FETE DE LA TOUSSAINT

 

Vous savez à quoi ce texte des Béatitudes me fait penser ? À une verrière, à un vitrail. La verrière n’est faite que pour faire chanter la lumière. Lire les Béatitudes, c’est contempler la lumière de Dieu, l’amour de Dieu. Les neuf Béatitudes sont neuf façons de manifester l’amour qui a sa source en Dieu. Regardez bien encore ce vitrail, vous y devinez un visage, c’est le visage de Jésus. Les Béatitudes, c’est le portrait de Jésus. Mes amis, c’est la Toussaint… La fête de la Toussaint, c’est en quelque sorte – passez-moi l’expression – la journée porte-ouverte de la sainteté. Les chrétiens prennent le temps, aujourd’hui, de visiter les galeries de tous les saints. La première, c’est la galerie des officiels : les saints canonisés, béatifiés par l’Eglise : nous les connaissons. Nous portons leurs noms : Pierre, Paul, Thérèse, Jean, Françoise, Bernadette. C’est intéressant de les connaître. C’est merveilleux de lire leur vie ; comment ils ont vécu l’Évangile. C’est précieux de nous en faire des amis et de leur demander de prier pour nous.

Après la galerie des officiels, voici une salle beaucoup plus vaste.
En effet, après les saints canonisés – les prix Nobel, en quelque sorte – viennent des hommes, des femmes, des enfants qui ont vécu l’Évangile, tout simplement et que Dieu a accueillis dans sa maison. Voici d’innombrables mères de famille anonymes, au dévouement inlassable. D’innombrables êtres qui, toute leur vie, ont servi les autres sans mesure, sans même penser qu’ils pourraient en tirer gloire.

Et nous, est-ce que le message de la Toussaint, des Béatitudes nous concerne ? Beaucoup de gens sont persuadés que la sainteté n’est pas à leur portée et pourtant …« Seigneur, excusez – moi si je vous dérange …il m’est venu tout à l’heure à l’idée que vous aviez besoin d’un saint…alors je suis venu pour la place, je ferai très bien l’affaire. Les gens parfaits ont tant de qualités qu’il n’y a plus de place en leur âme pour autre chose. Ils n’arriveront jamais à être des saints. D’ailleurs, ils n’en ont pas envie, de peur de manquer à leur humilité. Mais, Seigneur, un saint, c’est un vase vide que vous remplissez de votre grâce, qui déborde de votre Amour ! Or, je suis un vase vide avec un peu de boue au fond. Ce n’est propre, je le sais bien. Mais vous devez bien avoir là – haut quelque céleste poudre à récurer …Réfléchissez à ma proposition, Seigneur , elle est sérieuse ! Quand vous irez dans votre cellier puiser le vin de votre Amour et rappelez – vous que vous avez quelque part sur la terre une petite cruche à votre disposition ».  Faisons un test …essayez de prendre quelques instants en répondant à ces 4 questions :

  • Nommez 5 personnes les plus riches sur terre.
  • Nommez les 5 dernières gagnantes de Miss Univers
  • Nommez les 5 derniers gagnants des Prix Nobel
  • Nommez les 5 derniers gagnants des Oscars du meilleur acteur.

…Vous n’y arrivez pas ? C’est difficile, non ? Ne vous inquiétez pas, personne ne s’en rappelle ! Les applaudissements passent ! Les trophées prennent la poussière ! Les gagnants sont oubliés ! Maintenant, répondez à ces questions :

  • Nommez des professeurs qui ont contribué à votre formation.
  • Nommez des amis qui vous ont aidé dans les moments difficiles.
  • Nommez des personnes avec qui vous aimez passer du temps.

Vous y arrivez ? C’est plus facile, non ? Les personnes qui ont un sens dans votre vie ne sont pas « cotées » au maximum …avec le plus d’argent, avec les plus grand prix. Ce sont celles qui se font du souci pour vous, qui prennent soin de vous, celles qui, en toutes circonstances restent proches de vous. Elles sont sur ce chemin de sainteté. Vous aussi, vous pouvez aussi beaucoup compter aux yeux de vos proches, il suffit de donner un peu de lumière…vous voyez, la sainteté, elle est à notre portée !
Comparons le temps que nous passons sur terre aux neuf mois que nous passons dans le ventre de notre mère. Si nous pouvions interviewer un bébé dans le ventre de sa maman, il nous ferait part d’un bien-être, mais aussi de questions très fortes et d’une angoisse : qu’y a-t-il de l’autre côté ? Un bien-être d’abord : il est heureux comme un poisson dans l’eau. Il entend battre le cœur de sa maman. Il est rassuré pas ses caresses. Il est sensible à la voix grave de son papa. Mais des questions lui viennent à l’esprit : pourquoi lui pousse-t-il des membres ? Pourquoi des jambes puisqu’il peut de moins en moins faire des galipettes et qu’il n’a pas à marcher puisqu’il est porté ? Pourquoi des mains puisqu’à part sucer son pouce, il n’a rien à saisir ? Pourquoi une bouche puisqu’il est nourri par le cordon ombilical ? Pourquoi des yeux puisqu’il ne voit rien ? Pourquoi des oreilles si peu utilisées alors qu’il commence à comprendre qu’elles ont une capacité d’écoute plus grande … ? Une angoisse : son univers se rétrécit. Il vient de comprendre qu’il va falloir le quitter : qu’y a-t-il de l’autre côté ? Nous pouvons faire facilement le parallèle avec notre situation. Nous ne sommes pas si mal dans ce monde. Mais nous nous posons des questions. Pourquoi nous pousse-t-il des désirs d’infini, d’absolu, de fraternité, d’amitié, d’amour ? De plus, est-ce vrai qu’il existe un au-delà ? Et à quoi ressemble-t-il ? Un jour, le bébé sort du ventre maternel. Il hurle de peur. Puis, peu à peu, il découvre que cette vie intra-utérine le préparait merveilleusement bien à cette vie à la fois d’une nouveauté radicale et dans une belle continuité. Surtout, il voit enfin le visage de celle dont il ne faisait que pressentir la présence. Et si notre mort ressemblait un peu à cela, à un passage ? Nous fermerons les yeux sur ce monde et nous les ouvrirons sur Dieu. Nous découvrirons que les luttes contre nos fragilités, les efforts pour dépasser nos défauts, nos désirs d’aimer malgré les caractères des autres et le nôtre, tous cela nous préparait merveilleusement à cette vie de communion d’amour avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et tous ceux qui sont dans la Maison du Père . Sœur Emmanuelle, lors de l’un de ses derniers entretiens, a confié que, lorsqu’elle paraîtrait devant Dieu, Il ne lui poserait qu’une question : « Est-ce que tu as su aimer? ». Faire des petites choses n’est jamais ridicule, n’est jamais inutile. Mieux vaut notre petit geste, notre petite action qu’un grand et beau rêve qui ne se réalise jamais. « Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et l’amour, nous dit St Paul ; mais la plus grande de ces trois vertus  …c’est l’amour ».