29 ème DIMANCHE du Temps Ordinaire –ANNEE C-

Quand Jésus raconte cette parabole, ce n’est pas d’abord pour dénoncer le comportement de certains magistrats. Ce qui l’intéresse, c’est la prière insistante de cette veuve. Et surtout Jésus veut nous rappeler que Dieu n’est pas comme ce juge dont il parle. Il est même tout le contraire. Aucune de nos prières n’est perdue devant lui. Si le Christ nous demande d’insister dans la prière ce n’est pas pour mieux capter l’attention de Dieu ni pour lui faire connaître nos besoins ou nos revendications. Dieu lui-même sait très bien ce qu’il nous faut avant que nous le lui disions. Alors, me direz-vous, à quoi ça sert la prière ? En fait, nous ne prions pas pour que ça serve à quelque chose mais parce que nous aimons le Seigneur et que nous voulons le lui dire. Si nous nous tournons vers Dieu, c’est pour lui manifester notre confiance. La prière de la veuve semble perdue d’avance. Nous comprenons bien qu’elle ne fait pas le poids face au pouvoir du juge. Et pourtant, elle prend le risque de l’importuner. Pour comprendre cela, il faut se rappeler qu’à l’époque, la situation des veuves était vraiment dramatique. Elles n’avaient aucun soutien financier. Pour elles, il n’y avait pratiquement pas de justice. La prière de cette femme est donc un cri de profonde détresse. Cette veuve est devenue un exemple pour ceux et celles qui aujourd’hui, n’ont pas la parole, ceux et celles qui sont dépendants des autres. Ils sont nombreux tous ceux dont les besoins ne sont pas pris en compte. Pourtant, nous dit le Christ, personne n’est trop petit pour s’adresser à Dieu. La réponse de Dieu dans la prière implique un engagement concret de notre part. La veuve de l’évangile a multiplié les démarches. Elle n’a pas baissé les bras !

Lorsque j’écoute cet Evangile où Jésus nous parle de cette veuve qui n’a pas baissé les bras, je pense spontanément à cette personne que j’ai rencontré un jour …Elle avait tout pour être heureuse et d’ailleurs elle l’était. Il y a quelques mois, cette personne s’en est allée sur la pointe des pieds, trop tôt. Mais elle était tellement sereine, en paix, avec elle-même et avec Dieu malgré le fait qu’elle aurait aimé voir la vie, sa vie continuer. C’est un soir d’automne que la nouvelle est tombée, froide, brutale, comme un coup de poignard au coeur de sa vie, le mèdecin lui annonce une très grave maladie. Il est venu le temps de la révolte, du cri de sa souffrance, du pourquoi « moi ». Sa prière fut d’abord une plainte douce, vite transformée, en colère. Et puis, lentement, est venu le temps de la supplication, la demande insistante pour que tout puisse changer, revenir comme avant. Elle y croyait. Elle espérait. Elle refusait de perdre courage et continuait à désirer, au plus profond de son être, peut-être à ce que nous appelons un miracle. Mais ses forces continuaient de la quitter peu à peu. Elle demanda, elle supplia, elle implora, elle persévéra. Rien n’y fit et face à cette demande, un silence, un profond silence, comme l’écho d’une absence. Dieu semblait si loin, Dieu semblait si sourd. Elle cria jour et nuit, comme la veuve de l’évangile. Rien n’y changea. Puis un soir, elle s’arrête presque par hasard. Elle n’a jamais su pourquoi. Elle lâchait prise, elle s’abandonnait. J’ai vécu, me dit-elle, l’expérience merveilleuse de la prière, c’est-à-dire ce mouvement qui descend de la tête vers le cœur, une rencontre, la rencontre avec le Christ. L’expérience de l’émotion, d’un frémissement sensible qui s’apaise et se purifie pour devenir tout amour. A partir de ce jour, sa vie fut tendresse, oui, vraiment tendresse. Elle avait décidé d’ouvrir les yeux pour se nourrir des mille et une petites merveilles de la vie, de se laisser surprendre par la beauté des gestes simples. Elle n’attendait plus rien mais elle reçut tout du Christ jusqu’à ne plus rien regretter. Elle se rendit compte que sa prière ne fut pas vaine ; oui, elle avait été entendue. Oh Dieu, ce Dieu qu’elle rencontrait dans ses moments intimes n’avait pas changé le cours ni de son histoire, ni de sa maladie. Par contre, il se révéla à elle de manière inattendue, là où elle ne l’attendais pas, en des êtres qui l’entouraient, dans tous ces gestes d’amitié échangés. Dieu l’accompagnait, la soutenait, lui tenait tendrement le bras, disait-elle. Dieu se révéla à elle, comme jamais il ne l’avait fait auparavant. J’étais aveugle et aujourd’hui, enfin, je vois. Regardez, confia-t-elle en désignant ce qu’elle appelait le « mystère de l’océan ». Nos yeux ne voient que la surface de l’eau. Mais dessous se cachent de vastes profondeurs et des merveilles à peine imaginables. Dans notre fragilité, nous osons aller sous la surface pour apercevoir le coeur de l’être rencontré. Nous n’avons plus rien à perdre, seulement tout à gagner. L’impression d’absence divine s’est peu à peu transformée en un bruit joyeux de sa présence révélée dans cette multitude d’attitudes offertes en vérité, dans ces regards, sourires. Maintenant, je ne vois plus que cette beauté intérieure de ce qui m’entoure. Et je ne regrette rien, car ces derniers mois, toutes les rencontres que j’ai vécues l’ont été en vérité. Dieu était avec moi ».

La prière ne peut se réduire à des enfantillages, c’est-à-dire à devenir un moment d’exigences et de caprice comme si nous étions des enfants gâtés. Les exemples sont nombreux : Seigneur, faites que les questions d’examen soient faciles alors que je n’ai pas eu le temps d’étudier ; Seigneur, faites que je puisse m’offrir cette Ferrari ; Seigneur faites que je puisse gagner au loto. Toutes ces demandes sont d’une certaine manière des enfantillages car elles réduisent Dieu à un grand magicien qui accepterait ou refuserait d’entendre nos demandes et de les exaucer. La prière est d’abord relation intime avec Dieu, cœur à coeur mais elle nous engage aussi à l’effort et à l’action car Dieu nous invite à bouger. Prier pour un malade, c’est s’engager à tout faire pour l’aider et lui redonner courage. Prier pour notre société, pour nos familles, c’est accepter de tout faire pour que notre monde progresse vers plus de justice et pour une politique familiale ambitieuse ! Prier pour les candidats aux prochaines échéances politiques, c’est s’engager, comme nous y invite notre Pape François, comme acteur de notre société !

P Jérôme MARTIN