Homélie du 3ème DIMANCHE DE PAQUES 26/04/20 …en ce temps de confinement- Abbé Jérôme Martin


Oui, c’est Jésus qui prend l’initiative de la rencontre et vient cheminer avec ces deux hommes écrasés par le drame du Calvaire. Ils ne le reconnaissent pas, alors qu’ils l’ont bien connu …comme souvent nous n’arrivons pas à le reconnaître quand il chemine pourtant avec nous dans nos vies. Ce cheminement vers Emmaüs est important pour comprendre le rôle de la Parole de Dieu dans la rencontre avec Jésus.  Ce qu’il leur dit en chemin sur lui-même est bien différent de ce que raconterait un reporter. Il leur donne, à partir des Ecritures, le sens de ce qu’il a vécu. C’est la foi au Christ Ressuscité qui nous ouvre à l’intelligence des Ecritures et non l’inverse. Arrivé à Emmaüs, Jésus se met à table avec les deux disciples. Et c’est alors, quand « il prend le pain, dit la bénédiction, le rompt et leur donne », qu’ils comprennent qui il est et le reconnaissent. Désormais, l’eucharistie est le lieu de notre rencontre sensible avec Jésus le Christ. « Du Très Haut Fils de Dieu, je ne vois rien de sensible en ce monde, si ce n’est son corps et son sang très saints », disait St François d’Assise. 

Que font les hommes quand l’un d’eux s’est sacrifié pour les autres ? Pour ne pas oublier, on bâtit un monument aux morts, on donne son nom à une rue, on tourne un film, on entretient le souvenir avec émotion et reconnaissance. Pour la mort de Jésus, c’est tout différent. Parce qu’il est mort et ressuscité, parce que sa mort ne concerne pas qu’un seul peuple, qu’un seul pays, qu’une seule patrie, mais tous les hommes de toutes les époques, parce que sa mort est le plus grand acte d’amour de tous les temps. Insurpassable. Voilà pourquoi il ne suffit pas de se souvenir de Jésus, mais il faut s’unir à Lui : c’est pour cette raison que le Christ nous propose ce rendez-vous tous les dimanches. La prière du vendredi pour les musulmans et l’office du shabbat pour les Juifs ont en commun d’être une succession de chants, de lectures et d’enseignements. La messe catholique est d’une autre nature. Elle est une action sacrée car elle est le renouvellement non sanglant du sacrifice du calvaire : à chaque Messe, notre Seigneur donne Sa Vie pour nous sauver de l’aveuglement du péché ! Il est grand le Mystère de la Foi : « nous proclamons ta Mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta Résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire » !

Le pape Saint Jean-Paul II dans sa Lettre aux Familles disait : « il n’existe pas d’autre puissance que l’Eucharistie, ni d’autres sagesses par lesquelles nous puissions être sauvés et par lesquelles nous puissions contribuer à sauver les autres. Il n’y a pas d’autre puissance, ni d’autre sagesse par lesquelles, vous parents, vous puissiez éduquer vos enfants et aussi vous-mêmes. La puissance éducative de l’Eucharistie s’est confirmée à travers les générations et les siècles ». Nous croyons dans notre quotidien faire, travailler, remuer, protéger, servir, aider …en fait, c’est le Seigneur qui donne de faire et surtout d’aimer. Mais pour faire et pour aimer, il faut venir à la Source qu’est la Messe, venir s’abreuver dimanche après dimanche au Christ qui est notre Source d’Eau vive, qui nous permet de donner du goût à la vie, du sens à notre quotidien et surtout d’être envoyé durant toute la semaine dans notre quotidien, dans les joies et les peines que nous auront à vivre pas seul mais avec le Christ, compagnon de route.  Vous comprenez d’autant plus le sens de la Messe en ce moment : ne pas pouvoir se rassembler en communauté et de ne pas pouvoir communier à Notre Seigneur durant ce confinement …c’est une grande épreuve mais nous aurons très bientôt, je l’espère, cette Joie immense de nous retrouver ! 

