2ème DIMANCHE de l’AVENT –ANNEE A-

Les hirondelles sont parties il y a quelques semaines, le vent froid s’infiltre partout. Bien au chaud au fond de sa tanière, l’ours grincheux n’en a cure. Il a fermé sa porte à double tour, calfeutré les issues de secours et fait son lit. Il s’est endormi pour cinq mois. Il se réveillera au printemps, maigre et affamé. Le veinard. L’hibernation est l’une des idées les plus fabuleuses du Créateur. Par une décision tout à fait regrettable de sa part, l’homme n’est pas censé hiberner complètement. Une espèce humaine est cependant capable d’hibernation prolongée : le baptisé !

Un drôle d’animal que ce chrétien ! A première vue, rien ne le distingue de ses congénères non baptisés : même silhouette, même pelage, même métabolisme. Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Le baptisé a été plongé dans l’Esprit-Saint et vit de la vie même de Dieu. Incorporé au Christ, il lui est intimement uni et il est appelé à s’offrir avec Lui en devenant lumière pour ce monde. Tout cela fait du baptisé un être un peu à part mais il a tendance à l’oublier.

L’ours grincheux qui s’endort, c’est le baptisé qui se repose dans le train-train de sa vie spirituelle. Le démon a engourdi sa soif de Dieu. Il va à la messe le dimanche et prie de temps en temps. Grincheux, il peut l’être : en voyant ce monde qui ne tourne pas toujours rond, il doute, il se décourage en disant que « tout est foutu », que « c’était mieux avant ». Mais, comme l’ours, il risque de se réveiller fort amaigri et l’estomac dans les talons…et pourtant, n’entendez-vous pas l’appel du Christ : « Restez éveillés, convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est proche ». Oui, nous préparons beaucoup de choses : notre avenir, nos études, nos vacances, nous mettons de l’argent de côté. Tout cela n’est pas mauvais, bien sûr… mais avons-nous préparé l’ESSENTIEL… ?

« Produisez donc un fruit digne de la conversion »… que devons-nous faire pour nous convertir, pour retrouver l’Essentiel de la vie, nous qui sommes perdus dans une société qui ne croit qu’en la « consommation », qu’au « profit »et à l’« exploitation des plus faibles ». Jean le Baptiste est un homme du désert…le désert, c’est un endroit inculte, brûlé par le soleil, où rien ne pousse, où il n’y a aucune vie. Aujourd’hui, dans l’évangile, nous recevons le témoignage d’un homme du désert. Et quand on rencontre un homme du désert, on est souvent bouleversé, à la fois par son message et par la façon dont il vit. Jean-Baptiste nous renvoie au Christ : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Lui, -le Christ- vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ». Un homme du désert comme Jean-Baptiste peut être dangereux pour ceux qui sont bien installés. Il peut tout déstabiliser ! Mais qui est-il ? Il n’est pas le Messie –Il n’est pas le Christ- mais il vient seulement crier dans le désert que nous avons à nous convertir, à changer de vie, à retrouver ce qui fait la beauté de la vie. En cela, il réalise ce que le prophète Isaïe avait annoncé. Ce message de Jean-Baptiste est-il encore actuel ? Il est grand le désert d’aujourd’hui. Non pas une vaste étendue de sable sans vie humaine. Au contraire. C’est un endroit très peuplé comme dans nos grandes villes, mais les gens y circulent sans se voir ni s’entendre, ils s’y croisent sans jamais se rencontrer ! Tout le monde court. Chacun est pressé par le temps. Tous essaient d’aller le plus vite possible, l’un à son travail, l’autre à ses occupations, à ses loisirs, ou simplement à rentrer chez lui. Pour toute fenêtre vers l’extérieur, il y a le petit écran de TV. Chacun regarde celui-ci, mais il n’y a plus de communication entre les spectateurs. Combien de gens âgés ou malades ne vivent-ils pas isolés, surtout pendant la période des vacances, quand tous les autres sont partis ? surtout pendant le moment des fêtes, où l’on se sent davantage mis à l’écart puisqu’on ne peut plus y participer ? Chacun est donc replié sur soi-même pour vivre ou pour survivre et le principe devient « chacun pour soi et Dieu pour tous ». Oui vraiment la vie d’aujourd’hui peut prendre l’aspect d’un véritable désert, par l’absence de communications ! La nuit païenne revient en force dans nos sociétés : les petits, les plus fragiles, les personnes âgées sont vus de plus en plus avec dédain. Mais, dans ce désert d’isolement, des voix se lèvent pour préparer les chemins du Seigneur. Ce sont quelques personnes non résignées à se laisser broyer par l’anonymat ou les injustices de la société moderne. Là, c’est un groupe de jeunes chômeurs qui n’ont pas accepté leur état et qui se sont réunis pour accomplir des travaux de dépannage ou de restauration de bâtiments, des besognes de jardinage de nettoyage ou d’autres services qui leur permettent d’être utiles et de faire face à leurs besoins financiers. Là c’est une personne qui rend visite à des personnes âgées. Là se sont des associations qui s’efforcent de venir en aide à des personnes fragilisées par la vie. Et toi, comment prépares-tu les chemins du Seigneur, que donnes-tu à ceux qui te voient vivre les « signes de Jésus » ? Qu’est-ce que tu fais pour accueillir, aider, soulager, pardonner, aimer ? La balle est dans notre camp !

Quand Kim En Joong, le peintre coréen, était bébé, ses parents suivirent la tradition en posant devant lui des pièces d’argent, un livre, un fil et d’autres objets encore. Ce qu’il choisirait révèlerait son avenir. Mais il refusa de choisir parmi les objets qui étaient sur la table. Au lieu de cela, il tendit la main vers la lumière de la bougie qui les éclairait. Ce sera sa destinée : choisir la lumière, en devenant chrétien, frère dominicain et peintre. Nous aussi, nous sommes appelés à faire le choix de la lumière, le choix de Dieu ! Selon le Concile de Florence, en 1439, à notre Baptême et à notre Confirmation, nous recevons l’onction du Saint Chrême, qui s’appelle : « l’arôme de la bonne réputation » car nous sommes les représentants du Christ : par nos gestes et nos paroles, nous pouvons être la honte du christianisme ou bien au contraire, contribuer à ouvrir les yeux de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ !

Père Jérôme Martin