rien apporté. Mon père a raison de dire que la religion ne sert à rien, qu’elle ne nous donne rien, qu’elle ne nous apporte aucun cadeau ! » Mais un autre enfant répondit: « en ouvrant ses bras, Jésus veut dire qu’il se fait cadeau; c’est lui qui se donne comme notre frère, Fils de Dieu pour nous donner toute sa Lumière, sa Paix, sa Consolation, sa Tendresse » !!!

De la même manière que Jésus naît dans la fragilité d’une crèche, il prend toute sa place dans le cœur des plus fragiles, quelle que soit leur fragilité, spirituelle, morale, intellectuelle, physique, psychologique. Nous sommes tous un peu fragiles. Alors si vous vous reconnaissez sincèrement et humblement fragiles, blessés de la vie, ayez confiance, vous êtes aimés par-dessus tout. Car Jésus est notre Médecin véritable : c’est pour cela que le Fils de Dieu est venu sur cette terre !

Voici un extrait d’une lettre d’un collectif de médecins et de psychologues : « chers malades, nous le savons maintenant, beaucoup de maladies ont pour origine des difficultés de relation. L’homme est un tout et notre corps enregistre à sa manière les fluctuations, les joies, les manques de relations avec les autres et avec nous-mêmes. Ainsi pour votre santé, laissez-nous vous dire qu’il est encore peut-être plus urgent et nécessaire de vous réconcilier avec les autres et vous-mêmes que d’acheter des médicaments antidépresseurs et autres ! Les manques de paix, les tensions, l’absence de confiance et de miséricorde …bref les carences de l’amour sont les véritables poisons de notre santé. « Moins de médicaments et plus de miséricorde », voilà ce que nous vous souhaitons pour ce Noël et la nouvelle année qui vient : écrire une lettre importante, se réconcilier, pardonner à sa femme, son fils ou son frère, prendre du temps pour s’écouter soi-même, accepter tel ou tel échec, accepter une aide, un soutien fraternel, voilà les ordonnances que nous osons faire. Parce que nous sommes médecins chrétiens et parce que nous souhaitons pour vous, au-delà de telle ou telle épreuve physique, la santé de la totalité de votre être, nous vous partageons notre conviction profonde en vous disant à la suite de l’apôtre Paul : « laissez-vous réconcilier par le Christ car Il est notre Libérateur, notre bouée de secours, notre Médecin véritable ».

Oui,« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » (Is9,1). Cette prophétie d’Isaïe touche notre coeur parce qu’elle dit la réalité profonde de ce que nous sommes : nous sommes un peuple en chemin, des pèlerins sur cette terre et autour de nous – et aussi en nous – il y a ténèbres et lumière. Dans notre histoire personnelle alternent des moments lumineux et obscurs, lumières et ombres. Nous pouvons marcher dans la lumière par nos paroles et nos actes en bénissant, en disant du bien, en relevant, mais si notre cœur se ferme, si l’orgueil, le mensonge, la recherche de notre intérêt propre, notre nombrilisme dominent en nous, alors les ténèbres descendent en nous et autour de nous. Voici ces deux couplets d’un chant de Noël très populaire chez les catholiques d’orient et qui sera chanté ce soir dans les églises en Palestine, en Syrie, au Liban, en Irak : « Quand nous donnons un verre d’eau à une personne assoiffée, quand nous revêtons d’amour une personne dénudée, quand nous séchons les larmes d’une personne attristée, quand nous remplissons les cœurs d’espérance, nous sommes dans la lumière de Noël; Quand meurt en moi l’esprit de vengeance, quand la sécheresse quitte mon cœur je suis dans la lumière de Noël » …car Jésus le Christ est mon Libérateur, ma bouée de secours, mon Médecin véritable !

JOYEUX NOEL !!!