Homélie du dimanche 5 juillet 2020

Homélie du dimanche 5 Juillet 2020

Le temps de l’été est normalement le temps du repos mais il y a repos et repos, et justement ça tombe bien, Jésus nous propose ce dimanche son repos, le repos profond, le repos de l’âme : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. » Comment caractériser le repos que Jésus veut nous offrir ?

Le repos de Jésus n’est pas le repos des vacances comme beaucoup les envisagent, c’est à dire l’oubli de tout, la fuite de tout. Oui, pour beaucoup, se reposer c’est faire le vide, se vider la tête, ne plus penser à rien, et surtout ne plus penser à ce qu’on a vécu. Or pour Jésus le repos c’est tout le contraire : c’est regarder notre vécu, raconter notre vécu, remercier pour notre vécu et remettre notre vécu entre les mains de Dieu.

  • Pour nous reposer avec Jésus regardons notre vécu, chaque jour, chaque soir, chaque semaine et bien sûr pendant les vacances regardons ce qu’on a vécu tout au long de l’année. Cette année a été bien particulière puisque tout s’est arrêté pendant trois mois et maintenant la reprise sociale, scolaire, économique, pastorale n’est pas facile. Qu’avons-nous vécu cette année ? À chacun de répondre mais essayons tous de faire comme Dieu dans le récit de la Création : le sixième jour, quand il achève sa Création Dieu s’arrête et regarde ce qu’il a fait : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon ! » En goûtant, en appréciant ce qu’il a fait, il se repose tout le septième jour : « Au septième jour, Dieu avait terminé tout l’ouvrage qu’il avait fait et le septième jour, il chôma après tout l’ouvrage qu’il avait fait… » Voilà le vrai repos de Dieu : s’arrêter, regarder ce qu’on a fait et le goûter. En le goûtant, on se reconstruit, on se réconforte, on se remotive, on recharge les batteries, on s’apprête à repartir. Bien sûr, quand on regarde ce qu’on a vécu, la première impression c’est surtout de revenir sur ce qui n’a pas marché, sur ce qui a été difficile et le risque c’est de ruminer les épreuves, les ratés, les échecs, tout ce qui a mal marché, du coup au lieu de se reposer, on s’enfonce. Le repos, le vrai repos, le repos de Dieu, c’est regarder le vécu, mais pour goûter le bon, le bien, ce qui fait du bien, ce qui nous redonne souffle, santé, moral, motivation, élan. Pour nous reposer, ne tombons pas dans le piège de ruminer notre vécu négatif, mais goûtons notre vécu positif pour connaître le repos réparateur !
  • Regardons notre vécu pour le goûter et racontons-le aux autres, notamment à nos proches ; C’est ce que propose Jésus à ses disciples quand ils reviennent de la mission qu’il leur a confiée comme Saint Marc nous le raconte au chapitre 6 versets 30-31 de son Évangile : « Les apôtres se réunissent auprès de Jésus et lui rapportèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. Et il leur dit : Venez-vous-même à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu… » On ne raconte pas aux autres notre vécu comme on le regarde quand on est seul avec soi-même. On est plus souvent positif avec les autres, je le constate même chez les prêtres. Quand on entend certains prêtres parler de ce qu’ils vivent, souvent ils se plaignent de la passivité des gens, de la démobilisation chez beaucoup de chrétiens, de la routine, du manque de nouveautés, d’élans missionnaires, etc… Mais quand on est en réunion tous ensemble pour faire le point sur notre vie pastorale, c’est nettement plus positif : on raconte surtout ce qui va bien et ce qui redonne le moral à tous. C’est ça le repos : raconter aux autres ce qu’on a vécu en insistant sur ce qui redonne le moral. Quand ensemble on retrouve le moral, l’envie, la motivation c’est le vrai repos. Alors n’hésitons pas cet été à nous raconter les uns aux autres ce qu’on a vécu pour retrouver le moral ensemble et ce sera alors le repos mental dont a tant besoin !

  • Regarder soi-même notre vécu, raconter aux autres notre vécu c’est bien mais on reste entre nous humains et on risque d’en rester là en oubliant Dieu. Or le vrai repos, c’est de reconnaître que tout ce qu’on a vécu, on ne l’a pas porté seul, mais avec Dieu qui était là pour nous éclairer et nous soutenir, nous inspirer de bonnes idées, de bons choix et nous donner la force de faire face à tout ce qui nous arrivait. Voilà ce qui nous repose : c’est la prise de conscience que Dieu est présent dans notre vécu, dans tout ce qu’on vit. Plus on prend conscience de cette Présence, plus on a envie de le remercier, de le louer, de le bénir, et plus notre cœur s’ouvre, s’allège : on connait alors le repos du cœur, le repos de l’âme, le repos spirituel, comme Jésus l’explique dans l’Évangile de ce dimanche : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui mon joug est facile à porter et mon fardeau léger… » La fatigue, la grosse fatigue, c’est quand tout dans notre vie devient pesant, écrasant et qu’on a l’impression qu’on est seul pour porter tout ce poids. Or quand on prend conscience que tout ce qu’on porte dans la vie, Jésus le porte avec nous parce qu’il nous attelle à lui pour tirer avec nous la lourde charrue de la vie, alors notre cœur respire, notre âme souffle, nous nous sentons légers, c’est le repos intérieur, le repos profond, le repos de l’âme. Plus on sait remercier et louer le Christ doux et humble de cœur d’être ainsi attelé à nous, plus on connait et fait grandir ce repos spirituel qui fait encore plus de bien que le repos réparateur ou le repos mental dont j’ai parlé tout à l’heure !
  • Puisque Jésus est ainsi avec nous, attelé à nous, pour porter notre vie, il nous reste à lui remettre à remettre entre ses mains, non seulement notre vécu passé mais notre vécu à venir : c’est alors le repos de la confiance, de l’abandon, de ce qu’on appelle aujourd’hui le lâcher prise. En effet, ce qui nous fatigue souvent, c’est l’inquiétude de l’avenir, les soucis, les projets qu’on appréhende en disant : « est-ce que je vais y arriver ? Est-ce qu’on va réussir ? » Oui pendant le temps de l’été et des vacances, parfois on se prend la tête en pensant à tout ce qui nous attend pour la rentrée et cette peur de l’avenir, ces appréhensions nous fatiguent. Pour ne pas tomber dans ce piège redisons la parole de Jésus sur la Croix, la parole du psaume 31 : « En tes mains je remets mon esprit, ma vie, c’est toi qui me rachètes, Seigneur ! … » Si on sait ainsi lâcher prise, s’abandonner totalement à Dieu dans la confiance pour l’avenir, alors on se sent libérer de nos peurs, de nos craintes, on connaît le repos libérateur que seule la confiance en Dieu peut nous donner !

Voilà donc le repos que le Christ nous propose cet été : le repos réparateur quand on goûte notre vécu, le repos mental quand on retrouve le moral, le repos spirituel quand on prend conscience de la présence du Christ dans tout notre vécu, le repos libérateur quand on remet toute notre vie passée ou future entre les mains de Dieu. Oui cultivons ce repos que le Christ Bon Pasteur veut nous donner pour pouvoir dire sans cesse : « Le Seigneur est mon berger rien ne saurait me manquer. Sur des prés d’herbe fraîche il me fait reposer. Vers les eaux du repos il me mène, il y refait mon âme. »

Amen !

Père René Pichon