3ème DIMANCHE de l’AVENT

 

Nous avons aujourd’hui à nouveau rendez-vous avec Jean-Baptiste, le « bouillant » précurseur. Je dis bouillant parce que c’est avec ferveur que Jean a annoncé le Messie. Dimanche dernier, nous avons vu l’effervescence populaire que son cri a suscité : « Le Royaume des cieux est tout proche ! ». Or voici que Jean maintenant hésite, troublé. Il envoie 2 disciples demander à Jésus s’il est bien celui qui doit venir ou s’il faut en attendre un autre. Ne se serait-il pas trompé ? Essayons de nous mettre à la place de Jean : il est en prison, enfermé entre quatre murs. Et voici l’épreuve la plus terrible : sa foi est ébranlée …une sorte de voix destructrice lui suggère : « tout ce que tu as cru jusqu’ici, c’est faux …tu le vois bien …ton Jésus n’est pas le Messie ! »

Oui, Jean-Baptiste, reflétant les courants messianiques de son temps, s’attendait à un Messie triomphant : un Christ davidique qui délivrerait Israël de tous ses ennemies, un Christ transcendant venant des nuées du ciel pour juger tous les hommes mauvais…et c’était bien ce Messie là que Jean avait annoncé aux foules dans le désert. Or voilà qu’il semble se trouver devant un autre Messie. Quelle déception suscite ce Jésus ! Dieu est décevant !

Car Dieu nous déçoit souvent. Il n’est pas comme nous l’imaginions. Dieu est déconcertant. Et nous continuons, comme Jean-Baptiste, à désirer que Dieu fasse « nos volontés » et ressemble à l’image que nous nous faisons de lui. Pourquoi, dites-moi, Dieu laisse-t-il Jean-Baptiste en prison ? Pourquoi Dieu se tait quand tant d’hommes l’accusent ? Pourquoi tant de malheur, de souffrance dans ce monde ? Seigneur, réponds-nous aujourd’hui : es-tu celui qui peut nous apporter la joie, la vie, le bonheur ou devons-nous en attendre un autre ? devons-nous continuer à te faire confiance ou devons-nous renoncer à toi, pour nous donner à d’autres ? Ce sont des cris souvent entendus dans l’Ancien Testament par le peuple juif, ce sont souvent nos cris à nous aujourd’hui ! Crise de la foi, nuit obscure de Jean-Baptiste, nuit obscure qui touche aussi nos vies !

Et pourtant Jésus ne répond pas directement à la question posée. Il répond aux disciples de Jean : « allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Jésus ne dit pas « je suis celui qui devait venir ». Il ne donne pas de solution toute faite. Il provoque le questionneur à trouver lui-même la réponse à sa question. En répondant ainsi, Jésus indique quel genre de Messie il a choisi d’être : le Dieu dont il est l’envoyé ne se manifeste pas par des gestes justiciers et triomphalistes mais par des gestes de bonté envers les défavorisés et les souffrants : aveugles, boiteux, lépreux, sourds …et le sens profond de cette action salvatrice se découvre dans les deux derniers bienfaits énoncés : la mort vaincue et les pauvres évangélisés …voici la joyeuse nouvelle ! Non, nous ne devons pas en attendre un autre : la réponse de Jésus à Jean-Baptiste devient donc, pour chaque chrétien, et pour l’Eglise une pressante interrogation : Eglise d’aujourd’hui, es-tu la communauté d’amour de Jésus et de sa bonne nouvelle aux pauvres ?

Et toi, que donnes-tu à ceux qui te voient vivre les « signes de Jésus » ? qu’est-ce que tu fais pour accueillir, aider, soulager, pardonner, aimer ? La balle est dans notre camp ! car Dieu recherche pour développer ses projets : un électricien pour rétablir le courant entre ceux qui ne se parlent plus, une infirmière pour soigner les bleus à l’âme, un opticien pour changer les regards, un dentiste pour limer les dents des loups intérieurs, une nourrice pour donner de la tendresse, un démineur pour désamorcer les disputes, un fossoyeur pour enterrer la hache de guerre, un maçon pour bâtir la paix, une couturière pour retisser le lien social, un clown pour provoquer les rires et la joie, une femme de ménage pour dépoussiérer les vieilles théories, un poète pour chanter la beauté de la planète, un journaliste pour répandre la Bonne Nouvelle, un horticulteur pour semer les fleurs de l’ Espérance ! Postes à pourvoir immédiatement ! N’hésitez pas à adressez un curriculum vitae au Directeur des Ressources Humaines : le Christ !… quelle merveille ! toute la liturgie de ce dimanche est une liturgie d’encouragement : car Isaïe nous dit dans la première lecture : « prenez courage, ne craignez pas ! » car le salut qui nous est proposé, qui nous est offert est un don fait à ceux qui veulent le recevoir. Il n’est pas une forteresse, une ville à conquérir, c’est un enfant à reconnaître comme Tout-Puissant, c’est un message qu’il nous est demandé d’accepter, c’est une force qui s’offre à nous.

Mais Dieu ne nous sauve pas sans nous. Le salut s’opère par nous, à travers nous ; ou plutôt, le salut c’est l’amour de Dieu et qui demande et attend notre réponse !!!

Voici ce que dit Madeleine Delbrêl,  réflexions pour ce temps de préparation à Noël. « Ce Dieu qui a pris un visage et un corps est devenu chair. L’Evangile est non seulement le livre du Seigneur vivant, mais encore le livre du Seigneur à vivre. Il y a des gens que le Seigneur  laisse dans la masse, qu’il ne retire pas du monde comme moi. Ce sont des gens qui font un travail ordinaire, qui ont un foyer ordinaire ou sont des célibataires ordinaires. Des gens qui ont des maladies, des deuils ordinaires. Des gens qui ont une maison ordinaire, des vêtements ordinaires. Ce sont des gens de la vie ordinaire. Les gens que l’on rencontre dans n’importe quelle rue. Nous autres gens de la rue, croyons de toutes nos forces que cette rue, que ce monde où Dieu nous a mis est pour nous le lieu de notre sainteté. Nous croyons que rien ne nous y manque car si ce nécessaire nous manquait, Dieu nous l’aurait déjà donné. » C’est à 29 ans que Madeleine Delbrêl se convertit définitivement. Elle dit d’elle-même qu’elle est une « éblouie de Dieu », s’installant dans la banlieue parisienne à Ivry-sur-Seine de 1935 à 1946 comme assistante sociale elle annonce l’Evangile comme, dit-elle, « une bonne nouvelle qui change dans une vie le niveau du bonheur ». Nous chanterons à Noël « gloire à Dieu, paix aux hommes ». Pour que ce soit encore vrai cette année, ouvrons nos cœurs au Seigneur.

                                                                          P Jérôme MARTIN