Homélie du 4ème DIMANCHE de CAREME

Au cœur de l’actualité s’invite cette Parole de Dieu, cet Evangile de Jean (9, 1-41). Cette épidémie frappe maintenant le monde, elle frappe désormais la France de plein fouet : nous sommes de véritables aveugles face à une épidémie qui déstabilise notre humanité, notre avenir, nos projets, notre quotidien : « où va le monde ?», « quel est notre avenir ? ». Ce n’est évidemment pas la fin du monde mais la fin d’un monde. Oui, nous sommes comme des aveugles car cette situation réveille en nous de grosses angoisses. C’est aussi un moment hallucinant : nous pensions être débarrassés de ces épidémies pour toujours. Si avancés que nous soyons techniquement, nous ne sommes pas à l’abri d’un virus sur lequel d’ailleurs nous ne savons pas tout. Mais cette PAROLE de DIEU aujourd’hui me fait du bien, me rassure …voici une petite histoire -vraie !- que je voudrais vous raconter : le frère Vincent est un frère dominicain du couvent d’Oxford en Angleterre. Sa particularité est qu’il est aveugle et son occupation principale, aussi étonnant que cela puisse paraître, est l’épluchage des légumes. Si je vous parle de ce frère c’est parce qu’il lui est arrivé l’histoire suivante : un jour il a été invité à assister à une conférence dans le nord de l’Angleterre. Etant très indépendant et comme à son habitude, il s’était fait montré le chemin la veille. Le matin, le voilà, attendant de passer à un passage pour piétons. Une personne lui demande s’il compte aller à la conférence et s’il peut l’accompagner. Vincent était très heureux de cette attention. Il nous dit avoir eu très peur en traversant la chaussée. Il entendait les voitures qui freinaient et klaxonnaient et se demandait ce que faisait l’autre. Arrivé de l’autre côté de la route, il lui fait remarquer que la traversée lui a semblé très dangereuse et qu’il était étonné que l’autre soit un si mauvais guide. Mais c’est vous qui me guidiez, répondit ce dernier. Les deux étaient aveugles. L’histoire est surprenante et elle m’est revenue à la mémoire en méditant l’évangile de ce jour. Nos deux aveugles anglais ont un point commun avec l’évangile de ce jour. Ils ont fait confiance. Et sans mauvais jeu de mot, je dirais même, ils avaient une confiance aveugle en l’autre. Cette confiance est étonnante et tellement difficile à vivre encore peut-être plus aujourd’hui car une confiance aveugle nous est demandée : notre mission de chrétiens n’est pas de rester tétanisés. Nous croyons que l’Homme est toujours dans la main de Dieu et son histoire aussi ! Nous vivons un accouchement douloureux mais l’épreuve sera pour un temps : le Christ, est la LUMIERE du MONDE face aux ténèbres. Avec le Christ, il faut traverser cette épreuve, c’est tout le mystère de PAQUES.

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils » et son Fils Jésus est venu pour nous guérir des souffrances que nous portons en ce moment -les nôtres et celles de nos frères-. Au milieu du XIXème siècle, il y a eu l’affaire Bernadette Soubirou à Lourdes. Apparaît devant ses yeux une dame, l’Immaculée Conception, alors que ses amies, pourtant aussi honnêtes qu’elle, ne voyaient rien du tout. Et en une journée, tout le pays est sens dessus dessous ! Alors le représentant du Gouvernement essaye d’y mettre bon ordre, parce que vous allez voir, les curés et autres cléricaux vont en profiter de cette affaire. Ils lui en font voir de toutes les couleurs à cette pauvre Bernadette. Et à sa famille aussi, une famille qui n’avait vraiment pas besoin de tout cela pour être en souci. Un jour même, Bernadette va au fond de la grotte, gratte la terre, trouve de la boue, essaye de boire, s’en met plein la figure. Il y a quand même eu des idiots pour rire. Le lendemain, c’était un ruisseau qu’il a fallu canaliser. Alors une femme aux yeux du cœur bien ouverts, amène son bébé infirme et le plonge dans cette eau glacée. Il y avait de quoi le tuer ce gamin. Eh bien non, ça l’a guéri. Aussitôt on met des barricades pour que personne n’approche du ruisseau. Avec interdiction de puiser, sous peine de 500 F d’amende. L’impératrice Eugénie apprend tout cela, son enfant est mourant. Elle envoie une de ses suivantes avec une bouteille et un billet de 500 francs pour payer l’amende. Napoléon III n’était pas content ; on allait se moquer de lui. Mais voilà qu’après avoir été lavé de cette eau, le petit prince guérit. Les yeux de l’Empereur se sont-ils entrouverts car l’essentiel est invisible à nos yeux mais les yeux du cœur nous ouvre sur une autre réalité, une réalité que l’on ne peut voir qu’avec la confiance !

Nous le savons, beaucoup de nos problèmes physiques, psychiques et spirituels ont pour origine des difficultés de relation. L’homme est un tout et notre corps enregistre à sa manière les fluctuations, les joies, les manques de nos relations avec les autres et avec nous-mêmes. Ainsi pour notre santé spirituelle, psychique et corporelle, laissez-moi vous dire en tant que prêtre, qu’il est encore peut-être plus urgent et nécessaire de vous réconcilier avec les autres et vous-mêmes que d’acheter des antidépresseurs ! Cette période que nous traversons est une occasion de faire un examen de conscience à la LUMIERE du CHRIST, cette période que nous traversons nous oblige à nous détacher de toutes nos certitudes et de nous poser les bonnes questions : les manques de paix, les tensions, l’absence de confiance et de miséricorde …bref les carences de l’amour sont les véritables poisons de notre santé. « Toujours plus de miséricorde », voilà ce que je vous souhaite. Ecrire une lettre importante, faire paisiblement la vérité, se réconcilier, pardonner à sa femme, son fils ou son frère, prendre du temps pour s’écouter soi-même et accepter tel ou tel échec …voilà les ordonnances que j’ose vous faire. Parce que je suis prêtre et parce que je souhaite pour vous, au-delà de telle ou telle épreuve physique, la santé de la totalité de votre être, je vous partage ma conviction profonde en vous disant à la suite de l’apôtre Paul : « laissez-vous réconcilier par le Christ » …il est le médecin véritable, la LUMIERE qui nous ouvrira les yeux, les yeux du coeur ! »

Père Jérôme Martin