Homélie du 2ème DIMANCHE de PAQUES : DIMANCHE de la DIVINE MISERICORDE

Mais comment peux-tu croire à tout cela, nous dit-on si souvent ? Comment peux-tu imaginer aujourd’hui encore croire à cette idée qu’un homme tel que ce Jésus est ressuscité ? Je ne comprends pas que tu puisses avoir la foi ? Oui, sans doute cela te rend la vie plus facile ! Pauvre de moi, pauvre de nous face à de telles questions, de tels jugements. Comme si c’était si facile de croire « à tout cela ». Car la foi n’est pas une certitude, elle est plutôt une espérance, une conviction intérieure que face à tous les mystères de vie qui nous entourent, il doit bien exister une explication. Mais cette espérance ne suffit pas à elle-même, une fois pour toute, comme si tout était dit, comme si notre décision étant sans appel possible. Non, la foi en ce Dieu trinitaire dont nous célébrons en ce temps de Pâques, le mystère de la résurrection, est à conquérir, reconquérir chaque jour. Elle ne nous est jamais acquise, un peu comme l’amour d’ailleurs. Ce serait tellement plus facile de ne plus se poser de questions, de vivre une foi de charbonnier mais nous risquons alors de stagner, de vivre en des eaux dormantes, troubles où nous ne partirions plus à la rencontre d’un Dieu, notre Dieu, qui continue de se dévoiler à nous chaque jour dans les signes des temps. Signes qui ne peuvent être lus qu’avec les lunettes de la foi. Une foi qui parfois brûle en nous comme un feu ardent, parfois tout simplement, tout silencieusement comme la flamme d’une bougie. La foi devient alors un peu comme les marées de la mer, elle vient et elle va. L’important, c’est qu’elle soit toujours là et ça, c’est à nous, et uniquement à nous, d’y veiller. Mais le doute est bien là, me direz-vous ? Et c’est vrai, il est en nous, parfois, de temps à autre ou souvent même. Cela dépend de tant de facteurs. Ce doute peut nous faire peur, faire ébranler un édifice de certitude et pourtant, il est intégralement lié à notre désir de croire. C’est en cela que l’histoire de l’évangile de ce jour est merveilleuse. L’histoire de Thomas devient ainsi un peu notre histoire. Il n’est pas le jumeau d’un quelconque frère de sang comme nous pourrions l’imaginer, non il est notre jumeau dans la foi, notre jumeau dans l’incrédulité, dans le doute. Thomas, il est un peu une partie de nous. Il est celui qui doute. Mais heureusement pour lui, heureusement pour nous, lorsqu’il se met à douter, il ne se coupe pas de sa communauté. Il ne jette pas l’éponge, retournant à sa vie d’avant comme s’il n’y avait rien eu. Non Thomas, tout en doutant, reste auprès des autres apôtres. Il sait que la foi ne se nourrit que dans un partage, en communauté. Sans cette dernière, il ne pourrait pas tenir. L’incertitude se transforme en certitude au contact d’autres chrétiens, de celles et ceux qui nous entourent et partagent nos convictions. Grâce à cela, il se laisse approcher par le Ressuscité et dépasse son incrédulité. 

Notre tentation peut être le découragement vous qui êtes privés pendant ce confinement des Sacrements, le découragement dans une société qui nie souvent l’existence de Dieu. Le Christ seul est le Roc, le Rocher sur Lequel nous pouvons bâtir notre Vie car avec Jésus, c’est du SOLIDE : Seigneur tu es, comme le disait si bien Mère Térésa :

« Le Pain de la VIE, le Sacrifice offert à la messe pour les péchés du monde et pour les miens, la Parole qui doit être prononcée, la Vérité qui doit être dite, le Chemin qui doit être suivi, la Lumière qui doit être allumée, la Vie qui doit être vécue, la Joie qui doit être répandue, le sacrifice qui doit être offert, le Pain de Vie qui doit être mangé, l’Affamé qui doit être rassasié, l’Assoiffé qui doit être désaltéré, le Malade qui doit être guéri, la personne handicapé mental qui doit être protégée et aimée. JESUS tu es ma VIE, JESUS tu es mon ROCHER sur lequel je veux bâtir ma vie. Que nous soyons SEIGNEUR des Cœurs brûlants pour toi et pour nos frères ! Et du doute de Thomas, va naître son cri, déchirure au coeur de lui-même, lorsqu’il dit au Christ : « mon Seigneur et mon Dieu ». Jésus est reconnu Dieu par l’un des siens. Que de nos doutes à nous, naissent également pareil cri.

