17ème DIMANCHE du Temps Ordinaire –Année C-

Certains racontent qu’entre Dieu et les hommes il est question de domination : « Dieu est en haut, les hommes sont en bas, Dieu donne les ordres, les hommes exécutent » ! D’autres colportent des idées de commerce entre Dieu et les hommes : « Dieu est sensible aux sacrifices, les plus éprouvants si possible et pour attirer son attention il faut lui présenter de l’argent et des prières ». Comme si on pouvait acheter Dieu ! D’autres prêchent qu’entre Dieu et les hommes tout se passe comme au tribunal : « il est le Juge et il vaut mieux éviter la moindre erreur » ! …et pourtant Jésus vient et il appelle Dieu : « Père » ! Et Jésus nous révèle que ce Dieu est également Notre Père, il nous le fait comprendre dans cette prière qu’il nous offre : tout ce qui se disait jusque là sur le visage de Dieu est jeté dans la poussière et renversé ! Notre Dieu, révélé par Jésus le Christ, par son propre Fils, est un Père qui se passionne pour nous, qui s’engage pour l’homme, bouscule les convenances.

Durant ces semaines estivales, je redécouvre des figures , des témoins du Christ qui ont marqué nos régions, qui ont remonté le Rhône, voilà 18 siècles. Qui étaient-ils donc, ces hommes et ces femmes remontant ce fleuve et cette vallée au fil des siècles, et dont nous sommes les héritiers ?des guerriers ? mais pour quelle conquête ? des marchands ? mais pour quel négoce ? des financiers ? mais pour quelles richesses ? Non ! Ils avaient seulement découvert un trésor et ils étaient habités par une passion : partager ce trésor. Leur vie avait été bousculée, fascinée, transfigurée : ils avaient trouvé la perle sans prix : le Christ qui nous révèle le vrai visage de Dieu Père. La folie douce les avait saisis, de celui qui sait qu’il a trouvé .Se lève alors la race des pèlerins, des randonneurs, des porteurs de faire-part. De saint Paul à saint Irénée, de St François de Sales à Camille Costa de Beauregard et à ceux d’aujourd’hui. Folie douce de ceux qui ne savent plus qu’une chose ; il faut partir, il faut prendre la route, partager la Bonne Nouvelle ! Ces marcheurs de Dieu, ces partageurs de trésor, sont soulevés par une passion. Ils savent que ce monde, en dépit des apparences, n’est ni absurde, ni condamné. Ils savent que tout jaillit d’une tendresse, celle d’un Dieu Père passionné pour ses enfants bien-aimés que nous sommes, faisant de toute souffrance un accouchement. C’est l’homme qui, trop souvent, est absurde et qui se condamne. Ils savent que le pire n’est pas toujours sûr, et que le meilleur est souvent possible. Alors, qu’ils se lèvent aujourd’hui ces partageurs de trésor ! Qu’ils secouent ce monde triste où le désenchantement est de règle, où tout est dû parce qu’au fond plus rien n’a vraiment de prix, où les moyens de vivre sont confondus avec les raisons de vivre. Plus rien n’est vraiment important. « Je hais ce monde de toute mon âme, disait déjà Saint-Exupéry, on y meurt de soif ». Bonjour tristesse, oui ! Plus de raisons de vivre, pas de sens, toute quête est vaine ! Hors le fric, tout est fable et mirage. Tous vos beaux discours sur la foi, l’espérance et la charité : fable et mirage. C’est trop beau pour être vrai. Illusions d’un homme qui s’invente des consolations parce qu’il a peur de la vie et de la mort. Ecoutez cette histoire : Un homme s’était perdu dans le désert, et l’ardeur du désert le déshydratait peu à peu. C’est alors que dans le lointain, il aperçut une oasis :Ah, c’est un mirage, pensa-t-il. On me l’avait dit. C’est un miroitement qui se joue de moi. Il vit les palmiers. Il vit l’herbe et la source. Et le pauvre homme gémit : c’est la soif qui me fait délirer et qui induit en erreur ma pauvre tête. Il entendit l’eau qui coulait : voilà mon oreille hallucinée, pensa-t-il. Mais que la nature est donc cruelle ! Quelques temps plus tard, passant par là, deux bédouins le trouvèrent mort. Comprends-tu cela ? demande le premier au second, les dattes sont presque à la portée de sa bouche, l’eau coule à côté de lui, et il est mort de soif ! Et l’autre répondit : Oui, je comprends, c’est un homme moderne !

« Le nouveau millénaire, rappelait le Pape François, a commencé avec deux événements contradictoires : celui de la foule des pèlerins venus à Rome au cours du grand Jubilé pour franchir la Porte sainte qui est le Christ, Sauveur et Rédempteur de l’homme ; et celui du terrible attentat terroriste de New York, icône d’un monde dans lequel semble prévaloir la dialectique de la haine. La question qui se pose est dramatique : sur quelles fondations faut-il construire l’existence de notre humanité ? Sera-t-il suffisant de parier sur la révolution technologique en cours, qui semble être guidée uniquement par des critères de productivité et d’efficacité, sans référence aucune à la dimension religieuse de l’homme et sans un discernement éthique ? Est-il juste de se contenter de réponses provisoires aux problèmes de fond et de laisser la vie aux prises de pulsions instinctives, de sensations éphémères, d’enthousiasmes passagers ? La question se pose à nouveau : sur quelles bases, sur quelles certitudes édifier son existence ? Alors, si ce n’est pas un mirage, elle est où, cette oasis, il est où, ce trésor, elle est où, cette source ? Cette source, elle nous vient des siècles et elle jaillit en chacun de nous. Elle vient des siècles comme un torrent qui charrie le meilleur et le pire, de la boue et des pépites d’or. L’Eglise est peut-être un vieux tuyau rouillé, mais c’est par ce vieux tuyau rouillé que l’Eau Vive de l’Evangile est venue jusqu’ à nous. La source, elle est aussi en moi, en toi. Plonge pour découvrir la perle précieuse, plonge profond ! Creuse ton puits, et l’eau jaillira, cette eau vive dont Jésus a dit :Qui croit en moi, des torrents d’eau vive jailliront de sa poitrine, de son ventre. Porteurs de trésor, lumière du monde, sel de la terre. Quelle prétention ? et pourtant, oui, nous le sommes ; mais nous portons ces merveilles dans les vases fragiles que nous sommes. Héritiers modestes, mais jusqu’à la fin des temps, nous sommes les mains et le coeur de Dieu !