Homélie du dimanche 1e Novembre 2020 Fête de la Toussaint

La foi des Saints

            Quelle foi a animé les Saints que nous fêtons aujourd’hui, quelle foi les a poussés à devenir le visage de Dieu sur la terre ? Pour répondre, je vais reprendre ce que nous disait notre ancien évêque Mgr Feidt qui vient de décéder du Covid et à qui je voudrais rendre hommage en le citant, lui avec qui j’ai passé dix ans à collaborer au sein du Conseil Épiscopal de Chambéry. Il nous disait : la vraie foi, la foi confirmée, la foi qui conduit à la sainteté, « c’est la foi personnelle, la foi communautaire, la foi chrétienne, la foi responsable, et la foi missionnaire ! »

  • Pour marcher vers la sainteté, cultivons une foi personnelle, une foi qui n’est pas seulement un héritage familial ou l’adhésion à une culture ambiante, la culture chrétienne, comme c’était le cas dans la société chrétienne d’autrefois, cette société qui est maintenant totalement laïcisée. Dans ce contexte d’une société de plus en plus laïque, la foi ne peut venir que de nous, de notre choix, d’un choix libre qu’on fait à partir d’une expérience intérieure, l’expérience de Dieu en nous.  Le croyant moderne, c’est celui qui croit parce qu’il ressent et reconnaît Dieu présent en lui et qui s’ouvre à Lui pour se laisser conduire par Lui. C’est ce qu’on fait les Saints. Les Saints ne se sont pas laissés conduire par la culture et l’ambiance de leur époque, au contraire la plupart ont fait rupture avec la culture et l’ambiance de leur temps qu’ils trouvaient dégradé, décadent même, en tout cas infidèle à Dieu. À partir de leur propre expérience personnelle de Dieu, ils ont eu non seulement une foi personnelle mais une spiritualité personnelle, c’est-à-dire un certain style de relation avec Dieu en privilégiant une valeur de l’Évangile ou des Béatitudes : la spiritualité de Saint François de Sales c’est la douce charité ; celle de François d’Assise, c’est l’esprit de pauvreté, la pauvreté de cœur, la première béatitude ; celle de Saint Vincent de Paul, c’est le service des pauvres, la charité active envers les pauvres ; celle de Saint Benoît, c’est « ora et labora »,  la prière et le travail ; celle de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, c’est l’esprit d’enfance ; celle de Charles de Foucauld, l’abandon confiant entre les mains de Dieu ; celle de Saint Ignace de Loyola, c’est la contemplation dans l’action, etc…

Oui, pour marcher sur le chemin de la sainteté, cultivons une foi personnelle et même une spiritualité personnelle en vivant telle ou telle valeur de l’Évangile qui nous rapproche le plus de Dieu !

