Homélie du dimanche 6 Décembre 2020 2e dimanche de l’Avent

Tout au long de ce mois de novembre, les français ont beaucoup polémiqué et revendiqué à partir de ce mot : « l’essentiel ! » Quels commerces sont essentiels ? Quelles activités sont essentielles : la lecture, le sport, les spectacles… sont-ils essentiels ? Les relations sociales sont-elles essentielles, plus essentielles que la santé ? La vie dite normale est-elle plus essentielle que les normes sanitaires ? Enfin, bien sûr, la messe est-elle essentielle puisque certains catholiques ont manifesté publiquement pour dire que la liberté de culte était une liberté plus essentielle que les autres libertés ?

En ce deuxième dimanche de l’Avent, que chacun se pose donc la question, « Pour moi, qu’est ce qui est essentiel dans la vie ? » Et pour répondre qu’il se confronte avec les essentiels de Jean-Baptiste.

  • Pour Jean-Baptiste l’essentiel, ce n’est pas la consommation mais la privation. Même pendant les moments les plus stricts du confinement les supermarchés et les magasins de biens de consommation sont restés ouverts et très fréquentés parce qu’il fallait bien se nourrir, tout le monde a trouvé ça normal et nécessaire parce qu’il faut bien manger pour vivre. Eh bien, Jean-Baptiste n’est pas d’accord : il vit dans le désert où il n’y a aucun commerce, même pas les commerces dits essentiels et au lieu de consommer en veux-tu en voilà, « il se nourrit de sauterelles et de miel sauvage ! », il se prive de tout parce que comme le dira Jésus lui-même au désert : « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ! » Voilà pour Jean-Baptiste la nourriture essentielle : celle qui nourrit l’âme, donc la Parole de Dieu et les valeurs qu’elle nous demande de vivre pour donner à notre vie son sens et sa consistance ! Et nous quelle parole de Dieu, quelle parole de l’Évangile allons-nous vivre durant ce temps de l’Avent ?
  • Pour Jean-Baptiste, l’essentiel ce n’est pas la vie normale mais le désert. La vie normale, c’est la vie remplie d’activités, de va et vient, de rencontres, de bruit, d’agitation… la vie où tout se passe comme d’habitude, comme on a prévu. Pour Jean-Baptiste cette vie normale ne permet pas de rencontrer Dieu parce qu’on est constamment dans l’agitation et le bruit ; pour lui la vraie vie c’est la vie au désert parce que là on entend Dieu dans le silence, le calme, le recueillement, la paix. Non seulement on entend la voix de Dieu mais cette voix crie : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur !… » Pendant ce temps de l’Avent, quels temps de désert allons-nous nous donner ? Quels temps de silence, d’arrêt de toute activité, de méditation allons-nous prendre pour écouter ce que Dieu veut nous dire, nous crier pour qu’on marche sur ses chemins à sa rencontre au lieu de marcher sur les chemins d’une société où Dieu est de plus en plus absent, de plus en plus mis sur la touche ?
  • Pour Jean-Baptiste, l’essentiel ce n’est pas l’apparence, le paraître mais l’être. Le magazine du journal « La Croix » titrait vendredi dernier sur la chirurgie esthétique et analysait les raisons et les moyens de devenir aujourd’hui « plus belles, plus beaux à tout prix », même au prix de la santé. Dans le même sens, nous voyons tous de plus en plus de gens qui se font tatouer parce c’est la mode et qu’on peut ainsi se faire remarquer. L’essentiel dans notre monde actuel, c’est donc l’image qu’on donne, pas ce que l’on est mais ce que l’on paraît. Évidemment Jean-Baptiste est à l’opposé extrême de ce désir de paraître, « Il est vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins », car pour lui l’essentiel c’est d’être, d’être comme Dieu, et pour cela il faut se convertir, changer notre cœur, notre cœur de pierre dur et sec, pour avoir un cœur nouveau, pur de tout péché et de tout mal, rempli d’amour de Dieu et du prochain : « Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. » Pendant ce temps de l’Avent, quelle conversion allons-nous vivre, quel effort de vie allons-nous faire pour vivre les valeurs de l’Évangile qu’on ne vit pas bien, pour être plus aimants, plus joyeux, plus pacifiés, plus croyants, plus confiants, etc ?…
