Homélie du dimanche 7 juin 2020, la Sainte Trinité

« Frères, soyez dans la joie ! » Ce n’est pas seulement un souhait mais une demande, un ordre même de Saint Paul dans la deuxième lecture de ce dimanche. Et la joie qu’il nous demande de vivre n’est pas la joie banale que nous ressentons quand tout va bien pour nous, autrement dit la joie qui nous tombe dessus, qui surgit naturellement en nous, c’est la joie qu’on doit cultiver et Paul précise ce que nous devons faire pour cultiver cette joie : « Cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. »

La joie que nous devons cultiver, c’est donc la joie que nous nous donnons à nous-mêmes en cherchant la perfection ; c’est la joie que nous donnons aux autres en les encourageant ; c’est la joie que nous recevons des autres en étant d’accord entre nous ; c’est la joie que nous recevons de Dieu quand nous prenons conscience qu’il est toujours avec nous comme le plus proche de nos amis !

  • Donnons-nous de la joie en cherchant la perfection dans tout ce que nous faisons.

Quand on réussit ce qu’on entreprend on est satisfait, on est heureux mais la joie c’est beaucoup plus que la satisfaction et le bonheur quand on est satisfait, on peut s’arrêter là, c’est statique ! La vraie joie, ce n’est pas seulement cette joie statique d’avoir réussi ce qu’on voulait faire, c’est la joie dynamique de la progression, la joie d’avoir fait mieux que d’habitude et même de se dire : je ferai encore mieux la prochaine fois. Quand on se dit : « j’ai fait mieux… et je ferai mieux encore » on est sur une dynamique, un chemin qui ouvre sur un avenir toujours meilleur, on est donc sur le chemin de la progression et de la joie sans fin, infinie, qui ne cessera de grandir. Cette joie-là, cette joie dynamique c’est la joie de Dieu et c’est la joie que nous propose le Christ quand il nous dit : « soyez parfaits comme votre Père du ciel est parfait ». Sur le plan humain, on est joyeux de cette joie quand on fait toujours mieux notre travail professionnel, quand on progresse dans la hiérarchie sociale, dans nos responsabilités, quand on améliore nos performances, nos résultats dans nos activités qu’elles soient économiques, sociales, sportives, artistiques mais le problème, vous le connaissez tous : c’est qu’avec l’âge on progresse de moins en moins sur tous les plans humains. Par contre, sur le plan spirituel, on peut toujours progresser jusqu’à la fin de notre vie et c’est à cette joie-là que le Christ nous invite, à la joie de la perfection spirituelle vers laquelle on doit toujours tendre et qui ne finira jamais pas même dans l’Éternité. Voilà la vraie joie qu’on doit cultiver jusqu’à la fin de nos jours : la joie spirituelle de mieux prier, de mieux méditer, de mieux écouter les autres, de mieux les accueillir, de mieux les servir, la joie d’être plus patients, plus bienveillants, plus aimants, plus croyants, plus humbles, plus simples, plus confiants, plus abandonnés à Dieu. Si vous voulez maintenant goûter cette vraie joie du cœur, la joie intérieure, la joie spirituelle, il faut vous arrêter, faire une pause pour répondre à cette question : « En ce moment, dans ma vie telle qu’elle est, sur quel plan spirituel suis-je en progression, quelle valeur est-ce que je vis mieux qu’avant ? Et quelle valeur devrais-je vivre encore mieux ? Et surtout, surtout, quels moyens vais-je prendre, quels efforts intérieurs, quels exercices spirituels vais-je faire pour progresser effectivement, concrètement ? Cultivons la vraie joie, la joie de la perfection, en faisant concrètement des efforts spirituels pour progresser sans cesse dans toutes les valeurs qui caractérisent la perfection de Dieu.

