HOMELIE DE LA FETE DU CHRIST – ROI – 26/11/17

 

Royauté bien dérisoire que celle du Christ sur la Croix ! Et pourtant ! Aussi déconcertante qu’elle soit, elle n’en demeure pas moins la source qui donne à chacun de quoi avancer dans notre vie de tous les jours …essayons de comprendre pourquoi et tout d’abord remontons le temps.

Nous voici 1000 ans avant le Christ : le grand roi David, roi d’Israël laisse un souvenir inoubliable à la mémoire de son peuple …au travers des épreuves subies par Israël dans l’histoire, ce règne du roi David demeure pour le peuple le signe de l’espérance. Sous l’action des prophètes, le peuple se met à attendre un roi libérateur : le Messie !

Vint Jésus, de la lignée de David . Il nous révèle son Père en faisant de multiples signes : « les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les lépreux sont guéris : alors beaucoup de juifs l’acclament: « Fils de David, roi d’Israël ! »

Quand Jésus est amené à définir sa « royauté », il le fait toujours par opposition à la volonté de puissance, à l’esprit de domination, au goût du prestige …s’il est vrai que l’organisation de ce monde demande des chefs, il est facile de constater que dans bien des cas et à tous les niveaux, le pouvoir devient vertige du pouvoir…trop souvent les rapports sont gangrénés par le subtil désir de dominer l’autre et donc de ne plus le regarder comme un semblable, comme un frère : « les chefs des païens commandent en maîtres et font sentir leur pouvoir »…mais il ajoute aussitôt « pour vous, ne faites pas ainsi ». Ce que Jésus revendique, c’est d’être celui qui sert et de ses mains en qui le Père a tout remis, il lave les pieds de ses apôtres, les nôtre en définitive. Quant à la liturgie de son intronisation royale, elle est de l’ordre du jamais vu … son trône : la Croix; sa couronne : des épines; sa pourpre : son sang; sa puissance : des clous au plus profond des os; ses supporters : quelques juifs et païens qui s’unissent pour l’insulter; Plus personne n’est de son côté en cette heure ultime. Plus de partisans .Si ! L’un des deux qui l’entourent. Lui aussi est pendu au bois de la croix.

St Augustin prête cette seule réponse au larron :  « Je n’ai jamais connu Jésus, mais il m’a regardé et j’ai tout compris ! » Il a soudain compris que ce voisin dans l’agonie et bientôt dans la mort, c’est lui, le Christ-Roi, il a suffi d’un regard du Christ posé sur lui …il est venu chercher tout ce qui était perdu !

Il pose un regard sur toi, sur moi il est venu te sauver, il est venu nous sauver ! Nous ne sommes pas les sujets d’un quelconque roitelet, nous sommes les frères du roi de l’univers …ce n’est pas rien !!! Comme celle du Christ, notre royauté de baptisés (car c’est par le Christ, roi de l’univers, que nous sommes par notre baptême prêtre, prophète et roi) n’est évidemment pas de ce monde (ça se saurait !), et elle s’exerce par le service, notamment celui de la vérité. Non, nous ne sommes pas les détenteurs de la vérité mais ses humbles serviteurs. Mais « qu’est-ce que la vérité ? » question de Pilate à Jésus. Et bien, les Pilate d’aujourd’hui, grands légats du relativisme, sont nombreux à refuser qu’il puisse y avoir une vérité. Le droit de chacun à disposer de lui-même est devenu la seule vérité. Pour nous, disciples du Christ, la Vérité, c’est le Christ lui-même : Il est le Chemin, la Vérité et la Vie ! Aujourd’hui, nous sommes appelés par le Christ à être à sa suite des serviteurs mais comment ? … Il était une fois un jardin magnifique, à l’est d’un pays, au milieu d’un grand royaume. Dans la chaleur du jour, le Seigneur soignait le jardin et se promenait Un bambou majestueux grandissait et était de plus en plus fier : il était conscient d’être aimé du Seigneur dont il était la joie. Un jour, le Seigneur s’approcha de lui, absorbé dans ses pensées. Avec grand respect l’arbre inclina sa tête, jusqu’à terre. Le Seigneur lui parla ainsi : « mon cher bambou, j’ai besoin de toi! » « Seigneur, je suis prêt ! tu m’utilises comme tu veux ! »

« Bambou, pour t’utiliser, je dois te tailler ». « Me tailler ? Moi ? Moi que tu as fait le plus beau de tous les arbres de ton jardin ? non ! je t’en prie, garde-moi pour ta joie, Seigneur, ne me taille pas ! »

« Mon bien cher bambou, si je ne taille pas, je n’ai pas besoin de toi! »

« Seigneur, tu n’auras pas besoin de moi si tu ne me tailles pas ? Alors, fais avec moi comme tu veux, taille-moi ! »

« Mon cher bambou, je dois couper aussi tes feuilles et ta tige ! »

« Mon Seigneur, je t’en prie, préserve-moi de cela ! anéantis ma beauté, si tu veux, mais laisse mes feuilles et ma tige ! »

« Si je ne te coupe pas, je n’ai pas besoin de toi! » « Seigneur, taille mes feuilles et ma tige ! »

« Mon cher bambou, je dois faire encore plus, si tu acceptes, je dois te couper par le milieu et prendre ton cœur « 

« Je suis tout à toi car tu es mon Seigneur, je suis ton Serviteur bien-aimé, je m’abandonne à ta volonté ! »

Alors le Seigneur coupa et tailla le bambou, coupa les feuilles, le partagea en 2 parties pour en évider le cœur . Puis il porta la tige jusqu’à une source et de là conduisit la source au milieu d’un champs desséché. Exigence du Seigneur qui nous aime tant ! Le Seigneur nous demande « qu’as-tu fait de ton frère ? » Gn 4.

Peut-être que nous avons peur, comme ce bambou, d’être des serviteurs de nos frères, alors regardons le Christ en croix, c’est lui qui nous a donné son cœur , le cœur dont on a parlé dans le conte : Dieu a tellement aimé le monde, qu’Il nous a donné son propre Fils ! Seigneur apprends-moi à te dire oui tous les jours, à te suivre, à être ton petit serviteur, toi le véritable Serviteur qui vient pour nous sauver ! AMEN