Homélie de dimanche 7 Février 2021

Les trois lectures de ce dimanche nous présentent trois conceptions de la vie complètement différentes et même opposées : à nous de choisir celle qui nous convient le mieux !

            Pour Job, la vie est une corvée insupportable, pour Paul c’est une passion, pour Jésus c’est un service, le service des hommes, le service de Dieu.

  • Pour Job, la vie est une corvée et il le dit explicitement : « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée. » Et il explique pourquoi : « Il fait des journées de manœuvre. » Faire des journées de manœuvre, c’est travailler comme une machine, faire toujours plus, toujours plus vite sans savoir pour quoi, pour qui, dans quel but ! Autrement dit pour Job, et c’est très actuel, la vie est une corvée parce qu’elle n’a pas de sens et qu’en plus elle est fatigante, épuisante : on se fatigue, on s’épuise sans savoir pourquoi ou même pire on constate que c’est pour rien : « depuis des mois je n’ai en partage que le néant ! » En plus de ces journées épuisantes qui ne servent à rien, même les nuits sont loin d’être reposantes, ce sont au contraire « des nuits de souffrance » affirme Job qui explique : « À peine couché, je me dis : « Quand pourrais-je me lever ? » Le soir n’en finit pas : je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube ! »

Pour Job la vie est donc une corvée insupportable de jour comme de nuit.

  • Pour Paul, c’est tout le contraire : la vie est passionnante et sa passion à lui c’est l’Évangile, c’est-à-dire la Bonne Nouvelle du Christ Vivant qui vient bouleverser notre vie pour nous faire vivre de sa vie.

Sur le chemin de Damas, Paul le persécuteur des chrétiens a été renversé par la lumière éblouissante du Christ Vivant : « Je suis Jésus que tu persécutes ». Dès lors le Christ est tellement entré dans la vie de Paul, a tellement bouleversé sa vie qu’il répète : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » Cette vie dans le Christ est un tel bonheur qu’il ne peut le garder pour lui, il ne peut que le proposer aux autres : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile », autrement dit : « Malheur à moi si je ne proposais pas aux autres le bonheur de se laisser bouleverser par le Christ, transformer par le Christ au point de vivre de sa vie. » Animé par cette passion de l’Évangile, cette passion de l’annonce du Christ aux hommes, Paul devient passionné des hommes, il fait l’impossible pour s’adapter à tous les hommes, il fait l’impossible pour s’adapter à tous afin de les gagner au Christ : « Oui libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible. Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner des faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques uns. Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile ! » Tel est Paul : passionné de l’Évangile, passionné du Christ, passionné des hommes à qui il veut à tout prix annoncer l’Évangile.

  • Quant à Jésus, on ne peut pas dire qu’il est passionné comme Paul, il est plutôt le serviteur dévoué, donné, totalement donné aux hommes et à Dieu. Sa vie c’est le service, le service jour et nuit de Dieu et des hommes. Pour être au service de Dieu, il se lève en pleine nuit pour aller prier son Père : « Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se leva. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. » Dans la journée il est totalement au service des hommes et notamment des malades et de ceux qui souffrent physiquement, psychiquement, spirituellement. Du matin au soir il soigne tous ceux qui viennent à lui : « Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte… » Jésus est un serviteur dévoué, donné, je dirais même débordé : « Tout le monde te cherche ».  Pour Lui vivre c’est servir, c’est être utile aux autres, répondre à leurs besoins, c’est tellement bien y répondre que tout le monde le cherche. Pour Jésus, la vie est un service jour et nuit de Dieu et des hommes.
  • La vie, une corvée, la vie, une passion, la vie, un service, que choisissez-vous ? Je crois qu’on ne peut pas choisir car dans nos vies à tous, on passe tous par ces trois états d’âme suivant les moments qu’on traverse. Job, Paul, Jésus, ce sont trois moments de notre vie à tous. Comme Job, n’ayons pas honte de dire que parfois la vie nous semple une corvée ! Quand nous avons l’impression de répéter, de recommencer sans cesse le même travail, les mêmes activités, les mêmes efforts pour rien, sans résultats, nous sommes dépités, découragés et c’est normal ! Qui n’a pas connu de tels moments de découragement dans sa famille, dans son travail professionnel, dans ses responsabilités associatives, dans ses engagements religieux. Même à nous prêtres il nous arrive de dire : « à quoi bon dire tant de messes, faire tant de célébrations, faire tant de réunions, animer tant d’heures de catéchisme et d’aumônerie pour constater qu’on touche de moins en moins de monde surtout dans les jeunes générations et que la foi se perd de plus en plus. » Même Jésus a connu de tels moments de découragement quand il dit dépité et amer : « Le Fils de l’homme, quand il reviendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? » Oui, il nous arrive à tous d’être comme Job, de ressentir la vie comme une corvée, c’est normal et c’est acceptable si ce ne sont que des moments, mais il ne faut pas que ce soit un état permanent. Pour sortir de ces moments de découragement vite accrochons-nous à nos passions qui pimentent la vie ou à notre service des autres qui donne sens à notre vie.
  • Oui comme Paul pour que notre vie soit passionnante et non pas déprimante, donnons-nous des passions, la passion de l’Évangile en premier évidemment, et d’autres passions plus humaines : la passion sportive, la passion musicale, la passion artistique, la passion culturelle, la passion associative qui nous permet de rencontrer toute sorte de personnes dans toute sorte d’activités créatrices et relationnelles, la passion caritative qui nous permet de nous donner à toute sorte de gens dans le besoin… Plus nous aurons de passions, plus notre vie sera passionnante mais attention cependant : que nos passions ne deviennent pas des absolus au point de nous aveugler et d’en oublier le service des autres. Les gens trop passionnés en effet, ne voient souvent que leur passion à laquelle ils donnent tous leur temps, alors que les vraies passions, les bonnes passions nous donnent aux autres, nous mettent au service des autres comme Saint Paul l’a rappelé : « Je me suis fait l’esclave de tous afin d’en gagner le plus grand nombre. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. »
  • Ce sens du service des autres, Jésus nous en donne l’exemple dans l’Évangile d’aujourd’hui : toute sa journée il répond aux besoins des autres, en prenant soin de tous ceux qui viennent à lui, les malades, les possédés, les gens désireux d’être guéris de leurs maux physiques ou psychiques mais aussi les gens désireux de sa parole, de son message d’amour, de la vie spirituelle qu’il propose : « tout le monde te cherche ! » Comme Jésus, pour que notre vie ne soit pas une corvée, faisons-en un service des autres, un service où on se donne totalement aux autres sans pour autant se faire manger par eux au point d’en oublier Dieu et la prière ou d’en oublier les autres qui nous attendent ailleurs. C’est ce que nous rappelle Jésus aujourd’hui en commençant sa journée par sa prière qui remettait tout entre les mains de son Père et en allant vers ceux qui ne viennent pas à lui : « Allons ailleurs dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile. »

Voilà donc la vie que nous devons vivre : que notre vie soit utile en répondant aux besoins des autres sans oublier Dieu et tous ceux qu’on ne sert pas encore. Que notre vie soit passionnante en vivant des passions qui ne nous aveuglent pas mais qui au contraire dynamisent notre service des autres. Que notre vie soit réaliste en acceptant les moments d’épreuve et de découragement. Telle est la vie que la liturgie d’aujourd’hui nous invite à vivre : une vie utile, passionnante et réaliste.


Amen !

Père René Pichon