HOMELIE du 30ème DIMANCHE du Temps Ordinaire – ANNEE A – 25/10/20

S’il est une réalité qui habite le cœur de l’homme depuis la création du monde, c’est bien l’Amour… car le cœur de l’homme, pourquoi est-il fait… sinon pour aimer et être aimé ? Et voici qu’aujourd’hui, le Christ nous ramène à l’essentiel. Il dit que l’Amour est le grand et le seul commandement. Nous n’aimons pas trop assimiler l’amour à un commandement… mais je repense à cette phrase de Jacques Brel qui disait :  » Je ferai un domaine où l’amour sera loi, où l’amour sera roi.  » Au-delà de la rime, c’est sans doute la redécouverte qu’aimer c’est aussi décider d’aimer. Mais le Christ va plus loin et c’est sans doute ce qui fait l’originalité et le génie du christianisme : il révèle que l’Amour de Dieu et l’amour du prochain sont indissociables, un peu comme le recto et le verso d’une même réalité : différente mais inséparable

« J’ai soif de toi. Ne doute jamais de ma miséricorde, du fait que je t’accepte sans cesse, de mon désir de te pardonner, de ma soif ardente de te bénir, de vivre en toi ma propre vie. J’ai soif de toi ! Si tu te crois sans importance aux yeux du monde, cela ne m’importe pas du tout. Pour moi, il n’y a qu’une chose qui importe : il n’y a rien de plus important dans le monde entier que toi. J’ai soif de toi ! Ouvre-toi à moi. Viens à moi et aie soif de moi. J’ai soif de toi !
Peu importent tes errements. Peu importe combien tu m’as oublié. Peu importent toutes les croix que tu as dû porter toute ta vie. Il n’y a qu’une seule chose dont je veux que tu te souviennes tout le temps, une seule chose qui ne changera jamais : J’ai soif de toi, tel que tu es. Tu n’as pas besoin de changer pour croire en mon amour, parce que c’est de croire en mon amour qui va te changer. Tu m’as oublié, et maintenant je te cherche à chaque instant de ta vie, me tenant debout, à la porte de ton cœur et frappant.

Tu penses que c’est dur à croire ? Alors regarde vers la Croix, regarde vers mon Cœur transpercé pour toi. Regarde vers mon Eucharistie. Tu n’as pas compris ma Croix ? Alors, écoute encore une fois ce que j’ai dit sur la Croix : J’ai soif ! Oui, j’ai soif de toi. J’ai soif de toi. J’ai cherché quelqu’un pour combler mon amour et je n’ai trouvé personne. Sois celui-ci. J’ai soif de toi – de ton amour. »
Bienheureuse Mère Teresa (1910-1997), extrait de son Testament spirituel.

En ce mois d’octobre, le mois où nous prions particulièrement pour la Mission, comment ne pas faire de liens entre cet évangile et la mission car évangéliser n’est pas réservé aux missionnaires, nous sommes tous appelés à la mission parce que nous sommes tous appelés à donner cet amour qui nous vient du Christ lui-même. Notre paroisse par la prière et la réflexion de beaucoup d’entre vous est entré dans cette dynamique de la Mission depuis l’année dernière.

Les missions, quelle aventure ! voilà qui évoque les grands espaces, les grands saints, les bateaux et les martyrs. Tout cela, cependant, semble appartenir au passé. Sagement rangées dans les livres d’images, les missions nous paraissent aussi lointaine que la conquête de l’Ouest ! Quelle définition de la mission avons-nous ? Premièrement, un missionnaire qui se respecte doit être vieux et arborer la longue barbe. Il porte un chapeau emprunté à une tribu locale, des sandales et parle des dialectes invraisemblables. FAUX ! Qui croirait que tous les paroissiens qui donnent de leur temps pour les groupes de jeunes dans notre paroisse sont des missionnaires ? Qui croirait que la Société St Vincent de Paul présente dans notre paroisse et qui s’occupe des plus fragiles est missionnaire ? Que les enfants qui parlent de leur joie d’aimer le Christ à leurs copains de l’école sont des missionnaires ? Première constatation donc : l’âge et le couvre-chef ne font pas le missionnaire.

Deuxièmement, un missionnaire doit vivre à l’autre bout du monde : Afrique, Océanie, Asie, le choix est vaste. Compter 10 000 kilomètres pour un missionnaire de premier choix ! FAUX ! qui imaginerait que ces couples de chrétiens engagés dans l’équipe baptême, dans l’équipe mariage, dans l’équipe des funérailles de notre paroisse puissent être missionnaires ? Deuxième constatation : le désert spirituel n’est pas forcément loin de chez nous, il est autour de nous et peut-être dans nos cœurs …l’éloignement géographique ne fait pas toujours le missionnaire.

Troisièmement, un missionnaire doit être prêtre et si possible martyr. FAUX ! Qui croirait que les laïcs qui donnent sans compter leur temps, leur joie et leur amour sont également missionnaires ? Les aumôneries dans les collèges, les lycées, les prisons, les hôpitaux vivent de la charité fraternelle de laïcs que le Seigneur envoie en mission. Troisième constatation : point n’est besoin d’être prêtre et martyr pour être missionnaire. Finalement, si l’on y regarde de près, on s’aperçoit vite que chacun de nous possède les qualités requises pour être un missionnaire . Comment concrètement témoignons-nous du Christ ? Un proverbe chinois (rapporté par un lointain missionnaire ?) dit ceci : « Au lieu de maudire l’obscurité, allume une bougie ! ». Nous avons le devoir de rayonner la foi par notre vie et de la proposer ! Etre chrétien c’est d’abord croire cela, être transporté de joie par cette révélation. C’est se plonger dans la Bible avec délectation pour y découvrir toujours mieux à quel point nous sommes aimés… c’est participer avec ferveur et disponibilité aux sacrements et tout particulièrement à la Messe, le sommet de votre vie chrétienne où le Christ se donne à nous par Amour… et c’est cela qu’il nous faut partager en priorité. Ça vaut le coup ! Comment accepter que des millions de nos contemporains ne sachent pas cela ! Ce qui me tracasse c’est que des gens qui vivent à côté de nous ne sachent pas ce qui nous fait vivre, en reste à des visions ritualistes ou moralisantes du christianisme et aillent chercher ailleurs, spécialement dans les sectes, des sources d’eaux vives que nous gardons trop bien cachées…Il va falloir mouiller notre chemise, retrousser nos manches car le Christ nous envoie en Mission !!! Abbé Jérôme Martin