  • Pour marcher sur le chemin de la sainteté, cultivons une foi communautaire, une foi qui n’est pas une affaire privée qui ne regarde que nous et qu’on garde cachée au fond de nous, mais une foi qu’on partage avec les autres pour nous enrichir de leur propre foi, pour être portés, stimulés par eux. « Un chrétien isolé est un chrétien en danger » : souvent on entend celle parole que le Père Feidt lui-même répétait souvent. Pour vivre une foi communautaire stimulante, il y a au moins deux types d’appartenance qu’on doit vivre : l’appartenance à un petit groupe d’affinités, à une équipe de vie dans le cadre d’un mouvement spirituel, d’un mouvement caritatif, d’une aumônerie, et l’appartenance active à la paroisse qui est l’Église locale, l’Église qui assemble dans un lieu donné les chrétiens de tous âges, de toutes sensibilités, de toutes conditions sociales. Tous les Saints ont eu une vie communautaire et même ont fondé des communautés, des congrégations nouvelles comme les Salésiens, les Franciscains, le Carmel, la Visitation, les Jésuites, etc… Pour avancer vers la Sainteté, marchons avec d’autres, avec une équipe spirituelle, avec notre paroisse, éventuellement grâce à des liens privilégiés avec une congrégation religieuse.
  • Pour macher vers la sainteté, cultivons une foi chrétienne, une foi centrée sur le Christ, une foi qui s’ouvre au Christ, qui se laisse habiter et transformer par le Christ, par la force de son amour en nos cœurs, au point d‘arriver à dire comme Saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ! » Ça c’est le sommet de la sainteté. Les Saints se sont laissés habiter par le Christ vivant en eux au point d’en être le visage, ou un visage particulier. On peut dire par exemple que François d’Assise, c’est le visage du Christ pauvre, Saint Vincent de Paul le visage du Christ Bon Samaritain des hommes et notamment des plus pauvres, Saint Benoît, Saint Bruno, Sainte Thérèse d’Avila, Sainte Catherine de Sienne, le visage du Christ en prière, Saint Thomas d’Aquin et Saint Dominique, le visage du Christ enseignant, Saint François de Sales, le visage du Christ Bon Pasteur, Saint Camille de Lellis, le visage du Christ soignant les malades, Saint François Xavier le visage du Christ envoyant ses disciples porter l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre. Et nous quel visage du Christ cherchons-nous à être ?
  • Pour marcher vers la sainteté, cultivons une foi responsable, une foi qui prend des responsabilités dans l’Église pour la rendre vivante, une foi qui s’engage dans la société pour la rendre meilleure, plus juste, plus fraternelle. Être chrétien ce n’est pas prendre soin de son âme sans s’occuper des autres comme on le chantait autrefois : « Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver ! » Non être chrétien ce n’est pas chercher à sauver son âme mais chercher à sauver celle des autres comme sainte Thérèse de Lisieux le disait : «  Sauver mon âme en sauvant celle des autres ! » Tous les saints ont su prendre leurs responsabilités, en ne se contentant pas de prier, de prendre soin de leur âme, mais en agissant, en fondant des communautés religieuses ou des œuvres sociales pour sauver l’Église et sauver le monde. Saint Benoît a fondé les Bénédictins et par les bénédictins il a évangélisé l’Europe et lui a donné ses racines chrétiennes. Je lisais récemment dans la Croix que des entreprises puisaient encore aujourd’hui dans la règle bénédictine des conseils pour leur management et pour favoriser une dynamique collective. Et puis que de Saints ont été à l’origine des soins médicaux, des hôpitaux, des écoles et œuvres éducatives, des œuvres charitables. Oui les Saints ont pris leurs responsabilités pour rendre vivante et active l’Église et pour transformer la société, à nous de les imiter en étant « tous responsables dans l’Église », c’était le slogan de l’après-concile et en étant tous responsables d’une société meilleure, au lieu d’être dans la critique systématique et la passivité totale comme le sont tant de français aujourd’hui !
  • Pour marcher vers la sainteté, cultivons une fois personnelle, une foi communautaire, une foi chrétienne, une foi responsable, et enfin une foi missionnaire, une foi qui rayonne, une foi qui se donne. Plus on a la foi plus on doit chercher à la donner, non pas en faisant du prosélytisme pour ramener à nous mais simplement parce que c’est une joie de croire. Quand on est joyeux on a envie de partager notre joie. Eh bien si on est joyeux de croire, on aura envie de partager notre joie, ça se fera d’ailleurs naturellement, notre joie nous rendra rayonnants. Saint François de Sales aimait dire : « Un saint triste est un triste saint ! » Dans l’Évangile d’aujourd’hui Jésus a répété : « Heureux ! Heureux ! Heureux… » Si on vit les valeurs de l’Évangile on vivra ce bonheur qui nous fera rayonner la joie de l’Évangile et nous rendra missionnaires automatiquement. Le vrai Saint c’est donc celui qui rend saints les autres par son rayonnement souvent représenté par l’auréole.

Pour marcher sur le chemin de cette sainteté, creusons donc au plus profond de nous une foi personnelle, partageons-la avec d’autres pour qu’elle soit communautaire, centrons-la sur le Christ Vivant, rendons-la agissante par nos responsabilités, rayonnons-la par notre joie de croire.

Amen !

Père René Pichon