Solannité du Saint Sacrement, le 30 mai 2016

On ne peut comprendre la messe que si on sait ce que c’est que d’aimer, de donner sa vie pour l’autre et communier cela change tout !! Posons-nous cette question en ce jour où nous fêtons le  Corps et le Sang du Christ, la fête du St Sacrement  : qu’est-ce qui nous fait vivre ? Bien sûr, il faut manger et boire mais aussi respirer, bouger. Et surtout les enfants, nous avons besoin d’être aimé par nos parents …bonne fête à toutes les mamans ! Et bien avec Jésus, c’est un peu la même chose… » Qui mange ma chair demeure en moi  » nous dit-il. Autrement dit, en communiant, nous demeurons en Jésus. Le Christ nous alimente de son amour, de sa paix, de son pardon et alimente notre foi. Et nous, on vient lui apporter toutes nos demandes, nos peurs, nos joies pour qu’il les transforme. Oui, la messe est le plus grand transformateur, c’est un transfo car en faisant Alliance avec nous, Jésus nous transforme par son Amour infini ! Sans cette communion, nous risquerions de faire de l’anorexie spirituelle, d’être sous-alimentés spirituellement, de nous assécher, de nous couper de notre Source qui est le Christ et qui nous donne rendez-vous à chaque Eucharistie.

Communier nous invite à nous poser une question essentielle : quel regard ai-je sur Dieu ? Qui est Dieu pour moi ? Le Père Stan Rougier, qui est aumônier de jeunes et prédicateur de retraites, faisait part dans un de ses livres (Les rendez-vous de Dieu, Presses de la Renaissance, Paris, 2000, page 173) de ce témoignage très personnel : « je revois le petit enfant que j’étais à huit ans, un enfant très timide et qui n’aimait pas grand chose, incapable d’inspirer un intérêt quelconque, de trop ! Et l’on m’annonça que le Christ venait me rendre visite pour ma 1ère Communion. En sortant de l’église, ce matin de printemps, je pus marcher la tête haute. Cette 1ère Communion fut pour moi un « permis d’exister ». C’est Dieu qui m’aimait. L’Eucharistie ! Mystère tellement fabuleux ! Merveille qui nous coupe le souffle et nous laisse balbutiants, sans voix, aveuglés comme la chouette par trop de lumière. Un homme raconte qu’il avait fait tant de choses graves dans sa vie que lorsqu’il rencontrerait le Seigneur, il était certain, disait-il que Dieu voilerait son regard devant l’horreur de sa vie. C’était fini ! Dieu ne pouvait plus rentrer dans sa vie, il s’était voilé les yeux. Un jour, quelqu’un lui a lu ce passage du prophète Isaïe : « j’ai gravé ton nom dans la paume de mes mains ». Alors il s’est dit : « Même si Dieu avait voulu voiler son regard devant l’horreur de ma vie, il a mon nom devant ses yeux sans cesse ». Et par cette espérance de son nom gravé dans la paume des mains de Dieu, il a pu renaître ! Mes amis, à chacun le Seigneur adresse cette parole : « j’ai gravé ton nom dans la paume de mes mains » ! Tiens, vous avez remarqué les vitraux à l’intérieur ? Des couleurs comme ça, il n’y a que l’arc-en-ciel qui peut faire concurrence ! Et encore …lui, il ne dure que quelques instants. Les vitraux, si vous les regardez à présent de l’extérieur, vous ne les remarquez même pas, tellement ils sont gris ! C’est au-dedans que l’on perçoit la vérité radieuse, multicolore. Les gens, c’est un peu pareil : si tu t’arrêtes à l’extérieur, si tu les croises sans véritablement les regarder, tu ne remarques même pas la couleur qu’ils ont en eux. Pour les voir dans l’éclat de leur beauté, dans leur pleine lumière, tu n’as pas le choix : il faut les percevoir de l’intérieur, il faut les imaginer ! Une personne, c’est un peu comme une église, dedans, il y a plein de choses sacrées. Nous avons tous du soleil derrière le vitrail de nos yeux et communier, c’est accepter de faire un peu de place à Jésus pour qu’il vienne faire de notre corps une église, un lieu sacré ! N’est-ce pas merveilleux !

La communion, c’est Jésus l’aimant qui se donne à son aimé, et l’aimé, c’est toi, c’est moi, il se donne pour faire grandir, pour réconforter, pour consoler, pour extirper le mal, pour donner la capacité de se donner !!! Un Père de l’Eglise dans les premiers siècles du christianisme écrivait :  « quand tu vas communier, ouvre ta bouche ou tes mains avec un grand respect comme si tu y recevais une pièce d’or ». Et ce que vous recevez est combien plus précieux qu’une pièce d’or car c’est le Corps de Jésus ! Communier, cela nous engage, cela doit se manifester dans la vie. Cela doit se voir dans la capacité à pardonner. Cela doit se manifester dans la disponibilité à partager. Cela doit se manifester dans l’engagement envers le prochain. Nous ne pouvons pas, par exemple, abandonner les personnes âgées à leur solitude, nous ne devons pas passer à côté de ceux qui souffrent. Si nous pensons et si nous vivons dans la communion avec le Christ, alors nos yeux s’ouvriront. Alors nous ne nous contenterons plus de vivoter, préoccupés seulement de nous-mêmes, mais nous verrons où et comment nous sommes nécessaires. En vivant et en agissant ainsi, nous nous apercevrons bien vite qu’il est beaucoup plus beau d’être utiles et d’être à la disposition des autres que de se préoccuper seulement des facilités qui nous sont offertes. Montrez-le aux hommes, qui attend justement ce témoignage des disciples de Jésus Christ et qui, surtout par votre amour, pourra découvrir l’étoile que, comme croyants, nous suivons.

En vous voyant, je vois des jeunes, des adultes …et vous savez ce que cette image me rappelle, elle me rappelle que l’Euro de foot va bientôt commencer mais aujourd’hui nous ne sommes pas réunis autour d’un ballon mais autour du Christ Ressuscité. Le foot nous rappelle qu’on ne peut triompher qu’en s’appuyant sur les autres. S’ils avaient joué au foot, les disciples du Christ l’auraient appris : c’est l’équipe qui compte, l’action de l’un n’a de sens que rapportée à celle de tous ! Ils ont tout de même formé une redoutable équipe les disciples de Jésus : un entraîneur hors pair (Jésus), 12 joueurs (onze sur le terrain et un remplaçant), de l’énergie à revendre. Avec comme attaquants : Pierre et Thomas, Jean à la défense, Matthieu dans les buts (encaisser, il sait faire). Cette équipe, c’est notre communauté chrétienne : elle est imbattable car avec le Christ, nous sommes assurés de gagner à coup sûr !

Père Jérôme Martin