29ème DIMANCHE du Temps Ordinaire – ANNEE A- 22/10/2017

« Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » … Pourquoi cette phrase dans la bouche de Jésus ? Parce qu’il existe à l’époque de Jésus une union étroite, tant dans le monde païen que dans le monde juif, entre le politique et le religieux. Sans tomber dans le piège, Jésus ne se dérobe pas. « Rendez à César ce qui est à César »Â : c’est-à-dire rendez à l’Empereur César ce qu’il peut normalement vous demander. Mais Jésus nous appelle à rendre à Dieu ce qui est à Dieu : c’est un appel concret à accueillir Jésus, Fils de Dieu ! Jésus manifeste que la libération qu’il apporte est bien plus radicale qu’un seul changement de structure politique : elle atteint l’homme en son coeur. Je nous propose de nous questionner ensemble ce matin : sommes-nous des hommes et des femmes heureux d’être chrétien, heureux d’avoir reçu le plus beau trésor pour notre Humanité : le Christ…c’est bien le sens de cette JOURNEE MISSIONNAIRE  ! Il faut que les autres aient envie de se désaltérer à notre source, et notre Source, c’est Jésus !

Après quoi courons-nous, qu’est-ce qui est important dans votre vie ?  Voici une histoire pour nous faire réfléchir au matérialisme, dans une société qui n’attend son salut que de la relance de la consommation. Dans certains pays d’Asie, on a inventé depuis longtemps une méthode toute simple pour attraper les singes. Le singe est un animal gourmand évolué, mais parfois entêté, avec des idées assez courtes. Les chasseurs placent dans la forêt des amphores remplies de friandises, ayant une ouverture étroite. Le singe, guidé par la gourmandise, aperçoit l’amphore, et tente d’en extraire le contenu en y plongeant la main. Survient alors un épineux problème : comment sortir la main du goulot de l’amphore ? Ayant pénétré vide et menue dans l’amphore, la main est désormais pleine et trop grosse pour ressortir par le même goulot. Il suffirait au singe de lâcher tout ce qu’il a attrapé avec sa main. Oui, mais sa gourmandise resterait alors inassouvie. L’animal se laisse donc cueillir la main dans l’amphore, et à l’autel de ses vices et de ses défauts sera sacrifié avec ses autres malheureux camarades. Cette anecdote zoologique illustre les excès de certains de nos comportements. Jésus a bien dit que « l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Pourtant, nous préférons nous arc-bouter sur nos biens matériels. Nous préférons rester prisonniers, esclaves de certains biens de consommation. Nous ne voulons pas lâcher prise. Je pointe ici nos abus, nos excès, une certaine surconsommation, le « je veux posséder toujours plus » … aussi peut-être faut-il reconsidérer notre rapport à la société et, au lieu de singer nos « frères inférieurs », vivre autrement en nous recentrant sur Jésus. Servir Jésus en servant les autres en faisant des petites choses n’est jamais ridicule, n’est jamais inutile. Supposons une ville, une grande métropole moderne, sillonnée d’automobiles, d’autobus, de tramways, de métros aériens et souterrains, survolée d’avions toutes les cinq minutes. Pour parfaire le brouhaha, ajoutons des chantiers de construction ou de démolition à tous les coins de rue, des foires commerciales, des manifestations d’étudiants, des embouteillages, des queues de cinéma et mille autres choses encore qui débitent le bruit nuit et jour en gros ou en détail… Supposons encore que notre agglomération urbaine tentaculaire et vrombissante soit traversée par un fleuve, oh un fleuve bien canalisé, bien domestiqué, mais un fleuve tout de même, c’est-à-dire de l’eau qui va et vient. Bien évidemment, la ville étant telle que nous l’avons décrite, personne n’entendra le fleuve, personne ne songera même à lui, personne n’aura l’idée de prêter l’oreille pour écouter sa voix à lui. Les eaux qui coulent en silence n’ont pas droit à la parole ; on fait tout pour leur interdire l’expression, pour oublier leur présence.

Supposons maintenant qu’un avis formel soit publié à travers la ville ou que quelque crieur, dont la voix s’imposerait à tout ce vacarme, la parcoure en tous sens pour donner cet avertissement : « Assez ! Assez ! Arrêtez net toute machine, toute circulation, tout commerce, toute manifestation ! Retenez jusqu’à votre souffle ; désormais le fleuve seul a la parole, on ne doit plus entendre que lui ! » Alors, enfin, l’on s’apercevrait que le fleuve existe, qu’il traverse la ville, qu’il l’irrigue et l’anime comme l’artère principale d’un grand cÅ“ur, comme le Chemin, l’unique Chemin …

Où est-ce que je veux en venir avec cette parabole ? La ville embarrassée et tapageuse, c’est nous-même, notre vie intérieure qui est bien souvent une ville intérieure, quelquefois tourmentée, en tout cas pleine de brouhaha qui a un peu oublié que nous sommes traversés par un fleuve… Le Fleuve, c’est le Seigneur, Chemin, Vérité et Vie. Notre cÅ“ur est une ville traversée par un Fleuve sacré, un Fleuve d’eau vive, depuis le jour de notre baptême. Le Seigneur nous traverse de part en part, passe Lui-même à travers nous, au beau milieu de nous  comme un Fleuve d’eau vive, comme un Fleuve de paix. Par notre baptême, Jésus le Christ vient faire sa demeure en vous et vous en lui …oui, nous portons un véritable TRESOR !

N’oublions pas que nous finirons toujours par ressembler à ce que nous contemplons : aussi, entre l’effigie de César frappée sur du métal et l’image de Dieu qui resplendit sur la face du Christ et sur le visage de chacun de nos frères, notre choix ne saurait être hésitant. Puissions-nous nous dégager des fausses séductions et choisir résolument d’appartenir à Dieu seul, en lui remettant tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes comme le suggère St Ignace dans sa prière d’offrande : « Prenez Seigneur et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j’ai et possède. Vous me l’avez donné : à vous Seigneur je le rends. Tout est vôtre, disposez-en selon votre entière volonté. Donnez-moi votre amour et votre grâce : c’est assez pour moi ».