Homélie du dimanche 19 Juillet 2020, 16e dimanche du T.O.

Quand on interroge les gens aujourd’hui sur leurs valeurs et les valeurs les plus importantes à vivre en notre temps, une valeur revient à chaque fois chez tout le monde : la tolérance !

La tolérance, c’est la valeur à la mode de notre temps ! Mais comment la comprendre et comment la vivre ? La parabole de l’ivraie et du bon grain peut nous aider à répondre car on peut voir dans cette parabole un appel à la tolérance : le bon grain est tolérant, il laisse pousser l’ivraie avec lui et Jésus est très explicite : « Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ! »La tolérance, c’est donc cela : laisser pousser ensemble le bien et le mal en nous, dans les autres, dans le monde. Ne pas vouloir tout de suite arracher le mal car le mal et le bien sont très liés, toujours liés et si on veut arracher le mal, on risque d’arracher le bien.

  • La tolérance, ce n’est pas l’indifférence qui se désintéresse totalement de ce qui est bien ou mal, elle n’y fait pas attention, elle ne se pose même pas la question, ce n’est pas son problème. Qu’est-ce qui est bien, qu’est-ce qui est mal, qu’il y ait de l’ivraie avec le bon grain, du mal qui pousse avec le bien, ce n’est pas un problème pour les gens indifférents, ils ont d’autres centres d’intérêt que ces questions d’ordre moral.
  • La tolérance, ce n’est pas non plus le relativisme qui dit que tout se vaut, qu’il n’y a pas de bien absolu ou de mal absolu, que l’ivraie et le bon grain ça se vaut puisqu’ils sont des produits de la nature, que tout est relatif puisque ce qui est vérité et bien dans un pays peut être mal et erreur dans un autre ; Le relativisme prêche la tolérance en disant que toutes les idées se valent, que toutes les religions se valent, qu’il ne faut donc ni juger ni condamner mais laisser libres les gens de penser, de croire, de faire ce qu’ils veulent. Le relativisme rejoint en fin de compte le laxisme !
  • La tolérance, c’est d’abord le réalisme, la lucidité face au réel : quand on regarde la réalité, la nôtre, celle des gens, celle du monde et de l’actualité, on voit que le bien et le mal sont toujours liés, qu’il n’y a pas de bien absolu, totalement pur, que tout est ambigu.

Par exemple quand on est généreux, qu’on donne beaucoup aux autres, il y a toujours une recherche de nous-mêmes, une recherche de reconnaissance ou l’envie d’être quelqu’un de bien aux yeux des autres ou à nos propres yeux alors que Jésus nous dit :« Quand tu donnes, que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche. »

Quand on est charitable envers les plus pauvres, qu’on donne de l’argent, des biens, du temps aux pauvres ou à ceux qui souffrent, on a souvent envie de se donner bonne conscience, de soulager notre conscience, ou de nous faire remarquer comme les pharisiens riches qui montrent ostensiblement ce qu’ils versent dans le tronc du Temple alors que la pauvre veuve se cache pour donner seulement deux piécettes ! Or c’est d’elle que Jésus dit : « elle a donné beaucoup plus que les autres car elle a donné de son nécessaire alors que les autres ont donné de leur superflu ! »

Quand on dit qu’on prend des responsabilités pour être au service des autres, et tous les hommes politiques l’affirment, il y a toujours en nous une soif de pouvoir.

Tout est ambigu même la foi : quand on dit que notre foi est désintéressée, on attend toujours de Dieu malgré tout une protection, une aide, du secours,la bénédiction de nos proches et de nos projets donc notre foi est intéressée !

Quand on dit qu’on est plein de confiance et d’espérance, on cache toujours nos inquiétudes, nos peurs, notre pessimisme par rapport à l’avenir car ils nous habitent quoiqu’on dise !

Au siècle dernier, une philosophe, Simone de Beauvoir, a écrit un livre intitulé : « Pour une morale de l’ambiguïté ! » C’est exactement la parabole de l’ivraie et du bon grain : les plus beaux actes sont toujours ambigus, on ne fait jamais le bien à l’état pur, on le fait toujours avec des arrières pensées, des désirs, des sentiments moins purs mais mieux vaut faire le bien avec des ambiguïtés que d’attendre d’être parfaits pour le faire car on ne le fera jamais.

Ce qui est vrai de nous et de tous les autres l’est aussi du monde : la réalité du monde depuis toujours c’est que le bien et le mal se côtoient toujours et l’actualité nous révèle chaque jour que le meilleur et le pire s’affrontent sans cesse dans tous les pays du monde. Pour être tolérants, soyons donc lucides en reconnaissant qu’en nous, dans les autres, dans le monde, tout est ambigu, le bien et le mal sont toujours mêlés.

  • Soyons lucides et soyons patients et confiants : le bien et le mal sont liés, ainsi est la nature humaine, mais le bien finira par avoir le dessus, il finira par triompher, c’est en tout cas la vision chrétienne de l’homme et du monde, et c’est la leçon de la parabole de l’ivraie et du bon grain : les deux poussent ensemble mais à la fin, il y a la récolte, la moisson : le blé est engrangé, l’ivraie est brûlée. C’est vrai pour le monde et c’est vrai pour chaque personne. Donc confiance et patience.

Être tolérant, c’est avoir cette vision positive de l’histoire humaine. La fin du monde, ce sera le triomphe de Dieu sur le mal, le bien sera récolté pour l’éternité, le mal définitivement brûlé, anéanti, réduit à néant. Ce sera la moisson du Royaume Éternel.

Être tolérant, c’est aussi avoir une vision positive de chaque personne : en chacun il y a du bien et du mal et souvent nous voyons dans nos proches surtout ce qui est mal. Parfois nous disons même de certains : « celui-là ne va pas s’en sortir, je ne vois rien de bon en lui, il va droit dans le mur, il est perdu. » Non personne n’est jamais perdu, en tout homme il y a du bien et le bien peut triompher, il faut y croire et garder confiance.

Notre rôle n’est pas de juger et de condamner qui que ce soit mais d’encourager. Même le pire de ceux que nous fréquentons a du bien en lui et ce bien peut et doit triompher, à nous de le voir et de le faire pousser en encourageant : « regarde ce que tu as fait, c’est bien, continue, tu peux y arriver, tu peux encore faire mieux, vas-y… »

La tolérance, c’est cette confiance qui encourage et donc la tolérance, c’est l’acceptation dynamique de la réalité : on accepte le réel du monde et de chacun où le bien et le mal sont liés et grandissent ensemble mais on fait tout pour faire grandir le bien.

En fin de compte, être tolérant, c’est être comme Dieu : Dieu a créé l’homme libre et l’a laissé libre de faire le bien et le mal mais il aide et encourage l’homme à faire le bien en lui promettant de faire triompher le bien en chacun et par tout l’univers.

Comme Dieu, pour être tolérant, respectons la liberté de tous et de chacun, acceptons qu’il y ait partout du bien et du mal entremêlés, mais encourageons à faire le bien en gardant confiance et espérance : le bien gagnera et triomphera pour l’Éternité.

Amen !

Père René Pichon