5ème DIMANCHE DE CAREME –ANNEE A- 02/04/17

Ce dernier dimanche de Carême, c’est un ami de Jésus qui nous est présenté. Nous connaissons son nom : Lazare ! En hébreu, ce nom peut signifier : « sans espoir ! ».Quand le Seigneur arrive à Béthanie, Lazare est mort, il est déjà enterré. Non seulement il est enterré, mais lié. Des bandelettes entourent tout son corps. On lui a mis des bandelettes autour de ses bras et de ses jambes, un voile sur le visage, il est sans vie dans un tombeau avec une pierre devant. Est-ce que Lazare, comme l’aveugle de la semaine dernière, nous représenterait ? Est-ce que notre humanité n’est pas, en bien des lieux, sans espoir, frustrée, ligotée, aveugle, sourde, à la dérive ? En tout cas, c’est ainsi que Jésus a trouvé son ami. Ses sÅ“urs étaient défaites, elles aussi. Bien sûr, elles avaient espéré qu’il aurait pu l’empêcher de mourir. Mais maintenant, il était bien trop tard. Le nom de Lazare les décrit, elles aussi : sans espoir. Quand Jésus s’est approché, il était bouleversé. Il a frémi. Sa gorge s’est nouée. Et les larmes sont montées à ses yeux. Il a pleuré.  » Voyez comme il l’aimait !  » disaient ceux qui le virent ! Pas plus qu’il n’aime les tombeaux, et les pierres devant les tombeaux, Jésus ne supporte pas les bandelettes, tout ce qui enchaîne quoi ! Il a délivré Lazare qui reprend sa vie, à l’étonnement de tous. Ce que Jésus a fait pour Lazare, il veut le faire pour nous. Il veut le faire pour l’humanité tout entière. Jésus est un ouvreur de tombeau et un dérouleur de bandelettes ! Qu’il en ait le pouvoir, nous le savons, car lui-même n’est pas demeuré dans la mort. Il a rendu Lazare à la vie de ce monde, mais en ressuscitant, le Christ a ouvert la voie d’un monde nouveau, pour vous et pour moi. Ce monde ouvert par le Christ, nous y entrons déjà par le baptême.

Mais les tombeaux et les bandelettes, ce sont aussi les remèdes que l’humanité s’invente pour se libérer, et qui souvent sont encore pires que le mal. Je pense à une surtout : le jugement que nous portons si facilement sur les autres. La seule force qui n’ait jamais ouvert les tombeaux et déroulé les bandelettes, c’est le pardon ! Avec nos jugements nous enfermons les autres dans l’exclusion de leurs prisons. Imaginons que Dieu dise, en regardant nos vies : «  impunité zéro ! « â€¦Où irions-nous, vous et moi ? Dieu sait bien que l’impunité zéro ne convertit personne. Un loup, saisi un jour par le regret, entre dans un presbytère de montagne qu’il connaît bien et dit au curé : « je voudrais me confesser ». « Tu es bien sûr ? » demande le curé. « Oui, je t’assure, je veux me confesser ». Et le loup commence sa confession « Tu ne peux pas savoir le nombre de moutons que j’ai égorgés, pauvres petites bêtes, dans leur sommeil …je les ai mangés, avoue le loup en sanglotant. Je me suis même attaqué à un berger, c’est affreux, j’ai une vie de péché. » Le prêtre l’écoute, très ennuyé. Et il voit que le loup, tout à coup, ne tient plus en place. Cela gêne le curé qui lui dit : « Enfin, arrête ! Pendant que tu me racontes tes péchés, au moins, tiens-toi tranquille. » « Mon Père, ce n’est pas pour t’embêter, mais je voudrais que tu te dépêches un peu ». « Mais pourquoi ? » dit le curé. « Mais parce que…j’entends les clochettes des moutons ! » Le loup était prêt à repartir égorger des moutons. Nous devrions nous poser les mêmes questions pour nos propres vies  : oui, j’ai du regret de m’être mis en colère, de m’être fâché avec mes voisins. Je vais vers eux pour demander pardon mais trois jours après je recommence !

C’est vrai quand Jésus vient dans notre cÅ“ur, il trouve toute une ménagerie : le lion de l’orgueil et de la domination, le coq ou le paon de la vanité, le renard de la fourberie ; le serpent de l’envie, la pie des commérages, le singe de la moquerie, le rhinocéros de la brutalité, le lièvre peureux, le chien colérique et le ver rongeur de l’inquiétude, c’est lui le plus sournois. Il faut vraiment que Jésus soit le Fils de Dieu pour dompter toutes ces bêtes : oui, demandons à Jésus le Christ son aide. Dans ce Sacrement du Pardon, abandonne-toi au Christ, dessaisis-toi de ta vie ! Se saisir de sa vie, c’est vouloir la maîtriser, la diriger entièrement à partir de soi. Or, dans nos vies, il y a bien des choses qui résistent à nos envies de maîtrise : nos fragilités, nos limites, les échecs, les retours en arrière. Nous voudrions que ces limites n’existent pas parce qu’elles ne correspondent pas à l’image de nous-mêmes que nous nous sommes fabriqués : le rêve éperdu d’être parfaits, reconnus, aimés, admirés. Cette attitude peut se traduire dans la vie de tous les jours par le fait de ne jamais dire non, de vouloir être toujours disponible, de toujours tenir le coup, quoi qu’il arrive, de ne jamais décevoir l’autre, de vouloir devenir le sauveur de sa famille ou de sa communauté en étant celui qui donne les bons conseils. Concevoir sa vie ainsi comme une maîtrise perpétuelle de son moi c’est finalement croire que je n’ai besoin de personne. Cette invitation à nous dessaisir de notre vie, de nous abandonner entre les bras du Christ, à prendre conscience de nos chemins de mort, pour mieux accueillir le don de la vie de Dieu, tel est le sens du sacrement du Pardon, de la confession que nous pourrons vivre personnellement devant un prêtre  : déposons nos fardeaux trop lourds, trop encombrés du Moi omniprésent, de nos désirs de toute-puissance et recevons de la part de Dieu la grâce d’une conversion, d’un changement de cap : Choisis la Vie ! « Je connais ta misère, les combats et les tribulations de ton âme; la faiblesse et les infirmités de ton corps, de ton âme et de ton coeur; je sais ta lâcheté, tes péchés, tes défaillances; je te dis quand même: « Donne-moi ton coeur, AIME-MOI » nous dit le Christ dans le Sacrement du Pardon, Lui qui vient pour défaire nos bandelettes, nos entraves ! Dans ce Sacrement, nous n’avons pas devant nous un Juge, nous avons le Christ qui est ému aux larmes de nous voir devant lui, comme il était ému aux larmes pour son ami Lazare !

Père Jérôme Martin