Un jour, dans la chapelle d’une prison, un prêtre baptise un jeune Farid qui a pris comme prénom de baptême Jean. Arrive le moment crucial : « Farid-Jean, crois-tu en Dieu le Père tout-Puissant, créateur du ciel et de la terre ? ». Farid est d’origine musulmane. Pour un musulman, Dieu n’est pas père ; mais qu’il soit tout-puissant et créateur, cela ne fait aucun doute. Farid répond : « oui ».

« Farid-Jean, crois-tu en Jésus-Christ, son Fils unique conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie … ». Pour un musulman, Jésus n’est pas mort sur la Croix et surtout il n’est pas le Fils de Dieu. Mais Farid est converti …pourtant il répond au prêtre : « Non ». « Comment, dit l’aumôner, ça fait 2 ans que tu réclames le baptême, tu ne pouvais pas le dire avant ? ». Et Farid-Jean lui fait alors un sourire malicieux : « Père, je ne crois pas, j’en suis sûr ! ». Il avait parfaitement compris ce que veut dire croire en Dieu. Le chrétien n’est pas celui qui croit simplement qu’il y a un Dieu, mais il croit ce que Dieu déclare, il croit Dieu. Et Dieu nous dit : « je crois aussi en toi, tu es unique à mes yeux et je t’aime ». Voilà la Bonne Nouvelle ! Dieu ne peut ni se tromper, ni nous tromper en s’engageant dans nos vies !

Farid-Jean avait bien compris que la foi consiste à « lâcher prise » et surtout à se laisser conduire par Celui qui ne nous veut que du bien ! « C’est souvent moi qui empêche Dieu de faire mon salut, disait Farid-Jean, c’est moi qui complique les choses, c’est moi qui fais mon malheur et qui empêche Jésus le Christ de rentrer dans mon cœur. Jamais personne ne nous vaudra autant de bien que le Christ ! »

Les moines sont tenus à prendre des récréations chaque jour. Ce moine-là avait l’impression d’y perdre son temps. Alors, pour sa promenade, il emportait un livre qu’il lisait en marchant. Comme il était distrait de nature, voire absorbé, ce jour-là, il lui arriva malheur… Alors qu’il marche depuis longtemps, les yeux sur son livre, il parvient dans un endroit où il n’a encore jamais mis les pieds et il tombe dans un ravin, le long d’une falaise. Dans la chute, il lâche le livre, bien sûr, et se raccroche à un arbuste qui a réussi à sortir d’une petite fente du rocher abrupt. Une fois qu’il est stabilisé au-dessus du vide, il inspire profondément et crie : « Au secours ! Y a-t-il quelqu’un qui puisse m’aider ? » Évidemment, le monastère est trop loin pour que les moines puissent entendre ses appels. Mais une voix sort des nuages. « Oui ! moi, ton Dieu, je peux t’aider. » L’homme est très soulagé, mais Dieu ajoute :

« Me fais-tu confiance ? Une confiance absolue et inconditionnelle ?

  • Oui, bien sûr.
  • Alors je peux te sauver. Mais d’abord, tu dois lâcher cet
    arbre, n’aie pas peur ! »

L’homme réfléchit quelques instants, lève les yeux au ciel et crie : « N’y a-t-il pas quelqu’un d’autre là-haut ? » Quand enfin il s’est décidé à lâcher, il a regretté de ne pas l’avoir fait plus tôt parce que le sol n’était qu’à un mètre !

« Me fais-tu confiance », question que le Seigneur pose à chacun !

Abbé Jérôme MARTIN