7ème DIMANCHE duTEMPS ORDINAIRE – ANNEE A -19/02/2017

C’était pendant la seconde guerre mondiale : un jeune français de 20 ans faisait partie de la Résistance dans un maquis des landes bretonnes. Il s’appelait Yannick. Il tombe dans une embuscade allemande. Se trouve nez à nez avec un jeune soldat allemand de son âge. Il s’appelait Franz. Des deux côtés, on déclenche des tirs. Sous les feux croisés, ils tombent tous les deux. Morts. Dès la fin de la guerre, vous savez ce qu’elle a fait la mère de Yannick ? Après maintes recherches, elle a fini par retrouver où habitait la mère de Franz. Elle a fait le voyage en Allemagne pour l’embrasser en signe de compassion, mais aussi de réconciliation entre les deux pays qui étaient ennemis. Visitation d’amour ! La mère de Yannick est tombée dans les bras de la mère de Franz en disant : « Nous sommes deux soeurs dans la même douleur ! » Ca, c’était un baiser de paix qui compte ! Oui, je ne connais rien de plus exigeant, de plus fou, de plus surhumain que cette parole de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui : « Aimez vos ennemis ! » Mais peut-être vous dites-vous : « Cette parole n’est pas pour moi : je n’ai pas d’ennemi… » Ennemi ! Ne voyez pas à travers ce mot seulement un monstre de guerre. Regardez bien dans votre vie, votre voisinage, votre famille, au travail, à l’école. C’est l’ennemi au quotidien ! On n’ose pas se l’avouer. On aurait honte car ce mot est très fort. Dès lors que – vis à vis d’un de nos proches – dans notre coeur gronde le tumulte de la rancoeur, ça se passe en nous comme s’il était un ennemi ; cela même si nous n’en avons pas clairement conscience. Aimer ces ennemis ne veut pas dire éprouver pour eux de l’affection ou de la sympathie. Sous couvert de charité, il ne s’agit pas de faire des sourires hypocrites. C’est donner d’avantage d’amour que ce que l’autre a pu donner en méchanceté. Davantage ! Voilà qui traduit la phrase symbole de l’évangile : « Si on te requiert pour faire mille pas, fais-en deux mille ! ». Le pardon, c’est de l’amour à haute dose, le pardon, cela se demande à Dieu « apprends-moi à pardonner comme toi tu sais pardonner ». Oui, « l’amour grandit par l’amour » !
Et puis, ne sommes-nous pas nos propres ennemis …nous pouvons nous détester, détester notre vie, détester tel ou tel acte qui nous pourrit notre vie …
Claude Forcadel a eu une vie de galère, marquée par l’alcoolisme, la délinquance, la prison. Après 40 ans d’une vie de destruction il a rencontré le Seigneur qui l’a libéré de l’alcool. Voici son témoignage (dans sa biographie « Je suis un miracle »). « Je me dirige vers le café. J’ai déjà ma cuite, une cuite qui dure depuis près de quarante ans. Quand soudain, la peur me saisit au ventre. Je vois redéfiler ma vie, tout le mal que j’ai fait, toutes les souffrances causées à ma mère, toutes les misères, toutes les saloperies, et je pleure comme un enfant. Comme l’enfant que j’étais, l’enfant humilié, avec cette haine en lui, comme une boule de feu. Je vais aller boire et puis crever. J’entre dans ce café PMU et je commande un demi, puis un deuxième. Je suis sans espoir. Oui, je suis désespéré, perdu, paumé. Seul, très seul. J’ai payé mes deux demis. Le deuxième demi est bien attaqué quand soudain… Il n’y a pas d’orage dehors, il fait frisquet même, et, comme un trait de foudre… Je suis touché au cœur. L’éveil de la foi. Une voix intérieure me dit : « Lève-toi, marche, Claude, c’est ton heure, je suis là, moi, je t’aime ». Oui, le Christ parle au déchet que je suis à cet instant. Je lève la tête et j’aperçois l’heure à la pendule, juste en face de moi : 19h10. Il était à terre, l’athée, la gueule dans le caniveau, n’attendant plus rien de la vie. Là, en cet instant, je le sais : je meurs en moi quelque part et Dieu me fait renaître. Il n’y avait plus que Dieu pour croire en moi, moi qui ne croyais pas en lui. »
Jésus dit : « si c’est le Fils qui vous affranchit, vous serez réellement des hommes libres. » (Jn 8, 36) Sa mort nous libère des choses qui contrôlent et détruisent notre vie.
Le mal que nous commettons nous rend esclaves. Jésus dit : « quiconque se livre au péché est esclave du péché. » (Jn 8, 34) Il nous est plus facile de le constater dans certains domaines de notre existence que dans d’autres. Chacun sait par exemple qu’en prenant une drogue dure comme l’héroïne, on a vite fait d’en devenir dépendant. Mais il est également possible d’être complètement dominé par la colère, la jalousie, l’arrogance, l’orgueil, l’égoïsme, la médisance, la luxure ou le mensonge. Nous pouvons devenir dépendants de nos manières de penser ou d’agir, sans pouvoir nous en sortir. Voilà précisément l’esclavage dont parle Jésus et qui a un pouvoir de destruction dans nos vies.
La bonne nouvelle du christianisme, c’est que Dieu nous aime et qu’il ne nous abandonne pas au gâchis que nous avons nous-mêmes causé dans nos vies. Il est venu sur terre, en la personne de son Fils Jésus pour mourir pour nous (2 Co 5, 21 ; Gal 3, 13). Par sa Résurrection, il nous redonne Vie, il nous rend la liberté, nous qui étions esclave de notre péché…
Le Cardinal Carlo Maria Martini, ancien archevêque de Milan raconte l’histoire de trois adolescents qui décident de méchamment se moquer d’un prêtre dans la cathédrale. Sous le prétexte de se confesser, chacun va lui raconter une litanie de bêtises. Le troisième va spécialement loin dans sa fausse confession. L’ayant écouté, le prêtre lui dit : « Comme pénitence tu sortiras sur le parvis. Au dessus du porche tu verras une grande croix. Regarde-la, et puis tu crieras « je ne crois pas en toi ». Surpris, le jeune homme sort, voit l’immense croix qui surplombe l’entrée. Il regarde la croix, le Christ en croix. Là, il cherche les mots, mais sa gorge se noue. Il ressent un immense bouleversement intérieur, une expérience d’être aimé comme jamais. A ce moment, il a accepté le Christ et lui remet sa vie. Le Cardinal commente ‘c’est cela la puissance transformante de la croix’. Maintenant, ajouta-t-il, vous vous demandez comment je sais que cette histoire est vraie. C’est simple. Cet adolescent, c’était moi ! »
Père Jérôme Martin