31ème Dimanche du temps ordinaire

 

  Cette histoire se passe à Jéricho, à 35 Km de Jérusalem. Beaucoup de gens sont là car ils veulent voir le prophète et la petite troupe qui le suit. Dans cette foule, il y a Zachée qui est le chef des publicains. Il était chargé d’organiser la collecte des impôts au profit du pays occupant…il avait tout pour se faire détester ! Mais pour Jésus, un seul homme semble compter : il ne voit que Zachée, celui que personne ne veut voir. Ce regard est à l’opposé de celui de la foule qui juge et condamne aussi bien Zachée que Jésus. Mais rien n’arrête Jésus. Ce qu’il faut remarquer dans cet évangile c’est le regard du Christ sur Zachée. Il le voit au plus profond de lui-même avec son mal-être et son espoir. Il voit en lui non l’impur et le pécheur que tous condamnent, mais celui qu’il est appelé à devenir. Dans le regard de Jésus sauveur, Zachée est appelé à exister. Et alors, c’est la Lumière qui envahit les yeux du collecteur des impôts de Jéricho. Cette rencontre avec le Christ vient tout bouleverser. Il se met à penser faire don aux pauvres de la moitié de ses biens. Lui qui était si avide d’argent se met à voir les pauvres. Son regard est devenu fraternel. Il se sait pardonné et aimé. La conversion c’est d’abord un changement dans notre regard sur Dieu, sur les autres et sur nous-mêmes. Quel regard ai-je sur ceux qui m’entourent ? regard bienveillant, malveillant, regard qui reflète ce que je suis à l’intérieur : « Si donc ton œil est sain nous dit le Christ, ton corps tout entier sera dans la lumière » (Mt 6, 22). Dieu nous a créés avec des yeux. Des yeux pour voir la beauté du monde. Que vaut notre regard ?

Incapables de trier, nos yeux nous transmet­tent fidèlement tout ce qu’ils voient, le bon comme le moins bon, le beau comme le laid. Paysages, visages, scènes de la vie quotidienne, affiches, films, photos, s’impriment sans dis­cernement. Prudence, donc : les yeux ne sont-ils pas les portes de l’âme ? UNE CERTAINE ACCOUTUMANCE PERMET DE NE PLUS TROP SE CHOQUER : à force de voir des meurtres, des violences diverses, des images de guerre ou de sexe à profusion, on devient un peu anesthésiés. Plus grave, nos enfants le sont eux aussi. Un enfant  de 7 ans me disait il y a peu de temps : « Moi, à la télé, j’ai vu Le Seigneur des Anneaux. – Ah bon ? Et qu’en as-tu pensé ? – J’ai pas eu peur parce qu’à la télé, tu sais, les images sont petites, mais au cinéma j’aurai peut-être eu peur parce que l’écran est très grand. Mais quand même, j’ai pas trop aimé parce que ça fait peur ! ». Etonnant, non ? Notre regard est souvent saturé. Et ça, c’est ennuyeux. Pas pire pollution que celle de l’image : elle s’in­cruste dans la mémoire, se répand partout, conta­mine tout, le conscient comme l’inconscient. La mémoire des images est très vive, très fidèle. Elle enregistre et range dans le fin fond de l’inconscient les images les plus diverses et les plus nocives. Elle peut être un ennemi sournois et puissant qui entretient des traumatismes très anciens et alimente tous les fantasmes possibles. Nombre d’ados, submergés par des images qui les fascinent mais les détruisent, éprouvent de grandes difficultés à se structurer sur des bases saines et solides. Ils ont parfois du mal à rester maîtres d’eux-mêmes… d’où la tentation qu’ont certains d’aller consommer de l’image au cinéma ou sur Internet…LA PAIX DU CÅ’UR DÉPEND EN PARTIE DE NOTRE FACULTÉ À GARDER NOS YEUX DE LA LAIDEUR, DE LA PERVERSION, DE LA GROSSIÈRETÉ ET DE LA violence. Ils ont besoin d’être limités, éduqués, élevés. Apprendre à fermer les yeux (au sens propre), à détourner le regard, est une hygiène indis­pensable et difficile. La pureté du cÅ“ur dépend en partie de la pureté du regard. Toute la cohérence de notre vie en découle. Regard jaloux sur notre conjoint, ombrageux sur nos frères et sÅ“urs, possessif sur nos enfants, circonspect sur leurs professeurs, suspicieux sur la voisine, ou critique sur tel ou tel, nous polluent en profondeur. Notre regard ne doit-il pas, d’abord, être l’expression de notre amour et de notre confiance ? ON NE VOIT BIEN QU’AVEC LE CÅ’UR, DIT LE petit prince, l’essentiel est invisible pour LES YEUX. » « Voir Dieu en toute chose » , en entrant dans une église, par exemple …comme l’avait fait Raymond DEVOS à travers cette histoire…Dire : « DIEU EXISTE, JE L’AI RENCONTRE », c’est une phrase terrible ! raconte Raymond DEVOS.

Ça me surprend ! Parce que Dieu existe ! La question ne se pose pas. Mais que quelqu’un L’ait vu de ses yeux vu avant moi ? Ça m’étonne ! Parce que j’ai eu la chance de Le rencontrer et de Le voir Dieu ! Juste à un moment où je doutais de Lui. Dans un petit village de Lozère, abandonné des hommes. Il n’y avait plus personne ! Et, en passant devant la vieille église, poussé par je ne sais quel instinct, J’ai vu une lumière intense, insoutenable. C’était Dieu. Dieu qui priait. Je me suis dit : « Qui prie-t-il ? » Il ne se prie pas lui-même ! Pas Lui ! Pas Dieu ! Non ! II priait l’homme. Il me priait, moi ! Il doutait de moi comme j’avais douté de Lui ! II disait : « Oh Homme, si tu existes, un signe de toi, je veux te voir ! »J’ai dit : « Mon Dieu, je suis là ! » II m’a dit : « Miracle ! Une humaine apparition ! J’ai dit : « Mais mon Dieu, comment pouvez-vous douter de l’homme, puisque c’est vous qui l’avez créé ? » Il m’a dit : « Oui…Mais ;il y a si longtemps que je n’en ai pas vu un dans mon église, Je me demandais si ce n’était pas une vue de l’Esprit ? » Je vais pouvoir leur dire, là-haut « L’HOMME EXISTE, JE L’AI RENCONTRE. »

Voir Dieu en toutes choses ! N’en déplaise au Petit Prince, on ne voit vraiment bien qu’avec les jumelles de l’Esprit Saint : elles nous permettent de voir plus loin, de voir au-delà de l’horizon, elles nous offrent l’Espérance !