21ème Dimanche du Temps Ordinaire – ANNEE C –

L’audimat, voilà une expression bien contemporaine. L’audimat est la frayeur de tous les présentateurs et animateurs de radio et de télévision. Vous pouvez être excellent dans votre profession mais si l’audimat ne suit pas, vous passez à la trappe. Et pourtant l’audimat est malgré tout quelque chose de naturel. Toutes et tous, lorsque nous faisons quelque chose, nous aimons savoir comment cela a été reçu par les autres, nous aimons être apprécié. Peut-être parce que parfois nous confondons le fait d’être apprécié avec le fait d’être aimé. En tout cas, à la lecture de l’évangile, s’il y en a bien un qui n’en à rien à faire de l’audimat. C’est Jésus.

Jésus ne semble absolument pas préoccupé du nombre d’adhérents ou de spectateurs. En fait, ce qu’il attend de nous, même deux mille ans plus tard, c’est que nous croyons. Croire, c’est-à-dire faire confiance à ce qui peut sembler impensable, inimaginable. Croire sans jamais avoir la prétention de tout comprendre, de tout saisir. Croire pour reconnaître qu’il est le Fils de Dieu, ayant les paroles de la vie éternelle, le Saint, le Saint de Dieu. Et cette foi, nous dit Jésus, elle ne vient pas de nous. Elle nous a été donnée par le Père. Nous avons la liberté soit de le refuser, soit d’entrer dans ce mystère mais à notre rythme. La porte étroite, quelle est-elle ? C’est celle par laquelle Jésus a accepté de passer. Il est venu réveiller la Loi de l’Amour qui sommeillait au fond des cÅ“urs mais il a été rejeté. Ils l’ont chassé du monde en le mettant à mort. Il est ressuscité ! La vie plus forte que la haine ! C’est maintenant que nous pouvons décider si nous voulons être avec lui dans l’éternité mais Dieu ne nous sauvera pas sans nous ! L’être chrétien comporte plusieurs phases. Puissions-nous ne pas en rester à la première… Nous commençons en général par la phase « chrétiens consommateurs ». Certains sociologues les appellent les « chrétiens à quatre roues » : les quatre roues de la poussette qui les amène à l’église pour le baptême. Les quatre roues de la voiture qui les amène pour la communion. Les quatre roues de la voiture magnifiquement décorée pour le mariage. Et les quatre roues du corbillard. Si les apôtres et les chrétiens martyrs avaient été des « chrétiens à quatre roues », on ne parlerait plus de Jésus depuis l’an 33 et nous serions des Gaulois qui auraient peur que le ciel nous tombe sur la tête ; les prêtres seraient des druides qui cueilleraient du gui pour essayer d’échapper aux colères des dieux. Un jour un enfant me dit : « Être chrétien ce n’est pas seulement savoir que Dieu existe, mais c’est savoir que j’existe pour Dieu. » Croire que Dieu existe, c’est une chose. Mais que moi, petit grain de sable parmi des milliards, j’existe pour Dieu, c’est véritablement incroyable. Les enfants comprennent très bien l’expression. Quand on leur demande : « Pour qui existes-tu ? », ils répondent immédiatement : « Pour ma maman »

Et lorsque on les interroge : « Qu’est-ce que cela veut dire ? »

Ils répondent « Qu’elle m’aime… Qu’elle s’inquiète pour moi. »

Dieu me connaît par mon prénom. Il m’appelle par mon prénom. Incroyable, mais vrai ! Voilà ce qu’est un disciple de Jésus.

Et puis, il y a à devenir chrétien apôtre. Cette bonne nouvelle, il veut la transmettre. Pourquoi est-ce si important d’être à la fois disciple de Jésus et apôtre de Jésus ? Paul RicÅ“ur, philosophe chrétien décédé au printemps 2005, disait que les fleurs qui sont dans un vase sur la table n’ont aucune différence avec celles qui sont encore au jardin. Sauf une, très grande : elles sont en train de mourir. Aujourd’hui, on nous parle beaucoup des valeurs chrétiennes. Mais si elles sont coupées de leur source, de l’eucharistie, de ce Pain de Vie que le Seigneur nous donne et de Sa Parole, combien de temps tiendront-elles ?

Seigneur, fais que tous les chrétiens consommateurs deviennent un jour tes disciples et tes apôtres pour que ton Évangile fasse fleurir cette génération.

Lettre de sÅ“ur Marie-Pierre à Bernard Thibault, Secrétaire Général de la CGT – Publiée le 18 avril 2002 dans le journal L’Humanité.

Monsieur, Religieuse cloîtrée au monastère de la Visitation de Nantes, je suis sortie, le 19 juin, pour un examen médical. Vous organisiez une manifestation. Je tiens à vous féliciter pour l’esprit bon enfant qui y régnait. D’autant qu’un jeune membre de votre syndicat m’y a fait participer ! En effet, à mon insu, il a collé par-derrière sur mon voile l’autocollant ci-joint, après m’avoir fait signe par une légère tape dans le dos pour m’indiquer le chemin. C’est donc en faisant de la publicité pour votre manifestation que j’ai effectué mon trajet. La plaisanterie ne me fut révélée qu’à mon retour au monastère. En communauté, le soir, nous avons ri de bon cÅ“ur pour cette anecdote. Je me suis permis de retraduire les initiales de votre syndicat : CGT : Christ, Gloire à Toi ! Que voulez-vous, on ne se refait pas… Merci encore pour la joie partagée. Je prie pour vous. Au revoir, peut-être, à l’occasion d’une autre manifestation. SÅ“ur Marie-Pierre

La réponse de Bernard Thibault :

Ma sÅ“ur, Je suis persuadé que notre jeune camarade, celui qui vous a « indiqué le chemin », avait lu dans vos yeux l’humanité pure et joyeuse que nous avons retrouvé dans chacune des lignes de votre lettre. Sans nul doute, il s’est agi d’un geste inspiré, avec la conviction que cette pointe d’humour « bon enfant » serait vécue comme l’expression d’une complicité éphémère et pourtant profonde. Je vous pardonne volontiers votre interprétation originale du sigle de notre confédération car nous ne pouvons avoir que de la considération pour un charpentier qui a révolutionné le monde.

Avec tous mes sentiments fraternels, et chaleureusement.Bernard Thibault

Le Christ nous invite aujourd’hui à décider de ce que nous en faisons de cette foi. Il attend de nous une réponse. Ici, il n’est plus question de sentiments, d’audimat mais bien de conviction personnelle malgré des doutes pouvant surgir à tout moment. Ce choix nous conduit au coeur de notre liberté parce que la foi n’est pas quelque chose qui s’emprisonne ou qui nous emprisonne. As-tu, Seigneur, les paroles de la vie éternelle ? Croyons-nous que tu es le Saint, le Saint de Dieu ? Nous ne pouvons répondre que dans l’intime de notre cœur !