Comme Marie-Madeleine, comme Jean, les deux disciples d’Emmaüs qui ont fait l’expérience de la rencontre avec le Seigneur Ressuscité sont envoyés pour proclamer cette bonne nouvelle : Jésus confie à chacun la responsabilité de rapporter que le Seigneur, Il nous fait vivre ! Des chrétiens se posent souvent la question : pourquoi devons-nous parler de notre foi chrétienne ? Ne s’agit-il pas d’une affaire privée ? Les meilleurs chrétiens ne sont-ils pas ceux qui se contentent de vivre leur vie de chrétien ? Les gens me disent parfois : « Je connais quelqu’un (souvent leur mère ou leur tante…) qui est chrétien. C’est quelqu’un qui a vraiment la foi mais qui n’en parle pas. N’est-ce pas là la forme la plus élevée du christianisme ? » Une première réponse à cela est simple : pour que cette personne ait la foi, quelqu’un a bien dû un jour lui parler de la foi chrétienne. Pour aller plus loin, on pourrait ajouter qu’il existe plusieurs bonnes raisons de parler de Jésus aux autres : C’est d’abord une demande de Jésus-Christ. Ce commandement qui est « d’aller », apparaît dans le Nouveau Testament 233 fois.  Les autres en ont besoin. Le monde en a tant besoin. Pour beaucoup de gens la vie dans notre société c’est « métro, boulot, dodo », ou alors une vie d’immense solitude. La célèbre chanteuse Sinead O’Connor a déclaré dans un entretien : « On se sent vide, parce qu’on a balayé la spiritualité de nos vies. Comme on ne sait plus comment exprimer ce qui est en nous on essaie de combler ce vide avec l’alcool, la drogue, le sexe ou l’argent. Et partout, des gens hurlent pour la vérité. » Les gens recherchent quelque chose de plus; ils cherchent un sens plus profond, un but pour leur vie. La réponse se trouve en Jésus-Christ. Lorsqu’on a découvert cette réalité, c’est la chose la plus naturelle que de désirer en parler aux autres. Au XVIème siècle un concours de poésie avait été organisé par Charles d’Orléans, frère du roi de France. Chacun devait composer un poème commençant par le même vers « je meurs de soif auprès de la fontaine ». C’est peut-être une phrase emblématique du monde d’aujourd’hui. Il y a une fontaine intarissable, les trésors de grâce que Dieu réserve à chacun, l’opportunité ouverte à tous de faire l’expérience bouleversante de son amour. Et cette source reste méconnue de beaucoup. « Je meurs de soif auprès de la fontaine » : Parler aux autres de sa foi est le moyen de rendre cette eau vive disponible à ceux qui en ont besoin. C’est dire à quelqu’un qui se meurt de soif dans un désert « viens, là, j’ai trouvé une source ! » C’est une très bonne nouvelle. C’est le sens du mot ‘Evangile’ « bonne nouvelle. » « La joie, écrivait Claudel, le poète français converti, c’est le premier et le dernier mot de l’Evangile ». N’est-il pas naturel, lorsqu’on entend une bonne nouvelle, de vouloir la partager avec les autres? 

Le cardinal Suenens racontait ce qu’un jeune Américain avait vécu. Alors qu’il traversait une période très difficile, il avait fait une sorte de rêve. Il se voyait parlant à Jésus : « Lord, I have a problem …and the problem is me ( Seigneur, j’ai un problème …et le problème, c’est moi).

Et voici la réponse du Christ : « My son, I have the answer, and the answer is me » (Mon enfant, j’ai la réponse, et la réponse, c’est moi). La réponse à toutes nos interrogations, c’est le Christ ressuscité !

L’histoire commence lorsqu’une mère punit sa fille de 5 ans pour avoir gaspillé un rouleau de papier aluminium. Comme les ressources étaient précaires, la mère devint encore plus irritée quand elle découvrit que sa fille avait utilisé le papier pour envelopper une boîte cadeau qu’elle avait déposé sous l’arbre de Noël. Quoiqu’il en soit, la petite fille offrit quand même à sa mère le matin de Noël le présent qu’elle avait soigneusement enveloppé en lui disant : « voici maman, c’est pour toi ! » La mère visiblement embarrassée par sa réaction exagérée de la journée précédente, ouvrit le cadeau pour se rendre compte que la boîte était vide. Elle parla à sa fille d’une manière sévère : « ne sais-tu pas que quand on offre un cadeau à quelqu’un, il doit y avoir quelque chose à l’intérieur de la boîte ». La petite fille en larmes répondit à sa mère : «  oh maman, la boîte n’est pas vide, je l’ai remplie de baisers jusqu’à ce qu’elle en soit pleine avant de l’emballer » . La mère complètement renversée, tomba sur ses genoux et prit sa fille dans ses bras et lui demanda de lui pardonner pour les paroles dures qu’elle avait prononcées. Et bien la Sainte Messe, c’est un peu cela dirait Ste Thérèse de l’Enfant Jésus : recevons la Vie de Notre Seigneur qu’Il vient nous offrir, recevons son Amour, un Amour invisible mais bien réel, car il n’existe aucun cadeau plus précieux que l’Amour de Dieu exprimé dans la Sainte Messe !

                                                                            Abbé Jérôme MARTIN