Homélie du 5ème DIM de PAQUES –ANNEE A – Père Jérome Martin

Supposons une ville, une grande métropole moderne, sillonnée d’automobiles, d’autobus, de tramways, de métros aériens et souterrains, survolée d’avions toutes les cinq minutes. Pour parfaire le brouhaha, ajoutons des chantiers de construction ou de démolition à tous les coins de rue, des foires commerciales, des manifestations d’étudiants, des embouteillages, des queues de cinéma et mille autres choses encore qui débitent le bruit nuit et jour en gros ou en détail… Supposons encore que notre agglomération urbaine tentaculaire et vrombissante soit traversée par un fleuve, oh un fleuve bien canalisé, bien domestiqué, mais un fleuve tout de même, c’est-à-dire de l’eau qui va et vient. Bien évidemment, la ville étant telle que nous l’avons décrite, personne n’entendra le fleuve, personne ne songera même à lui, personne n’aura l’idée de prêter l’oreille pour écouter sa voix à lui. Ce serait peine perdue, quand les voies ferrées de cette métropole hautement civilisée ont le dessus… comme le dessous du pauvre fleuve ! Les eaux qui coulent en silence n’ont pas droit à la parole ; on fait tout pour leur interdire l’expression, pour oublier leur présence.

Supposons maintenant qu’un avis formel soit publié à travers la ville ou que quelque crieur, dont la voix s’imposerait à tout ce vacarme, la parcoure en tous sens pour donner cet avertissement : « Assez ! Assez ! Arrêtez net toute machine, toute circulation, tout commerce, toute manifestation ! Retenez jusqu’à votre souffle ; désormais le fleuve seul a la parole, on ne doit plus entendre que lui ! » Alors, enfin, l’on s’apercevrait que le fleuve existe, qu’il traverse la ville, qu’il l’irrigue et l’anime comme l’artère principale d’un grand cœur, comme le Chemin, l’unique Chemin …

Où est-ce que je veux en venir avec cette parabole ? A la question de Thomas : « comment pourrions-nous savoir le chemin ? » et à la réponse de Jésus : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». La ville embarrassée et tapageuse, c’est nous-même, notre vie intérieure qui est bien souvent une ville intérieure… Le Fleuve, c’est le Seigneur, Chemin, Vérité et Vie. Notre cœur est une ville traversée par un Fleuve sacré, un Fleuve d’eau vive, depuis le jour de notre baptême. Le Seigneur comme Chemin, Vérité et Vie nous traverse de part en part, passe Lui-même à travers nous, au beau milieu de nous  comme un Fleuve d’eau vive, comme un Fleuve de paix. Peut-être que ces quelques semaines de confinement nous ont permis de goûter à ce Fleuve d’eau vive qu’est le Christ. Par notre baptême, Jésus le Christ vient faire sa demeure en vous et vous en lui . 

 » Comment pourrions-nous savoir le chemin ?  » …en demeurant en Lui mais  » Où rencontrez-vous le Christ ?  »  » Comment pouvez-vous être sûrs de rencontrer le Christ ? » La question est de taille, c’est le coeur de la foi chrétienne. Le Christ, on ne le rencontre pas en « direct », mais par des intermédiaires, des médiations. C’est le printemps, il faut cultiver son jardin, le jardin de la foi où pousse la vigne du Seigneur …pour cela, il faut entretenir son jardin intérieur, son âme :

 « entretien » aux trois sens du mot :

  • un entretien : on s’entretient avec quelqu’un, avec le Christ.
     » Seigneur, j’ai un grand merci à te dire « .
     » Seigneur, j’ai des gens à te recommander « .
     » Inspire-moi, Seigneur, la parole qui convient « .
     » Rappelle-moi l’importance du pardon « .
  • un entretien… comme on entretient son jardin car si on ne l’entretient pas attention aux broussailles ( !), comme on entretient son anglais, comme on entretient sa voiture… comme on parle du service-entretien.
    Les sacrements, la prière maintiennent l’Evangile en état de marche dans ma vie.
  • un entretien… Dans les sacrements, dans la prière on s’entre-tient, on se soutient les uns les autres. On prie les uns avec les autres, les uns pour les autres.

Demeurer dans le Christ nous invite à porter ce Trésor à ceux qui nous entourent. Les chrétiens sont-ils présents et seront-ils présents avec le déconfinement aux carrefours de ce monde, « Allez aux carrefours des chemins de cette humanité » dit Jésus. Les carrefours importants aujourd’hui, quels sont-ils ? Contentons-nous d’en énumérer quelques-uns. Ils sont indiqués, comme tous les carrefours, par des panneaux de signalisation.

* Voici le panneau de signalisation HÔPITAL-SILENCE. À ce carrefour de la souffrance, en ce temps d’épidémie, l’Église a-t-elle une parole pour ceux qui souffrent en ce moment, ceux qui meurent, pour ceux qui soignent et ceux qui soulagent ? 

* Voici le panneau RALENTIR ÉCOLE. L’Église est-elle ce carrefour de la jeunesse et de la culture ? A-t-elle quelque chose à dire à ceux qui enseignent et à ceux qui apprennent ? 

* Voici le panneau SORTIE D’USINE. Quelles paroles, quels actes qui rejoignent les travailleurs, les employeurs, les chômeurs ? 

* Voici le panneau VOUS N’AVEZ PAS LA PRIORITÉ. L’Évangile dit : « priorité aux petits, aux démunis ». L’Église sait-elle le dire et le vivre ? 

* Voici le panneau STOP ou SENS INTERDIT, DANGER…panneaux qui peuvent être des bonnes nouvelles pour la vie des hommes. Ils ne sont pas là pour nous empêcher de vivre, mais pour nous permettre de vivre ensemble. Est-ce que l’Église trouve toujours les mots pour le dire ? 

Sommes-nous présents à tous les carrefours importants de la vie d’aujourd’hui ?… Sinon notre invitation ne sera pas assez actuelle. 

Je terminerai en reprenant le fameux « n’ayez pas peur »… en ce temps de déconfinement, mettez votre Foi et votre Espérance dans le Christ car Il est « le Chemin, la Vérité et la Vie » !

Père Jérôme MARTIN