Homélie de dimanche 24 Janvier 2021

C’est aujourd’hui le dimanche de la Parole voulu par le pape François, c’est le dimanche de la prière pour l’unité des chrétiens, c’est aussi la fête de Saint François de Sales, patron de notre diocèse, c’est enfin le troisième dimanche du temps ordinaire qui nous propose des textes à méditer. Quel lien faire entre ces quatre réalités : la Parole, l’unité des chrétiens, Saint François de Sales et les textes du troisième dimanche du temps ordinaire ?

            Pour moi, le lien que je vois se résume à un seul mot, un mot apparemment banal, un adverbe : « aussitôt » ! Il est répété trois fois dans les textes de ce jour : « Aussitôt les gens de Ninive crurent en lui » nous a affirmé le livre de Jonas. Et l’Évangile : « Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent ! »… « Aussitôt Jésus les appela ! »

  • Tout d’abord si le pape François a voulu ce dimanche de la Parole, c’est pour nous dire que la Parole de Dieu, la Bible, les quatre Évangiles sont la source de la foi chrétienne, qu’on ne peut pas être chrétien sans ouvrir la Bible, la lire, la méditer, et essayer de vivre ce qu’elle nous dit. Cette conviction est partagée par toutes les religions chrétiennes. Protestants, catholiques, orthodoxes, anglicans, évangéliques, tous nous savons et affirmons qu’à travers la Bible Dieu nous parle aujourd’hui, qu’à travers les Évangiles Jésus nous parle aujourd’hui. Si les chrétiens sont divisés sur certains points de la doctrine chrétienne et notamment sur les sacrements, ils ne le sont pas au sujet de la Parole de Dieu : la Parole de Dieu unit tous les chrétiens. D’autre part, chez tous les chrétiens depuis plusieurs années une belle évolution s’est faite jour à la base : les chrétiens se sont mis à faire des partages de la Parole, des partages d’Évangile notamment où chaque participant dit comment Dieu lui parle, la Parole de Dieu n’est donc pas l’affaire de spécialistes bien formés, c’est l’affaire de tous : chaque chrétien peut dire comment Dieu lui parle par exemple dans l’Évangile de ce jour, il ne comprendra pas forcément la même chose que les autres mais tous les points de vue différents s’enrichiront et montreront l’inépuisable richesse de la Parole de Dieu.
  • Ce que je viens de dire, c’est l’idéal mais dans la réalité les choses ne sont pas aussi simples car beaucoup de chrétiens disent souvent : « Je lis la Bible, les Évangiles et notamment je lis les textes du jour dans Prions en Église mais bien souvent, ça ne me dit rien, ça ne me parle pas, je n’entends pas Dieu me parler, j’ai lu le texte mais il n’a pas été Parole de Dieu pour moi : que faire ? »

Ma réponse est simple : pour que la Bible devienne Parole de Dieu, il ne faut pas seulement la lire mais la méditer, la relire plusieurs fois, s’arrêter sur un mot, une phrase, une idée, une image, un personnage et confronter tout cela avec notre vie, c’est-à-dire nous demander quel mot, quelle phrase, quelle idée, quelle image, quel personnage change notre vie, nous invite à vivre autrement ? En faisant cela, en recommençant plusieurs fois s’il le faut, tout d’un coup un mot, une phrase, une idée, une image, un personnage, vont susciter en nous un élan spirituel, un élan intérieur, un élan qui me met en présence de Dieu et me donne l’envie de vivre ce qui est dit : alors le texte devient Parole de Dieu, alors nous comprenons que c’est Dieu qui nous parle en nous donnant ce souffle, cet élan intérieur, cet élan que François de Sales appelle la « dévotion », l’élan du cœur. Oui la Bible devient Parole de Dieu, l’Évangile, parole de Jésus quand le texte qu’on lit, qu’on médite nous fait sentir la présence de Dieu et suscite en nous l’élan du cœur, l’envie, la force, l’élan pour mettre en pratique ce qui est dit.