  • Pour Jean-Baptiste, l’essentiel ce n’est pas le plaisir et la fête avec tous ses excès, mais l’ascèse, la discipline de vie, la rigueur de vie, la maîtrise de soi et de sa nature humaine tandis que dans notre société à tous les âges et surtout chez les jeunes pour vivre il faut « se lâcher », se laisser aller à tous les excès, se « désinhiber », s’exciter, boire, fumer, prendre des stupéfiants, etc… J’entendais ces jours des jeunes s’opposer violemment à l’extinction des feux en disant que pour eux l’essentiel c’était la fête, que sans la fête notamment les samedis soirs, ils n’avaient pas l’impression de vivre, du coup ils allaient organiser des fêtes clandestines. Sans vouloir imiter Jean-Baptiste qui pousse l’ascèse dans l’extrême, pendant ce temps de l’Avent, allons-nous accepter les mesures sanitaires qu’on nous impose actuellement comme une ascèse, une discipline de vie nécessaire pour le bien de tous! Pas la peine de chercher d’autres formes d’ascèse cette année sur notre route vers Noël et vers le Nouvel An où l’on va se souhaiter : « Bonne année ! Bonne santé ! »
  • Pour Jean-Baptiste, l’essentiel n’est pas de défendre ses intérêts et sa place mais de s’effacer pour donner la place à plus grand que soi et à ceux qui viennent derrière nous prendre la relève. Tout au long de ces derniers jours, on a vu plein de personnes, de groupes, de corporations, de maires même, rouspéter et manifester pour défendre leurs intérêts en disant qu’ils étaient victimes d’injustices, que leurs droits n’étaient pas respectés, que leur place n’était pas reconnue comme nécessaire à la vie sociale ! Jean- Baptiste lui ne cherche pas à défendre ses intérêts, il ne revendique pas son droit d’être reconnu comme prophète, il ne cherche surtout pas à avoir la place qu’il mérite, il s’efface, il cherche à se faire oublier, il s’abaisse, il se fait pauvre et humble à l’extrême pour laisser la place à plus grand que lui, à plus méritant que lui : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. » Voilà une question bien concrète à nous poser pour ce temps de l’Avent : « dans ma famille, dans mes responsabilités humaines, dans mes engagements associatifs ou paroissiaux, à qui dois-je donner plus de place pour assurer la relève et même à qui dois-je donner ma place pour qu’il y ait un avenir après moi ? »
  • Enfin pour Jean-Baptiste, l’essentiel ce n’est pas la messe, la communion, mais le baptême et même le « baptême de conversion » ! Il y a quelques jours des catholiques ont manifesté publiquement et ostensiblement pour dire que pour eux la messe était essentielle et qu’on n’avait pas le droit de les priver de la communion même pour des raisons de santé publique parce que la liberté de culte était la première de toutes les libertés même dans un état laïc. C’est vrai que la messe est essentielle pour les croyants : personnellement déjà tout enfant j’étais fasciné par la messe et j’allais communier souvent même en semaine pour goûter la présence de Dieu et recevoir la force du Christ, Pain Vivant descendu du ciel. Pourtant, et c’est ce que Jean-Baptiste nous dit aujourd’hui, le baptême est plus essentiel que la messe car on est baptisé une fois pour toutes tandis que si on ne communie pas aujourd’hui, on pourra communier demain… ou dimanche prochain… ou dans quelques jours… on peut donc attendre et la privation, le jeûne spirituel creuse la faim, le désir, donc on communiera mieux dans quelques temps. Le baptême est plus essentiel que la messe car c’est lui qui le premier nous ouvre au Christ et nous lie définitivement à Lui et à son Esprit. C’est lui qui nous permet la conversion, c’est-à-dire de changer de vie, de ne plus vivre seulement une vie humaine, mais une vie divine d’enfants de Dieu. Une fois qu’on a changé de vie, il s’agit de vivre en baptisés et de montrer, de manifester, ce que ça change d’être chrétiens. Pour l’être vraiment, on a besoin de communier, de recevoir le Christ pour qu’il nous aide à vivre comme lui de sa propre vie. La communion n’est donc pas un acte de piété ni une nourriture magique, c’est la nourriture des baptisés, le pain qui donne l’amour et la force de vivre notre baptême dans toute notre vie ordinaire et de manifester par notre manière de vivre que le Christ vit en nous. Voilà pour quelle manifestation les chrétiens doivent se mobiliser : pour dire que la messe est essentielle peut-être, mais surtout pour dire que le baptême, vivre en chrétien toute notre vie c’est encore plus essentiel ! Et cela est possible grâce à celui qui nous baptise dans l’Esprit Saint comme le proclame Jean-Baptiste. Alors pendant ce temps de l’Avent, que l’Esprit Saint nous aide à vivre un peu mieux en baptisés et non pas comme tout le monde en suivant les penchants de notre nature humaine : « Oui viens Seigneur Jésus, viens nous donner ton Esprit pour nous faire vivre de ta vie et te manifester au monde. »

Amen !

Père René Pichon