  • Cultivons la joie en nous mais aussi chez les autres en les encourageant. Pourquoi les autres sont-ils parfois tristes, désabusés, découragés ? Parce qu’ils ont l’impression de ne rien réussir, de végéter, de ne pas avancer ou même d’être inutiles, de ne servir à rien. Pour qu’ils retrouvent la joie, il faut donc les encourager, c’est-à-dire, discuter, échanger avec eux, leur montrer qu’ils peuvent être utiles en aidant telle personne, tel groupe, en prenant telle responsabilité ; que s’ils ont échoué dans tel ou tel domaine rien n’est perdu, ils peuvent tirer les leçons de leur échec et repartir sur d’autres bases ; qu’enfin, ils peuvent progresser sur le plan spirituel, donc ils doivent faire le point sur les valeurs qu’ils vivent ou devraient vivre et s’engager à leur rythme sur ce chemin de la perfection qui donne la plus grande des joies, la joie intérieure de vivre de la vie de Dieu et de progresser dans ce domaine. Trop souvent nous restons indifférents aux autres ou nous les jugeons, les critiquons et c’est bien l’esprit français « jamais content, toujours critiquant tout », cet état d’esprit conduit à la morosité collective, à la tristesse ambiante. N’entrons pas dans ce jeu-là, ne nous laissons pas entraîner dans cet état d’esprit  mais soyons positifs vis-à-vis des autres en les encourageant dans le bien qu’ils font ou qu’ils pourraient faire pour trouver la joie. Les encourager, c’est donc les dynamiser, les relancer, les remettre en route. Cultivons cette joie dynamisante !
  • Cultivons la joie chez les autres mais aussi la joie que les autres peuvent nous donner et pour cela cherchons comme le dit Paul à être d’accord en nous, en communion fraternelle les uns avec les autres. Nous avons tous cette expérience : dans nos familles, nos équipes, nos communautés, nos associations, c’est la joie partagée quand on s’entend bien, quand on est d’accord sur l’essentiel : sur les valeurs, la manière de vivre, sur les projets mobilisateurs, qui mobilisent tout le monde, où chacun prend sa part. Quand au contraire on n’arrive à rien faire ensemble, quand on plus de projets communs ou quand on n’arrive plus à discuter de tout, à échanger sur tout parce qu’il y a des sujets à ne pas aborder, quand c’est la léthargie, l’inactivité et la loi du silence, on est à côté les uns des autres mais pas ensemble, l’ambiance est pesante et pas porteuse, « c’est pas la joie » comme on dit ! Au contraire quand on a plein de valeurs communes et pleins de projets à mettre en œuvre, c’est la joie commune, une joie porteuse, la joie d’un accord dynamisant, d’une communion dynamisante qui porte toute le monde, qui entraîne tout le monde vers le mieux pour tous et pour chacun !
  • Cultivons donc la joie en nous en cherchant la perfection, cultivons la joie chez les autres en les encourageant et la joie avec les autres en cherchant entre nous un accord dynamisant, et enfin cultivons la joie que Dieu lui-même peut nous donner en cherchant sa proximité, son amitié même. C’est ce qu’a fait Moïse comme nous le raconte la première lecture : Moïse est monté sur la montagne du Sinaï à la rencontre de Dieu et là que s’est-il passé ? « Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer là, auprès de Moïse. Il proclama son Nom qui est : le Seigneur. Il passa devant Moïse et proclama : Le Seigneur ! Le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » Voilà notre Dieu : il n’est pas un Dieu lointain, inaccessible mais il descend vers nous, s’approche de nous pour marcher avec nous, nous accompagner, nous soutenir, nous prendre par la main comme le meilleur et le plus proche de nos amis. Il ne vient pas vers nous pour nous juger, nous faire la morale, nous condamner mais nous aimer et nous sauver comme le rappelle Saint Jean dans l’Évangile de ce jour : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » Quand on prend conscience de cette proximité de Dieu, de cet amour de Dieu qui vient nous sauver, nous aider, nous donner sa force et tout ce qu’il est, toute sa vie, quand on prend conscience de cette amitié de Dieu, du Christ qui marche avec nous main dans la main, c’est la grande joie intérieure, on n’a plus peur de rien, on va de l’avant, c’est la joie de la foi, de la confiance, de l’espérance, c’est donc encore une fois une joie dynamique et dynamisante. Et c’est bien ces deux qualificatifs qui caractérisent la joie que Saint Paul nous invite aujourd’hui à cultiver. La vraie joie que nous devons cultiver c’est la joie dynamique de progresser sans cesse vers la perfection de Dieu, c’est la joie qui dynamise les autres en les encourageant et c’est la joie qui nous dynamise nous-mêmes quand on se sent en accord, en communion avec les autres ; c’est enfin la joie dynamisante de ressentir la proximité de Dieu qui marche avec nous pour nous aider à aller toujours de l’avant pleins de confiance et d’espérance.

Amen !

Père René Pichon