28ème DIMANCHE du TEMPS ORDINAIRE – ANNEE ST MATTHIEU – 15/10/17

Voilà que nous aussi nous recevons une invitation par cet Evangile… nous savons qu’il s’agit de noces. Mais pas n’importe lesquelles !!! Les noces du Royaume de Dieu, les noces que nous vivrons au Paradis. Nous sommes les fils et filles Bien-Aimés du Père. Nos noms sont inscrits dans son cÅ“ur. C’est pourquoi, il ne doute pas de notre réponse positive. Et voilà que Dieu, par-dessus le marché, ne semble pas se contenter de notre simple présence, il attend de nous que nous revêtions les vêtements de la noce. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Alors que les médias nous parlent des collections de mode présentées à Paris cette semaine, les grands couturiers doivent être heureux d’entendre l’évangile de ce jour. Quelle belle publicité pour eux. Et pourtant aussi compétents qu’ils soient ces couturiers, ils n’arriveront jamais à réaliser les vêtements dont le Christ nous parle. En effet, il n’existe à ce jour aucun tissu qui permet de confectionner les habits de la foi pour participer à la noce. Il est cousu avec les plus beaux fils invisibles entrelacés d’amour et de douceur. Nous sommes invités à le porter tout le temps, à chaque instant. Et c’est là que les choses se compliquent un tant soit peu. Vivre et croire ne vont pas toujours très bien ensemble. C’est tellement facile pour nous d’être pris par les choses de la vie que nous en arrivons parfois à oublier les choses de l’éternité, de se limiter à ce que l’on voit plutôt qu’à ce que nous ne voyons pas, d’entendre les appels de plus en plus pressant du monde plutôt que la douceur de la voix du Christ. Nous pouvons être à ce point préoccupés de gagner notre vie que nous en arrivons à la perdre en passant à côté d’elle comme si l’organisation, la gestion de cette dernière nous en faisait presque oublier son existence. Je ne vis plus, je survis dans un monde qui me demande de plus en plus. Courir, toujours courir mais après quoi finalement : un bien-être terrestre, des désirs à combler, des plaisirs à fredonner. Au risque de se perdre soi-même. C’est vrai, il est souvent bien difficile à porter cet habit de foi, de vivre en accord avec soi au nom des valeurs auxquelles nous adhérons, au nom du Dieu auquel nous croyons. Alors, c’est vrai, parfois nous retirons cet habit et nous succombons à certaines tentations qui ne nous font pas grandir, qui parfois nous blessent nous ou celles et ceux qui croisent nos chemins. Même si Dieu n’est pas omniprésent dans nos existences, dans nos gestes quotidiens, la foi a ancré en nous des marques précises. Celles-ci parfois de manière inconsciente nous permettent de ne pas nous trahir, de continuer à avancer avec les valeurs de l’éternité que sont le respect, la tolérance de soi, des autres, du Tout-Autre. Non, l’éphémère ne doit jamais l’emporter sur l’éternel.

Saint Grégoire le Grand fait un commentaire intéressant de cette parabole. Il explique que cet homme exclu de la fête a répondu à l’invitation de Dieu à participer à son dîner. Il a, d’une certaine manière, la foi qui lui a ouvert la porte de la salle, mais il lui manque quelque chose d’essentiel: l’habit nuptial, qui est la charité, l’amour. Et saint Grégoire ajoute: «Chacun de vous, qui, par la foi en Dieu, prendra part au banquet de noces, mais il n’a pas le vêtement nuptial s’il lui manque l’amour». Et cet habit est symboliquement tissé de deux tissus, un dessus et un dessous: l’amour de Dieu et l’amour du prochain (cf. ibid, 10:. PL 76,1288). Nous sommes tous invités à être les hôtes du Seigneur, à entrer avec la foi à son banquet, mais nous devons endosser et conserver l’habit nuptial, la charité, et vivre un amour profond de Dieu et du prochain. 

L’Abbé Pierre disait volontiers à ceux qu’il voyait perdre goût à la vie  : « donne, donne tout ce qu’il y a en toi par amour, arrête de regarder ton nombril, regarde plutôt le visage de celui qui attend ta présence » ! Nous avons en nous, un ensemble de richesses qui sont belles et qui nous font grandir mais nous sommes également riches de choses qui nous encombrent et peuvent nous empoisonner l’existence. Ces dernières peuvent devenir tellement encombrantes qu’elles se mettent insidieusement à recouvrir toutes les perles d’amour, de douceur et de tendresse qui sont en nous. Le danger est de perdre goût à la vie, de s’affadir. Voici un extrait d’une lettre de médecins et psychologues à leurs malades : «  Chers malades, nous le savons maintenant, beaucoup de maladies ont pour origine des difficultés de relation. L’homme est un tout et notre corps enregistre à sa manière les fluctuations, les joies, les manques de nos relations avec les autres et avec nous-mêmes. Ainsi pour votre santé, laissez-nous vous dire qu’il est encore peut-être plus urgent et nécessaire de vous réconcilier avec les autres et avec vous-mêmes que d’acheter trop de médicaments ! Les manques de paix, les tensions, l’absence de confiance et de miséricorde …bref les carences de l’amour sont les véritables poisons de notre santé : « plus de miséricorde », voilà ce que nous vous souhaitons : écrire une lettre importante, faire paisiblement la vérité, se réconcilier, pardonner à sa femme, son époux, son fils ou son frère, prendre du temps pour s’écouter soi-même et accepter tel ou tel échec, voilà les ordonnances que nous osons faire. Parce que nous sommes médecins chrétiens et parce que nous souhaitons pour vous, au-delà de telle ou telle épreuve physique, la santé de la totalité de votre être, nous vous partageons notre conviction profonde en vous disant à la suite de l’apôtre Paul : « Laissez-vous réconcilier par le Christ » …Il est le médecin véritable ! »              P Jérôme MARTIN