13ème dimanche du Temps Ordinaire

Jésus s’était-il lever du pied gauche ce matin-là ? En effet, d’après les lectures de ce jour, le Christ pointe du doigt les gens qui vivent leur vie en regardant toujours en arrière. Il nous attend dans la construction de nos vies, c’est-à-dire le regard tourné vers l’avenir, vers demain. Il nous convie à ne pas nous enfermer dans le passé. Les différentes images fortes utilisées par le Christ en disent long :  » laissez les morts enterrer leurs morts  » ou encore  » celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu « …ces phrases sont dures mais ces images sont à prendre au second degré, bien sûr. Voulons-nous être des entêtés qui n’acceptons pas de mourir à leur passé pour laisser naître d’autres projets ou désirons-nous écrire nos vies avec l’encre de Dieu c’est-à-dire tourner vers demain ? Aujourd’hui, des membres de notre communauté vont recevoir ce Sacrement des Malades : c’est un Sacrement qui donne l’Espérance. Vous qui vous posez peut-être la question : « où es-tu Dieu lorsque je souffre, lorsque je ressens le poids de l’âge ? », certains jours, on a toutes les raisons de baisser les bras et pourtant on continue quand même, à vivre ou à essayer de vivre. D’où vient cette force ? Où la puise-t-on alors même que l’on en a plus ? C’est l’Espérance que Dieu nous donne. Dieu vous dit à travers ce Sacrement des Malades : « je suis avec toi. Plus que jamais je suis à tes côtés. Je veux te donner ma force, mon courage, ma patience. Je veux essuyer les larmes de tes yeux et te tenir la main ».

Pour mieux comprendre ce que nous dit le Christ aujourd’hui dans l’Evangile et dans ce Sacrement des Malades, je vais vous raconter la parabole des 2 sentinelles : « il était une fois un prince d’une lointaine province, immensément riche et puissant, qui décida un jour de s’adonner à la quête de la seule chose qui lui manquât : le bonheur . Il commença par clouer l’aiguille de son baromètre sur beau fixe et à immobiliser la girouette, car lorsque cette dernière était mal tournée, il devenait lui-même de fort méchante humeur. En vérité, il avait remarqué à quel point l’homme est sensible aux états d’âmes, ces climats intérieurs qui décident de notre bonheur ou de notre mauvais sort, et il était bien décidé à mettre toutes les chances de son côté. Puis il recruta 2 augures, réputés pour être les plus talentueux oracles du royaume, l’un pour son inspiration très spontanée, l’autre pour sa sagesse et la lucidité de ses prophéties. Les 2 augures se présentèrent le jour dit et le Prince les accueillit dans son for intérieur. « On m’appelle l’Espérance », dit gaiement la première créature et à son air enjoué sans raison, le Prince avait quelque raison de penser qu’il avait affaire à une illuminée. « On m’appelle la Crainte », dit l’autre en tressaillant et ses yeux hagards portaient les signes de l’anxiété. Dès qu’il les vit, le Prince fut surpris de constater à quel point les 2 augures qu’on lui avait recommandés étaient différents l’un de l’autre. « Pourquoi es-tu verte, toi ? » « Parce que je suis l’Espérance ! » pouffa la première sur un ton d’évidence. « Et toi, pourquoi es-tu bleue ? » « Oh ! Je tiens ça de ma mère, qu’on appelle la peur … ». Le Prince leur donna le titre honorifique de faiseurs de l’Etat d’âme et en fit ses 2 sentinelles dévouées dont la mission était de veiller sur ses sentiments en se relayant de jour comme de nuit. Elles faisaient la pluie et le beau temps dans le cœur de leur maître mais voilà ses sentinelles apportaient des informations contradictoires qui le troublaient au point qu’il ne savait plus trop à quoi s’en tenir ni à quel sentiment se vouer. Face au même évènement, l’une des sentinelles encourageaient ses élans et attisait ses rêves de bonheur et de sérénité tandis que l’autre ne cessait de le contaminer de doute, et d’entretenir en lui la fièvre de l’incertitude. Ainsi l’Espérance lui lançait avec fougue : « vois comme il fait beau ! vois comme tout est à la fois simple et sublime sous le soleil ! Qu’attends-tu pour être heureux ? La vie est comme une mère qui te tend les bras. Je vais convertir ton cœur à l’enthousiasme et à la ferveur. » Portée pour le moins à tempérer les excès de sa cousine, car l’une et l’autre était cousine, la Crainte tirait le Prince par la manche afin d’attirer sa vigilance sur les probables maléfices que pouvait dissimuler cette clémence momentanée des cieux : « il fait beau certes, mais ça ne va pas durer. Quand tout semble au beau fixe, méfie-toi : cela cache toujours quelque chose. Rien d’éternel sous le ciel, et ce qui est aujourd’hui peut très bien ne plus être demain ». Le jour où un violent orage vint à éclater dans le cœur du Prince, la Crainte lui annonça sur un ton victorieux : « je te l’avais bien dit. J’ai toujours raison ! » Le Prince convoqua expressément l’Espérance et lui demanda avec autant de dépit que de sévérité : « Pourquoi m’as-tu menti ? » L’Espérance sourit : « Homme de peu de foi ! Certes, après le coup de foudre vient l’orage mais ensuite, le ciel devient pur et lumineux, simplement, il faut savoir attendre la fin de l’orage. Si chacun s’enferme chez soi parce qu’il craint la pluie alors les saisons passent de façon monotone, chacun reste à l’abri des plus beaux états d’âme. Et l’on meurt sans avoir goûté la saveur de la vie ! ». « Ne l’écoute pas, rétorqua la Crainte. La vie est comme une fontaine : elle pleure toujours ! ». L’Espérance rectifia : « la vie est comme une fontaine : elle chante toujours. Il suffit de savoir l ‘écouter ! » Crainte remarqua le Prince, cela rime avec complainte et Espérance avec enfance. Le Prince décida d’accorder un peu moins de crédit à la Crainte. « Les meilleurs choses ont une fin, dit le Prince, mais elles ont aussi un commencement. Alors commençons enfin à être heureux ! Il rendit sa liberté à l’aiguille du baromètre. Le lendemain, le Prince connut sa première vraie journée de bonheur : tout était maussade et sombre autour de lui et sous le ciel mais son cœur était resté au beau fixe. Il avait décidé d’employer l’Espérance à temps complet et d’en faire la sentinelle exclusive de son Etat d’âme. La Crainte partit en soupirant mais n’eut guère de mal à retrouver du service, car en dépit de sa mauvaise réputation, elle était très courtisée par les hommes …

Notre bon Prince compris vite que l’Espérance était un don de Dieu envoyé par l’Esprit-Saint…chacun est appelé à faire des choix nous dit le Christ dans cet Evangile : à regarder que le passé et à craindre pour l’avenir ou au contraire accepté d’accueillir en soi cette Espérance, don de Dieu, cette Espérance inébranlable qui nous pousse en avant au cœur même de nos épreuves ! A nous de prendre le bon chemin !

Père Jérôme Martin