  • Personnellement, j’ai fait cet exercice pratique de méditation sur les textes d’aujourd’hui et le mot qui m’a plus rapproché de Dieu en réveillant en moi l’élan du cœur, c’est le mot « aussitôt » parce que justement il traduit l’élan spirituel suscité par Jonas chez les gens de Ninive, un élan de conversion, de changement de vie : « Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne, et tous, du plus grand au plus petit, se vêtirent de toile à sac. » Et il traduit évidemment l’élan suscité chez les premiers disciples par l’appel de Jésus : « Aussitôt laissant leurs filets ils le suivirent. » Mais en même temps le mot aussitôt évoque l’élan du cœur en Jésus lui-même pour appeler. « Aussitôt Jésus les appela ! » Notre Dieu Jésus, n’hésite pas, ne traîne pas, pour venir vers nous, pour nous appeler, il est pressé de venir vers nous et de nous appeler car il nous aime. Et nous, nous ne devons pas hésiter, tergiverser, peser le pour et le contre, tourner en rond, traîner les pieds, nous devons répondre à tous les appels de Jésus avec élan, avec du souffle, de l’envie, de la motivation, de la joie, de l’amour. Le mot aussitôt a été pour moi Parole de Dieu parce que pour moi être chrétien c’est avoir du souffle, de l’élan, c’est comme dit Saint François de Sales pratiquer la dévotion qu’il définit par cette longue définition : « C’est le souffle, le dynamisme, l’élan, l’agilité, la vivacité de l’amour de Dieu qui nous pousse à aimer les autres en faisant le bien fréquemment… soigneusement… promptement… hautement… amoureusement… activement… diligemment… suavement… facilement… agréablement… »
  • Pour mettre en pratique la spiritualité de Saint François de Sales, la spiritualité de la vie dévote, de la vie vouée à Dieu, lancée vers Dieu, la spiritualité de l’élan du cœur, faisons le bien fréquemment, le plus souvent possible, pas de temps en temps, quand on a l’envie mais toujours…

Faisons le bien soigneusement, en soignant ce qu’on fait, en étant attentif à ce qu’on fait, en ne faisant pas les choses à la va-vite ou à la légère, en faisant le mieux possible tout ce qu’on fait…

Faisons le bien promptement, rapidement, spontanément, sans hésiter, sans attendre…

Faisons le bien hautement en pensant à Dieu, en nous élevant vers Lui, en le priant, en lui offrant ce qu’on fait, en faisant tout pour Lui, pour sa Gloire, pour la plus grande gloire de Dieu comme le disent les Jésuites… Faisons le bien amoureusement, avec amour, en aimant ce qu’on fait, en sachant, comme le disait Sainte Thérèse de Lisieux que « ce qui sauve le monde ce n’est pas ce que l’on fait mais l’amour avec lequel on le fait  !… »

Faisons le bien activement, en agissant, en passant aux actes car « la foi qui n’agit pas est une « foi morte » nous dit Saint Jacques et l’amour vrai est un amour en actes et en vérité et non un amour fait de paroles et de discours comme le rappelle Saint Jean.

Faisons le bien diligemment, c’est-à-dire en nous appliquant, en nous concentrant, en y mettant toute notre intelligence, toutes nos forces, tous nos dons, tous nos talents.

Faisons le bien suavement, en goûtant ce qu’on fait, en nous nourrissant de ce qu’on fait, en prenant le temps de nous arrêter comme Dieu dans la Genèse quand il crée le monde : il s’arrête pour goûter ce qu’il a fait : « Il vit que cela était bon ! »

Faisons le bien facilement, avec agilité, légèreté comme un oiseau qui s’envole, en étant détendu, souple et non stressé, tendu, en se laissant porter par Dieu, par la grâce de Dieu, en lui faisant confiance car « mon joug est doux et mon fardeau léger », nous dit Jésus qui nous aide à porter le poids de la vie comme le meilleur et le plus fidèle de nos amis.

Faisons le bien agréablement, en éprouvant les bienfaits en nous, le bien-être produit par ce qu’on fait, en voyant comment ce qu’on fait nous construit, nous élève, nous fait grandir humainement et spirituellement.

J’arrête là tous les adverbes qui caractérisent l’élan du cœur selon Saint François de Sales car c’est pour nous tous un sacré programme de vie et c’est aussi la meilleure manière de lire la Parole de Dieu : chercher celle qui suscite en nous le plus d’élan intérieur.

Méditons donc la Parole de Dieu pour qu’elle réveille toujours en nous l’élan du cœur et mettons-là en pratique avec cet élan qu’analyse si bien Saint François de Sales : alors nous serons comme Simon, André, Jacques et Jean… les vrais disciples de Jésus : « Aussitôt ils le suivirent » !

Amen !

Père René Pichon