FETE DE LA TOUSSAINT

Vous savez à quoi ce texte des Béatitudes me fait penser ? À une verrière, à un vitrail. La verrière n’est faite que pour faire chanter la lumière. Lire les Béatitudes, c’est contempler la lumière de Dieu, l’amour de Dieu. Les neuf Béatitudes sont neuf façons de manifester l’amour qui a sa source en Dieu. Regardez bien encore ce vitrail, vous y devinez un visage, c’est le visage de Jésus. Les Béatitudes, c’est le portrait de Jésus. Mes amis, c’est la Toussaint… La fête de la Toussaint, c’est en quelque sorte – passez-moi l’expression – la journée porte-ouverte de la sainteté. Les chrétiens prennent le temps, aujourd’hui, de visiter les galeries de tous les saints. C’est précieux de nous en faire des amis et de leur demander de prier pour nous. Comme le faisait remarquer Jean-Marie Vianney, le saint Curé d’Ars, si tous les saints n’ont pas bien commencé, tous ont bien fini. Voilà qui est plein d’Espérance ! Les saints ne demandent qu’à nous aider, tant par leurs mérites et leur exemple que par leur prière. Ce n’est pas ce qu’ils furent qui est le plus important mais ce qu’ils sont, aujourd’hui, des guides, des soutiens. « Les petits rossignols apprennent à chanter avec les grands, disait St François de Sales. Ainsi par la fréquentation des saints, nous saurons mieux chanter les louanges de Dieu et mieux prier ». St François de Sales nous livre ici une clé de la vie spirituelle : fortifier sa foi, muscler son espérance, tonifier son amour en puisant dans le cœur des saints, en se nourrissant de leur prière, de leurs mérites, de leur exemple.

Avec les saints béatifiés, canonisés viennent des hommes, des femmes qui ont vécu l’Évangile, tout simplement et que Dieu a accueillis dans sa maison. Voici d’innombrables anonymes, au dévouement inlassable. D’innombrables êtres qui, toute leur vie, ont servi les autres sans mesure, sans même penser qu’ils pourraient en tirer gloire.

Et nous, est-ce que le message de la Toussaint, des Béatitudes nous concerne ? Beaucoup de gens sont persuadés que la sainteté n’est pas à leur portée et pourtant …« Seigneur, excusez – moi si je vous dérange …il m’est venu tout à l’heure à l’idée que vous aviez besoin d’un saint…alors je suis venu pour la place, je ferai très bien l’affaire. Les gens parfaits ont tant de qualités qu’il n’y a plus de place en leur âme pour autre chose. Ils n’arriveront jamais à être des saints. D’ailleurs, ils n’en ont pas envie, de peur de manquer à leur humilité. Mais, Seigneur, un saint, c’est un vase vide que vous remplissez de votre grâce, qui déborde de votre Amour ! Or, je suis un vase vide avec un peu de boue au fond. Ce n’est propre, je le sais bien. Mais vous devez bien avoir là – haut quelque céleste poudre à récurer …Réfléchissez à ma proposition, Seigneur , elle est sérieuse ! Quand vous irez dans votre cellier puiser le vin de votre Amour et rappelez – vous que vous avez quelque part sur la terre une petite cruche à votre disposition ».  

Comparons le temps que nous passons sur terre aux neuf mois que nous passons dans le ventre de notre mère. Si nous pouvions interviewer un bébé dans le ventre de sa maman, il nous ferait part d’un bien-être, mais aussi de questions très fortes et d’une angoisse : qu’y a-t-il de l’autre côté ? Un bien-être d’abord : il est heureux comme un poisson dans l’eau. Il entend battre le cœur de sa maman. Il est rassuré pas ses caresses. Il est sensible à la voix grave de son papa. Mais des questions lui viennent à l’esprit : pourquoi lui pousse-t-il des membres ? Pourquoi des jambes puisqu’il peut de moins en moins faire des galipettes et qu’il n’a pas à marcher puisqu’il est porté ? Pourquoi des mains puisqu’à part sucer son pouce, il n’a rien à saisir ? Pourquoi une bouche puisqu’il est nourri par le cordon ombilical ? Pourquoi des yeux puisqu’il ne voit rien ? Pourquoi des oreilles si peu utilisées alors qu’il commence à comprendre qu’elles ont une capacité d’écoute plus grande … ? Une angoisse : son univers se rétrécit. Il vient de comprendre qu’il va falloir le quitter : qu’y a-t-il de l’autre côté ? Nous pouvons faire facilement le parallèle avec notre situation. Nous ne sommes pas si mal dans ce monde. Mais nous nous posons des questions. Pourquoi nous pousse-t-il des désirs d’infini, d’absolu, de fraternité, d’amitié, d’amour ? De plus, est-ce vrai qu’il existe un au-delà ? Et à quoi ressemble-t-il ? Un jour, le bébé sort du ventre maternel. Il hurle de peur. Puis, peu à peu, il découvre que cette vie intra-utérine le préparait merveilleusement bien à cette vie à la fois d’une nouveauté radicale et dans une belle continuité. Surtout, il voit enfin le visage de celle dont il ne faisait que pressentir la présence. Et si notre mort ressemblait un peu à cela, à un passage ? Nous fermerons les yeux sur ce monde et nous les ouvrirons sur Dieu. Nous découvrirons que les luttes contre nos fragilités, les efforts pour dépasser nos défauts, nos désirs d’aimer malgré les caractères des autres et le nôtre, tous cela nous préparait merveilleusement à cette vie de communion d’amour avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et tous ceux qui sont dans la Maison du Père . Sœur Emmanuelle, lors de l’un de ses derniers entretiens, a confié que, lorsqu’elle paraîtrait devant Dieu, Il ne lui poserait qu’une question : « Est-ce que tu as su aimer? ». Faire des petites choses n’est jamais ridicule, n’est jamais inutile. Mieux vaut notre petit geste, notre petite action qu’un grand et beau rêve qui ne se réalise jamais. « Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et l’amour, nous dit St Paul ; mais la plus grande de ces trois vertus  …c’est l’amour ».