Homélie de dimanche 14 Février 2021

Aujourd’hui, je vous propose une petite leçon de morale, je voudrais vous donner quelques repères pour vous aider à discerner dans tout ce que vous faites ce qui est bien et ce qui est mal. C’est ça avoir une vie morale : faire le bien et éviter le mal. Mais qu’est-ce qui est bien ? Ce n’est pas seulement ce que l’on fait mais l’intention avec laquelle on le fait. Donc quand on fait quelque chose, pour savoir si c’est bien, il faut se poser deux questions : « Quoi et pourquoi ? Qu’est que j’ai fait ? et pourquoi je l’ai fait, avec quelle intention, dans quel but ? Le sommet de la vie morale, le sommet du bien, c’est de tout faire pour Dieu, pour la gloire de Dieu, pour que Dieu soit loué, chanté, remercié, reconnu, aimé ? C’est ce que Paul nous dit dans la deuxième lecture : « Frères, tout ce que vous faites : manger, boire, ou toute autre action, faites-le pour la gloire de Dieu ! »

            Manger, boire, c’est normal, c’est nécessaire pour vivre, ça nous nourrit, ça donne des forces, c’est donc bien de manger et boire évidemment sans excès, mais si on mange et boit pour la gloire de Dieu, pour remercier Dieu, pour le louer comme on le dit dans le benedicite, la bénédiction avant le repas, c’est encore mieux et c’est ce à quoi nous invite Saint Paul : tout faire en pensant à Dieu, en voyant comment ce qu’on fait nous met en présence de Dieu, en communion avec Lui. Voilà donc comment juger nos actes, tout ce que l’on fait : c’est bien, c’est vraiment bien si ce qu’on fait nous rapproche de Dieu, nous fait penser à Lui, nous met en relation avec Lui, nous donne l’envie de le chanter, de le remercier, de le bénir.

            Par contre on peut faire des choses bonnes en elles-mêmes mais avec des intentions impures et du coup notre vie n’est plus morale, moins morale en tout cas. C’est ce que Jésus va nous dire le mercredi des Cendres, premier jour de Carême, mercredi prochain. Il va nous inviter à faire Carême en faisant les trois efforts habituels : l’aumône, la prière, le jeûne ou si vous le voulez les trois P : Prière, Privation, Partage. Mais il va préciser quelque chose de capital : l’intention qui nous anime quand on fait ces trois efforts. Si on fait ces trois efforts pour nous faire remarquer, pour nous donner en spectacle, pour qu’on dise de nous qu’on est de bon chrétiens, alors nos efforts, nos actions de carême ne vaudront plus rien. « Ce que vous faites pour devenir justes, évitez de l’accomplir pour vous faire remarquer, dira Jésus mercredi… Ainsi quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes… Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient… Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent… » Pour Jésus un bon carême, un carême moral, un carême chrétien, ce n’est pas seulement prier, se priver, partager, c’est avoir une intention pure en faisant cela, c’est pratiquer cela pour Dieu, pour la gloire de Dieu et non pour notre gloire, pour nous faire remarquer, « pour obtenir la gloire qui vient des hommes » selon l’expression de Jésus lui-même.

            Dans l’Évangile d’aujourd’hui Jésus nous donne l’exemple parfait de ce qu’il nous demande : pas seulement faire le bien mais le faire avec une intention pure, désintéressée, le faire pour Dieu et non pour nous-mêmes, pour la gloire de Dieu et non pour nous-mêmes, pour la gloire de Dieu et non pour notre gloire. C’est bien évidemment de soigner les malades, et en ce moment on a tous bien besoin de soignants, c’est encore mieux de guérir, mais si on soigne pour qu’on parle de nous, pour nous faire remarquer, pour en retirer de la gloire, nos soins perdent de leur valeur morale. Eh bien vous venez de l’entendre : Jésus fait quelque chose de bien puisqu’il soigne et même guérit le lépreux mais il refuse qu’on lui attribue la gloire de son miracle, il refuse qu’on lui fasse de la publicité, il veut que son miracle glorifie Dieu et non lui-même : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre et donne pour ta purification ce que Moïse à prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » Voilà la morale chrétienne que Jésus nous propose : pas seulement faire le bien, mais le faire pour Dieu, pour la gloire de Dieu et non pour nous, pour notre réputation, pour notre gloire.

            Pour vivre une vraie morale chrétienne, regardons toujours l’intention qui nous pousse à faire tout ce qu’on fait. On est souvent bien loin de tout faire pour la gloire de Dieu. On agit souvent par intérêts : « je défends mes intérêts, j’ai intérêt à faire ça… Ça m’intéresse de faire ça ! » Ou on fait les choses par habitude, par routine : « Je fais comme j’ai toujours fait ! » ou par plaisir : « Je fais ça pour mon plaisir », c’est ce qu’on entend souvent actuellement. Ou pour faire comme tout le monde : « Tout le monde le fait, donc je le fais ! » Ou par devoir : « C’est mon devoir de le faire, donc je le fais ! » C’est bien de faire son devoir mais on est quand même loin de le faire pour la gloire de Dieu si ce qu’on fait, on le fait par obligation, contraint et forcé. On peut aussi faire les choses pour dominer les autres, imposer son pouvoir sur les autres, se sentir supérieur à eux, c’est nettement moins moral que de faire la même chose pour servir, servir les autres, servir Dieu. La pire des intentions, c’est évidemment l’argent : faire ce qu’on a à faire pour l’argent, or c’est ce qui mène le monde et Jésus le rappelle bien : « On ne peut servir Dieu et l’argent… » C’est un des efforts de carême qu’on pourrait faire cette année : purifier nos intentions, pas seulement purifier et améliorer nos actions, mais purifier et améliorer nos intentions et essayer peu à peu de tout faire pour la gloire de Dieu. Vous connaissez tous, je pense, l’histoire des tailleurs de pierre qu’un passant interroge alors qu’ils travaillent sous un soleil de plomb : « Que faites-vous là ? » demande le passant. « Tu le vois bien, répond le premier, je taille des cailloux ! » « Moi, j’essaie de gagner ma vie. » répond le deuxième. « Je travaille pour faire vivre ma famille » répond le troisième. « Moi, je construis une cathédrale » déclare alors le quatrième. Voilà les quatre degrés de toute action morale : on peut faire les choses machinalement sans savoir pourquoi, on peut les faire de manière intéressée, on peut les faire pour les autres et c’est beaucoup mieux, on peut les faire pour Dieu et c’est encore mieux. C’est ce que je vous souhaite à tous : faites tout ce que vous ne faites pas seulement pour vous mais pour les autres et même pour Dieu. Faites tout ce que vous ne faites pas seulement pour construire votre vie ou pour construire une famille et construire des relations mais pour construire une cathédrale, c’est-à-dire pour construire le Royaume de Dieu. Alors non seulement vous aurez une vraie vie morale mais vous aurez en vous un tout autre bonheur : le bonheur de Dieu !

Amen !

Père René Pichon