1er DIMANCHE DE CAREME –ANNEE A- 05/03/2017

           

Le combat spirituel auquel Jésus fut soumis à l’aube de son ministère est le même que celui de la tentation au jardin d’Éden. C’est ce combat que nous devons mener nous aussi face à Satan. Dès le jour de notre baptême d’ailleurs, le diacre ou le prêtre demandent au futur baptisé adulte ou aux parents lorsqu’il s’agit d’un baptême de bébé : « renoncez-vous à Satan ? ». L’être humain, à la ressemblance de Dieu, est celui qui peut dire : « Â J’appartiens à Dieu, Il est mon seul Seigneur »…c’est la Profession de Foi que nous renouvelons chaque dimanche. Le tentateur lui, n’a rien à nous offrir. Tout est esbroufe dans ses promesses. Tout est mensonge. À Jésus, il propose les méthodes de la réussite : Comment convaincre sans peine ? Il lui suggère le culte de la performance. « Â Séduis-les, subjugue-les par des prodiges. Ils n’ont que faire de l’amour et de la liberté. Tu as vu trop grand. Ce qu’ils veulent c’est le pain, l’ordre et la sécurité.  » « Â Le père du mensonge « , c’est son nom, est un illusionniste. Il pervertit tout ce qu’il touche, c’est la trace de son passage. Mais les tentations de Jésus, n’est-ce pas une façon de parler ? Non, ce n’est pas une façon de parler : ce récit nous le raconte et, à bien des reprises, l’évangile nous en reparle. Comprenez bien : Il s’agissait pour Jésus de faire advenir le Règne de Dieu, de créer un monde nouveau : Satan sait qu’il ne sera pas vainqueur face au Christ. Satan propose un autre chemin au Christ…

* en donnant du pain à manger : « Ordonne que ces pierres deviennent du pain »
* en donnant des exploits à admirer : « Jette-toi en bas, on croira en toi »
* en donnant un roi à adorer : « Tous les royaumes de la terre, je te les donnerai ». Beaucoup attendaient cela du Messie. Ils attendaient que l’Envoyé de Dieu subvienne aux besoins matériels du peuple, qu’il fasse des prodiges, qu’il étende un pouvoir irrésistible sur la terre. Jésus n’a pas voulu. Dans ce grand vent d’orgueil que Satan lui soufflait, il reste impassible. Il s’adosse à la volonté de son Père. Il a résisté à la tentation, ce jour-là, comme il a résisté en bien d’autres occasions que l’évangile nous raconte, par exemple quand il a été tenté par la foule qui voulait le faire roi, tenté par les juifs qui réclamaient des grands signes dans le ciel, tenté par son ami Pierre qui le poussait à renoncer à la folie d’être arrêté et mis à mort, tenté par ceux qui lui ont crié, le dernier jour : « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix… ».Oui, Jésus a réellement été tenté, mais il est resté fidèle jusqu’au bout à son Père et à la mission confiée, et c’est cette victoire sur la tentation qui nous est proposée au début de ce Carême. Ne dites pas que ces trois tentations ne sont pas les nôtres, elles sont les tentations de tout homme :

– la tentation du pain quotidien ou l’appétit de posséder,
– la tentation de la réussite ou le goût de parader,
– la tentation du pouvoir ou l’ambition de dominer.

*LA TENTATION DU PAIN QUOTIDIEN ou l’appétit de posséder. Le pain quotidien, c’est la nourriture sans doute, mais notre pain quotidien c’est aussi notre argent, notre profession, nos occupations quotidiennes, ce que nous possédons…Mais vous me direz : « Tout cela n’est pas un mal ». Non… ce n’est pas un mal. Alors où est la tentation ? Jésus nous dit : « L’homme ne vit pas seulement de pain ».Notre tentation c’est de vivre seulement de ce pain-là et de n’avoir plus ni le temps ni le goût pour toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Tous, qui que nous soyons, quelle que soit notre condition, riches ou pauvres, jeunes ou anciens, tous, nous sommes tentés de vivre au ras de nos occupations quotidiennes et de nos désirs immédiats, sans jamais relever la tête… ou joindre les mains. Le Carême 2017 nous en donnera-t-il l’occasion ?

*LA TENTATION DE LA RÉUSSITE ou le goût de parader. Mais réussir, ça n’est pas un mal. Celui qui ne réussit pas… qui ne réussit rien est très malheureux. C’est vrai, ça n’est pas un mal. Alors, où est la tentation ? La tentation c’est de ne vivre que pour réussir, réussir à tout prix, courir après son petit succès, briller, agir pour la galerie, jouer son personnage, sauver la face…Jésus nous dit au début de ce Carême : « Bas les masques… n’agissez pas pour paraître, pas d’hypocrisie… Que votre main droite ignore ce que donne votre main gauche… Dieu voit dans le secret ».Au cours de ce Carême, saurons-nous jeûner de cet appétit de paraître et de ce goût de parader ?

*Enfin, LA TENTATION DU POUVOIR ou l’ambition de dominer. On dit que c’est la plus redoutable. Tous, nous exerçons un pouvoir. Oh ! pas « sur tous les royaumes de la terre » ! Mais, dans cette église, tous nous exerçons un pouvoir… Je vois votre étonnement. Vous vous demandez bien quel pouvoir vous exercez. C’est vrai que le pouvoir est plus évident dans la vie des cadres, des employeurs, des professeurs, des professions libérales… Mais vous les parents, vous exercez un pouvoir sur vos enfants. Vous les jeunes qui poursuivez des études longues… vous exercerez un pouvoir dans la société de demain. Mais le pouvoir, ça n’est pas un mal… avoir des responsabilités, ça n’est pas un mal. Alors, où est la tentation ?La tentation, c’est de confondre le pouvoir avec l’ambition de dominer, la tentation c’est d’oublier que le pouvoir nous donne le devoir de servir. Nous qui exerçons un pouvoir, nous sommes tentés de nous en servir, au lieu de servir. La tentation du pouvoir également sur la Création et se dire que je peux gaspiller à outrance les ressources de cette terre…et si je me mettais à ne plus gaspiller la nourriture, l’eau, l’électricité, le temps, mes talents. Au cours de ce Carême, saurons-nous jeûner de cet appétit de pouvoir et de l’ambition de dominer ?