28ème DIMANCHE du Temps Ordinaire – Année C –

ll y avait dix lépreux, exclus et rejetés par la société. Attention : contagieux !

Au temps de Jésus, dans la pensée juive, la maladie était signe du péché. Celui qui est malade est déclaré impur. Il est de ce fait temporairement exclu de sa communauté. En raison de son aspect horrible et hideux, la lèpre, toujours dans la pensée juive de l’époque de Jésus, est presque l’expression la plus forte du péché. Ces dix lépreux sont tenus en dehors, à l’écart de la vie sociale. Ils sont « excommuniés » C’est d’ailleurs à distance qu’ils s’adressent à Jésus et s’écrient : « Prends pitié de nous ». Jésus ne supporte pas que la Loi, celle de Dieu son Père, soit ainsi détournée de son vrai but. La loi divine est une loi d’alliance. Elle est promulguée pour rapprocher les hommes de Dieu et les rapprocher entre eux. Et voici que dans les faits, cette loi condamne, exclut ceux qui ne peuvent supporter ses exigences. C’est pourquoi Jésus guérit les lépreux, au nom même de son Père.

Au temps de Jésus, il y avait dix lépreux, rejetés par tous. Et aujourd’hui, dans notre société actuelle, je vois tant d’exclus : personnes âgées isolés, chômeurs de longue durée, enfants abandonnés, drogués en perdition. Et que dire de ceux qui n’existent même pas à nos yeux, rejetés dans l’oubli et l’indifférence.

Au temps de Jésus, il y avait dix lépreux exclus par leur Eglise. Prenez garde, pécheurs ! Et je vois aujourd’hui, tous ceux que notre Eglise exclut elle aussi : celles et ceux que nos lois, nos exigences morales, nos rigueurs actuelles tant de fois répétées sur la vie du couple, sur les chrétiens qui doutent et qui cherchent un sens à donner à la vie, sur les théologiens qui parlent autrement. Et je me dis qu’au nom de Dieu son Père, Jésus aujourd’hui les guérirait encore, au risque même de le payer encore cher. Les prêtres et les lévites de Jérusalem, les docteurs de la loi juive l’ont considéré comme un lépreux, comme un pécheur, un scélérat, un contagieux. Ils l’ont chassé de la ville sainte, accroché à une croix. Cela rejoint bien ce que disait notre Pape François dans la grande interview qu’il a donné aux revues jésuites du monde entier : « je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin l’Eglise aujourd’hui, c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le cÅ“ur des fidèles, la proximité, la convivialité. Je vois l’Eglise comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol et si son taux de sucre est trop haut ! Nous devons soigner les blessures …il faut commencer par là ! L’Eglise s’est parfois laissé enfermer dans des petites choses, de petits préceptes. Le plus important est la première annonce : « Jésus-Christ t’a sauvé » (…) Comment traitons-nous le peuple de Dieu ? Je rêve d’une Eglise mère et pasteur. Les ministres de l’Eglise et tous les chrétiens doivent être miséricordieux, prendre soin des personnes, les accompagner comme le bon Samaritain qui lave et relève son prochain. Les réformes structurelles ou organisationnelles sont secondaires, c’est-à-dire qu’elles viennent dans un 2ème temps. La première réforme doit être celle de la manière d’être ! » : écoutons l’appel de notre Pape et que cet appel rejoigne notre cÅ“ur : que notre communauté paroissiale, au nom de Jésus le Christ, sache être cet hôpital de campagne qui soigne, relève et réchauffe le cÅ“ur des blessés de la vie ! C’est un appel pour chacun, jeunes et adultes !

L’Abbé Pierre disait volontiers à ceux qu’il voyait perdre goût à la vie  : « donne, donne tout ce qu’il y a en toi, arrête de regarder ton nombril, regarde plutôt le visage de celui qui attend ta présence » ! La mauvaise humeur, nous le savons, est un virus terrible, une véritable lèpre qui se propage à toute vitesse et qui donne naissance à toutes sortes de maladies. Ca finit par tuer notre esprit d’émerveillement : si tu n’as plus de lumière dans le regard, c’est comme si tu n’avais plus de vie. Cet esprit d’émerveillement, tu ne peux pas non plus l’inventer, par contre tu peux le trouver et c’est le Seigneur qui te le donnera dans son eucharistie, dans la Source de son Amour qu’il veut te transmettre : alors viens à cette Eucharistie dont tu as tant besoin ! C’est drôle, les gens, ils ont peur de perdre la tête. Mais ils n’ont jamais peur de perdre le cÅ“ur, alors que c’est surtout ça qui nous menace. Les gens se donnent beaucoup de mal pour décider de tout. Bilan ? Leur énergie, à force de la dépenser, au bout d’un moment, elle finit par s’user. Alors comme pour une pile, il faut la recharger, autrement ils finissent par s’épuiser complètement. Alors viens à la messe pour recharger tes batteries car l’eucharistie, c’est être branché sur Jésus. Oui, l’Eucharistie, c’est gratuit et cela fait beaucoup de bien car le Christ veut donner du goût à notre vie et nous redonner un cÅ“ur neuf, un regard renouvelé ! Dans son livre bouleversant Sans yeux et sans mains, où il raconte comment il a surmonté le grand malheur de perdre non seulement ses deux yeux mais aussi ses deux mains, à la bataille d’El Alamein, à dix-huit ans, Jacques Lebreton raconte un fait de guerre : « En 1943, dans un village de Bretagne, les résistants avaient détruit un transformateur. Aussitôt, les Allemands arrê­tent tous les hommes de la région – ils étaient trois cent cin­quante et un – et les enferment dans deux granges. Ils disent que si le coupable ne se dénonce pas dans l’heure, ils mettent le feu aux bâtiments. Le coupable est-il parmi les prisonniers ? Ce n’est pas leur problème. Au bout d’un certain temps, on voit un homme (et tous les autres savaient qu’il était innocent), deman­der à sortir et se dénoncer. Il connaissait le sort qui l’attendait. Il fut pendu sur la place du village. Mais il sauvait la vie de trois cent cinquante autres. » Jacques Lebreton conclut : « La messe, c’est ça. Mais celui qui s’offre en sacrifice, c’est le Christ. Et nous qui ne sommes que de pauvres types,  bien fragiles, il nous invite à le suivre car Il s’offre pour nous sauver : nous sommes tant aimés de Dieu qu’Il vient nous guérie de toutes nos lèpres à chaque Eucharistie ! »               Père Jérôme Martin